Catherine Grangeard
psychanalyste, auteure "Comprendre l'obésité" Ed Albin Michel 2012
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Billet de blog 21 mai 2016

A l'occasion de la journée Obésité, 23 mai

A l’occasion de la Journée Obésité Vive le surpoids… qui permettrait de mieux vivre. Si les normes ne le décriaient pas. Penchons-nous sur la construction des normes, alors.

Catherine Grangeard
psychanalyste, auteure "Comprendre l'obésité" Ed Albin Michel 2012
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L’IMC est une donnée statistique, variable et arbitraire

Qui ne le sait pas ? Parmi les spécialistes de cette question, ce serait une ignorance telle que les considérer encore comme « spécialistes » serait à interroger.

JP Poulain (p179, …) in Sociologie de l’obésité retrace comment en 1998, en une nuit pas moins de 35 millions d’habitants vont devenir en surpoids. Une énorme polémique s’en suivit à l’époque qui témoignait déjà des réserves d’une partie des spécialistes. « Abaisser la norme à un tel niveau que l’excès de poids concerne 55% des Nord-Américains adultes semble traduire avant tout la volonté d’augmenter la prévalence du surpoids et de l’obésité » Strawbridge et al., 200 in American Journal of Public Health.

Pourquoi, vous demandez-vous peut-être ? un marché s’ouvrirait-il ? peut-être ! il est estimé à 4 milliards actuellement, en France, chaque année.

L’IMC normal était auparavant de 20 à 27,3 pour les femmes et de 20 à 27,6 pour les hommes. Sans distinction de sexe, d’âge, ni d’autres considérations, l’iMC normal est abaissé de 18 à 25.

Donc, les personnes d'IMC entre 18 et 20 qui étaient auparavant considérées comme maigres deviennent normales. Les autres vont devoir leur ressembler… même si c’est contre leur nature. Cette normalisation doit être interrogée beaucoup plus qu’elle ne l’est, encore de nos jours.

Celles entre 25 et 27 vont devoir maigrir… Un terrorisme va s’emparer du monde jusqu’au au monde médical qui ne voit pas les effets secondaires terribles de ces injonctions.

Déjà dans ce livre de Poulain, les données de Katherine Flegal sont citées (p 182). Le silence autour de ces travaux reposant sur 3 millions de personnes, une cohorte énorme que tout scientifique devrait considérer avec beaucoup d’attention, interroge vraiment. La référence bibliographique en fin d’ouvrage montre des publications de Flegal sur le sujet dès 1999. Le livre de JP Poulain est extrêmement connu, la 1ère édition date de 2009.

Et que dit Katherine Flegal depuis une vingtaine d’années ? La même chose que ce qui ressort ces jours- ci sans être pour autant répercuté comme cela le devrait : l’IMC idéal pour la longévité est de 27. Les catégories sont à repenser. L’étude Danoise est reprise par les journées puis la politique de l’édredon chère aux « experts en nutrition » passe par là.

On ne peut pas dire qu’on ne savait pas ! Ou alors, on ne sait pas lire, dans ce milieu des spécialistes de l’obésité.

Vu le nombre de livres parus sur le sujet, soupçonner leurs auteurs d’illettrisme est farfelu ou naïf. Il s’agit d’autre chose. Le pire sourd est celui qui ne veut pas entendre, comme dit la sagesse populaire. Ou comme le professeur Tounian le pense et le dit en 2015, puisqu’il s’agit du gagne-pain de nombreuses stars de la profession de l’obésité, ils ignorent ce qui pourrait ruiner leur commerce. Le problème, c’est que des millions de gens sont les dindons de la farce.

Ces médecins (qui abandonnent leur titre pour en pas être condamnées par le Conseil de l’Ordre) sont faciles à repérer. Regardez sur internet s’ils ont un site-minceur où ils vendent formules ou méthodes, autre nom des régimes, décriés. Quoique l’un d’entre eux  occupe les ondes en ce moment en parlant de « régime bashing », question de remettre en selle le business… Si l’expert sort aussi sur un site-minceur, vous avez là un conflit d’intérêt qui décrédibilise tout le reste de ses propos. Peut-on être juge et partie, selon vous ?

C’est aussi grave que l’affaire du Médiator !

La Fabrication de l’obésité

L’obésité est une maladie sociale.

L’obésité, d’ailleurs, n’est pas une maladie en soi. L’obésité favorise des maladies. Les risques sont statistiquement multipliés. le glissement sémantique là encore est à dénoncer.

Comment s’attrape l’obésité ?

A coup de régimes ! le rapport ANSES de novembre 2010 (dont on a déjà parlé dans ce blog) les dénonce, peut-être imprudemment au regard du business-santé. Dans un premier temps, quelques stars résistaient en disant que non, leur régime étant parfait, il n’est pas concerné. Deuxième temps, glissement sémantique. Les voilà qui parlent de formules, de méthodes…

Le régime est mort car il est mortel… Au-delà, surtout rien dans l’argumentation pour faire changer les normes. Rien pour examiner le bien fondé de rechercher un IMC inférieur à cleui qui seriat dangereux... Car ces normes sont indispensables au business. En dehors de toute législation, les sites-minceur pourchassent jusque dans leur intimité, les malheureux et surtout malheureuses qui doivent absolument avoir peur de grossir… On leur dit même que c’est leur peur numéro 1…

Les mails vous rappellent à l’ordre à des dates-clés, la St Valentin, le nouvel An, …

Si vous êtes spécialiste et que vous vous insurgez contre ce mensonge, on vous exclut (voir le site Think Tank Obésités dont j’ai été la fondatrice). Les antennes boycottent celles et ceux qui ne sont pas dans la ligne. La dictature du système impose un black-out total.

Voilà pourquoi le grand public croit ce que les experts énoncent partout en taisant ce qui ferait mourir leurs profits…

Voilà pourquoi depuis des dizaines d’années la population souffre avec des kilos qui ne leur est absolument pas graves d’avoir !

Est-ce moche de ne pas être maigres ?

Comment les normes sont introjectées ? Cette semaine, on a aussi lu un article faisant été de 6 années de régimes pour perdre du poids dans la vie d’une femme. Cette moyenne en dit long !

La fabrication des normes repose sur une industrie très puissante, la mode. Là encore, on compte en milliards.

Nous savons que les ministères de la Santé ont eu bien du mal à faire voter une législation sur un IMC en dessous duquel il serait interdit aux mannequins de défiler. Mais cet IMC est contourné… les agences doivent faire passer une visite médicale à leurs mannequins. Certaines témoignent qu’elle se programme une dizaine de jours avant le défilé. Puis il leur est fortement conseillé de perdre quelques kilos pour passer sur le podium… Mannequin veut aussi dire porte-manteau.

Pour conclure, un bref rappel et une ouverture pour continuer ce combat…

1998, changement des normes IMC. En abaissant le poids normal, on fabrique de l’obésité ! Parce qu’on fabrique une obsession qui se traduit par une succession de régimes yoyo, où le poids initial est toujours repris et dépassé.

2000, Katherine Flegal prouve que l’on est meilleure santé quand on est ni trop maigre ni en obésité massive.

2015 puis 2016, les médias relaient « la Courbe en U », danger dans les extrêmes.

Tout comme d’autres scandales de santé, l’omerta règne.

Lancer l’alerte et vous êtes interdite d’ondes ! On vous exclut des groupes d’experts.

Indésirable, si vous mettez les pieds dans le plat et montrez que le gagne-pain (je reprends l’expression très juste du professeur Tounian, été 2015) .

Cette question de santé est d’abord une question de business…

L’excès de poids mène-t-il toujours à l’obésité ? Est-ce aussi parce que l’on nous est invité à avoir peur de grossir que cela se produit ?

(se référer aux autres billets dans ce blog pour des infos complémentaires...)

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