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Billet de blog 29 juin 2012

Affaire Boulin : policier contre policier au tribunal de Paris

Pour la première fois en 32 ans, un aspect factuel décisif de l'affaire Boulin a été examiné en audience publique par la justice française. Ce 28 juin, la XVII ème chambre correctionnelle du tribunal de Paris jugeait la plainte en diffamation de l'inspecteur Patrick Drut contre son ex-collègue Jean-Pierre Courtel, tous deux en fonction au Service Régional de Police Judiciaire (SRPJ) Versailles en  1979.

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Pour la première fois en 32 ans, un aspect factuel décisif de l'affaire Boulin a été examiné en audience publique par la justice française. Ce 28 juin, la XVII ème chambre correctionnelle du tribunal de Paris jugeait la plainte en diffamation de l'inspecteur Patrick Drut contre son ex-collègue Jean-Pierre Courtel, tous deux en fonction au Service Régional de Police Judiciaire (SRPJ) Versailles en  1979.

Le SRPJ Versailles avait été saisi de l' enquête sur les causes de la mort du ministre et avait très rapidement conclu au suicide sans envisager aucune autre hypothèse. En 1983, toutefois, la famille Boulin, ayant enfin vu les photos de la tête de boxeur de M. Boulin à sa sortie de l'étang, avait porté plainte contre X pour homicide.

                                  UNE CONTRADICTION MAJEURE

Les deux protagonistes de l'audience du 28 juin, désormais retraités, affirment avoir été présents au matin du 30 octobre, sur la berge de l'étang Rompu, en forêt de Rambouillet, lorsque le cadavre du minsistre Robert Boulin a été sorti des 60 cm d'eau où il gisait, par des pompiers.

Au cours de l'instruction pour homicide, M. Drut a affirmé sur PV, en 1984 que, suite à une fausse manoeuvre des pompiers,  la tête de M. Boulin a heurté un rocher. Or c'est notamment sur ce PV que se sont appuyés, en 1991, le parquet et la juge Laurence Vichnievsky pour expliquer (sic) les fractures constatées sur la tête de M. Boulin et prononcer le non-lieu.

Le plaignant reproche au défendeur Jean-Pierre Courtel, d'avoir déclaré que Drut n'avait pas pu voir la tête de Boulin heurter un rocher lors du repêchage , "car d'une part il n'y a jamais eu de rocher dans l'étang rompu et d'autre part Drut n'était pas sur les lieux à ce moment-là". Ce témoignage de M. Courtel fait partie d'un reportage diffusé au journal de France 3 le 27 octobre 2009, à l'occasion du 30 ème anniversaire de la mort de Robert Boulin. M. Drut estime que par ces propos tenus sur le plateau de France 3, son ex-collègue Courtel le considère comme un faux témoin et porte atteinte à son honneur.

                                  UN TEMOIN PERTINENT

Au cours de l'audience, M. Courtel s'est expliqué sur les raisons de sa prise de position. C'est en lisant le livre du journaliste  Benoit Collombat, Un homme à abattre, contre-enquête sur la mort de Robert Boulin (Fayard 2007) qu'il découvrit  la déposition de Patrick Drut et le rôle qu'elle joua dans le prononcé du non-lieu.

La défense de M. Courtel a fait entendre comme témoin le journaliste Michel Despratx, co-réalisateur du documentaire de canal + "Boulin, le suicide était un crime" diffusé en 2002. (Les faits mis en lumière dans ce doc ont suspendu le délai de prescription, qui court jusqu'en 2017).

M. Despratx a expliqué comment, pour son documentaire, il avait longuement parlé à M. Drut, qui avait fini par reconnaitre qu'il n'y avait peut-être ni rocher ni souche dans l'étang rompu, et qu'il avait pu se laisser abuser par "un reflet dans l'eau"...

                  UNE AFFAIRE TOUJOURS EMBARRASSANTE

Interrogée par la cour, étonnée de ne pas entendre  de témoin sur la présence de M. Drut à proximité de l'étang lors du repêchage de M. Boulin, la partie civile a expliqué que des ex-collègues du SRPJ Versailles, pressentis, ont préféré s'abstenir de venir déposer, vu le "caractère particulièrement sensible" de cette affaire...

Cette audience de la XVII ème chambre a également permis de faire litière des déclarations surréalistes de Robert Barbat. En effet, celui qui était procureur de Versailles en octobre 1979, avait cru utile de prétendre, dans le Paris-Match N° 3221 du 10 février 2011, qu'il était présent lors de  la sortie du corps de M. Boulin, dont la tête avait violemment heurté la margelle de l'étang. Les deux parties sont là-dessus en parfait  accord : il n'y a jamais eu de margelle à l'étang Rompu et aucun représentant du parquet n'était arrivé lorsque le corps de M. Boulin a été déposé sur la berge. Délibéré au 27 septembre. La procureure a demandé la relaxe de M. Courtel, au bénéfice de la bonne foi.

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