Guéant inoxydable ?

La Garde à vue épisodique de Claude Guéant, du 26 au 29 mai, est aux antipodes des GAV subies en 2013 , par Bernard Tapie, le président Estoup, l'avocat Lantourne  mis en examen pour "escroquerie en bande organisée".

L'ancien secrétaire général de l'Elysée, ancien dircab de Nicolas Sarkozy à Bercy et à la place Beauvau, a suivi le dossier de l'arbitrage de bout en bout; il a participé, voire organisé, moultes rencontres directement liées à l'arbitrage, notamment à L'Elysée. Contrairement à Bernard Tapie et consorts, M. Guéant a bénéficié d'un traitement de faveur exceptionnel : sa GAV était suspendue chaque soir et reprise le lendemain matin. Bernard Tapie, arguant de son âge (5 ans de plus que Guéant) n'avait rien obtenu d'autre qu'une hospitalisation à l'Hotel Dieu, où se poursuivait l'audition, sous strict contrôle policier, sans pouvoir communiquer avec l'extérieur*.

                                Etat profond

Comme si tout était fait pour que Claude Guéant, qui ne bénéficie d'aucun privilège de juridiction, parvienne à bétonner une sorte d'immunité en consultant, en soirée, les meilleurs spécialistes pour ciseler les réponses aux questions du lendemain. Serait-il possible d'obtenir de cette brigade financière, célèbre pour ses GAV harassantes, la moindre explication sur le traitement particulier réservé à son ancien grand patron ?

Rétrospectivement, la GAV vécue par M. Guéant Le 17 décembre  2013, avait une autre allure. Sur un soupçon de détournement de fonds public, il fut interrogé 16 h d'affilée à Nanterre, par le tout nouvel Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales, créé après l’affaire Cahuzac. http://rue89.nouvelobs.com/2013/12/21/laffaire-boulin-secret-jeunesse-claude-gueant-248508

A Nanterre, le montant du détournement supposé n'excédait pas la centaine de milliers d' €. Pour l'arbitrage Tapie, il s'agit de 400 millions €...A croire que M. Guéant a su apprivoiser les redoutables limiers de la brigade financière parisienne, et/ou leur hiérarchie. Cette GAV aménagée confortablement pour M. Guéant soulève bien des interrogations. Une personnalité au fait de bien des "secrets d'état" pourrait faire valoir en haut lieu que la "raison d'état" impose qu'elle ne saurait être mise en examen sans graves dommages collatéraux. Que peuvent les juges d'instruction quand il est enjoint aux enquêteurs de lever le pied ? Une résurgence de l'état profond à la française.

* Dans de nombreux pays où la liberté de la presse est acquise, le traitement de faveur réservé à un ancien ministre de l'intérieur dans un scandale à400 millions aurait valu publications, voire interpellations... Les résultats des élections européennes ne justifient pas ce silence mediatique. Le timing de cette GAV pourrait avoir été organisé avec minutie : est-ce vraiment un hasard si cette GAV commence au lendemain des élections européennes, dont les résultats, auraient de toute façon saturé les medias, ne laissant qu'un espace minimal pour traiter de l'étonnant cas Guéant

 

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