OBJECTION DE CONSCIENCE, la mode du healthy

Vendredi 14  aout, dans le cadre de l’émission Europe Midi, nous traiterons la question suivante  Pour ou contre la mode du healthy ? Ce débat est présenté par François Clauss sur l’antenne Europe1, 13h30/14h. Il y aura les questions des auditeurs, les interventions du journaliste et probablement un autre invité (comme il est de coutume).

Pourquoi ne pas préparer ici, ensemble, cette émission ?

La question, une fois que l’on se penche dessus est tout à fait essentielle,  pas si saugrenue ou estivale qu’il puisse paraître…

D’abord, qu’est- ce que ça veut dire, ce « healthy » ? C’est la nourriture saine, ce qui fait que l’on est en bonne santé. On ne pourrait donc qu’être à fond « pour »…

Sauf que… on nous parle de « mode ».

 Et ça… Ça nous pose problème !

Créer un mouvement de mode, cela suppose uniformisation, normalisation, … ça devient moins fun. Pourquoi aussi utiliser un terme anglo-saxon ? ça fait plus branché, sans doute, moins terroir que la notion de santé. On doit cibler un certain public, jeune. Déjà, ça flaire le marketing, un peu la manipulation aussi.

Sur quoi cela va reposer ?

L’idéal du sain, opposé au malsain, l’idéal de la pureté, le propre, le pur, … l’ordre et la discipline… Hum…

Cette séparation du bien et du mal, du bon et du mauvais, cette dichotomie sans nuance est moins sympathique…

Décidemment, je n’aime pas ces peurs qu’une mode exagère. Le healthy joue sur les peurs. Cette peur de s’empoisonner est vielle comme le monde. Pour tout enfant, cela existe et cela reste inscrit en chaque personne.

L’extrême se construit de la sorte, en insistant sur les risques.

Beaucoup de maladies du tropen découlent, pour ne considérer que l’aspect individuel.

Voyons l’orthorexie. Ortho, c’est le droit, le correct, le juste, comme en orthographe. Et, rexie, l’appétit. Vous connaissez tous l’anorexie, les anorexigènes… Ainsi, l’orthorexie est cette maladie individuelle qui résulte d’une obsession collective du bon, du bien manger. C’est encore cet excès d’un souci bien normal que de ne pas s’empoisonner, certaines personnes n’arrivent plus à manger si ce n’est pas bio, cela prend des proportions jusqu’à des TOC (Troubles obsessionnels convulsifs).

Les nutritionnistes sont entendus au pied de la lettre, si on veut, sans le moindre recul. Il y a ainsi une exagération personnelle d’un réel problème pourtant… Vous voyez, on ne part pas de rien mais on amplifie.

Et pourquoi ces inquiétudes, pourquoi cette réaction ? La recherche du sain repose sur le constat de pratiques mettant en péril la santé. Mais, plutôt que s’attaquer à en résoudre les causes, la mode arrête le cheminement et fait dans la vitrine… ça devient une opposition entre ceux qui « font attention » et les benêts qui se comportent mal.

Cette tyrannie de la bien-pensance isole ceux qui sont les plus en difficultés.

« Fais pas ci, fais pas ça … » Qui a envie de se soumettre à des impératifs ?

Croyez-vous vraiment que les gens ne savent pas ?

Les documentaires sur les mauvaises habitudes alimentaires sont utiles et permettent de savoir comment sont fabriqués ces sodas mondialement célèbres, ces nourritures qu’on trouve partout. Mais…

Ainsi cette mode repose sur un souci bien naturel de se porter au mieux mais elle amplifie, elle caricature même le propos. Et de ce fait, le dénature.

Un puritanisme, une police de la pensée se profile derrière les préceptes nutritionnels de ce type.

C’est exaspérant de constater qu’il y a toujours une tendance à s’emparer des meilleurs messages pour les pervertir et les rendre dictatoriaux.

Exacerber les peurs bien naturelles, puisqu’on apprend de plus en plus que la qualité de la nourriture est malmenée par des industriels sans scrupules, c’est anéantir les efforts pour améliorer la production puisque les messages alarmistes deviennent alors mot d’ordre ou slogan d’une mode !

Il est effarant de gâcher ce qu’une prise de conscience permettrait de modifier si on ne « futilisait » la question.

Une récupération de quelques privilégiés, plus quelques personnes en vulnérabilité psychique (l’un ne s’oppose pas toujours à l’autre d’ailleurs), effondre les espoirs d’une majorité de personnes souhaitant modifier la qualité nutritionnelle globale. L’exploitation marketing des soucis de l’époque a toujours été réalisée et si elle est invisible, elle est efficace. Ici, nous pouvons nous y opposer. 

Je serais POUR en passer par une mode healthy si elle visait à tirer vers le haut la qualité des produits vendus en grande surface…

Je serais POUR si les producteurs, les agriculteurs actuellement en combat pour une reconnaissance de leur travail étaient consultés pour que les consommateurs aient accès à des produits de qualité…

Je serais POUR une décision politique des communes de geler des terrains pour les AMAP qui ne peuvent plus répondre à la demande en raison du prix du foncier à proximité des grandes villes…

POUR que ces communes offrent des terrains pour en faire des jardins partagés, des jardins ouvriers, des jardins où les enfants y auraient des activités de jardinage dans le cadre des activités de l’école…

POUR les communes qui permettent à des producteurs locaux de vendre leurs produits à la place d’installer de nouveaux hypermarchés,

POUR qu’en perspective de la COP 21 cette question de se bien nourrir soit pensée globalement, à la fois à l’échelle de l’individu et à celle de la planète, puisque tout est lié…

POUR s’il était question d’ouverture et non d’un repli sur soi d’une minorité soit favorisée financièrement soit perturbée par l’angoisse du malsain…

POUR qu’une mode actuellement de repli se transforme en quelque chose de dynamique, qu’une indignation contre la mauvaise qualité de produits largement consommés fasse lien entre ceux qui les consomment et quelques initiés qui ne penseraient pas uniquement en termes personnels…

Au fond, être CONTRE la mode du healthy c’est le bon sens !

Ce n’est pas s’opposer à une nourriture de qualité, c’est au contraire la chercher pour tous.

CONTRE les pressions et les injonctions de certains médecins qui font peur aux gens avec les données scientifiques plutôt qu’expliquer ce qu’il en est et comment y remédier, avec bon sens j’insiste,

CONTRE la réaction superficielle et les modes qui se succèdent sans s’attaquer aux origines du problème,

CONTRE regarder le doigt qui montre la lune.

Ce qui m’intéresse c’est de réhabiliter ce bon sens plutôt qu’opposer des mouvements momentanés, c’est la liberté opposée au dogmatisme, ce qui est en dessous des conséquences, en amont.

Réfléchir, c’est déjà désobéir !

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