L’Afrique épargnée par un coronavirus pourtant omniprésent

Sur les 80’000 personnes touchées par le Covid-19 dans le monde, 3 cas ont été identifiés en Afrique subsaharienne, tous des Européens. Le Congo-Brazzaville vient de décider de mettre en quarantaine “tout passager en provenance de pays à risque”, soit la France, l’Italie, la Chine, la Corée du Sud, l’Iran

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(D'Abidjan) La mesure prise par le Congo-Brazzaville est une première, car jusqu’à présent, les ressortissants de pays “à risque” n’avaient fait l’objet d’aucune mesure particulière. Pour l’instant, les seuls cas confirmés de coronavirus en Afrique subsaharienne concernent des “expatriés” : un Italien qui travaille au Nigeria, et deux Français qui vivent au Sénégal. Ce sont donc les Européens qui, pour l’instant, amènent en Afrique le virus qui fait trembler le monde. Reste que pour l’heure, on n’assiste à aucune hystérie anti-française ou anti-italienne. Très présents dans de nombreux secteurs économiques, les Chinois ne font pas non plus l’objet de discrimination particulière, hormis l’annulation de vols sur la Chine par des compagnies aériennes africaines.

Rien à voir en tout cas avec la stigmatisation dont les Africains avaient fait l’objet lorsque le sida avait commencé à se propager dans le monde. Ceux-ci étaient régulièrement accusés d’être porteurs du virus, une épreuve douloureuse dont beaucoup se souviennent encore.

Vue d’Abidjan, la situation a en tout cas quelque chose de surréaliste : aucun cas n’a été détecté en Côte d’Ivoire, mais la télévision nationale diffuse en boucle des messages de prévention, et les autorités compétentes multiplient les réunions pour faire face à la menace, au cas où. Certes, il s’agit d’être prêt pour le jour où, peut-être, le virus débarquera en force. Reste que compte tenu du “zéro mort” enregistré à ce jour, le fait que le coronavirus fasse l’objet d’une telle attention laisse perplexe, dans un contexte où les urgences sanitaires sont nombreuses. A force d’y consacrer l’essentiel de leurs informations, les chaînes d’info européennes, très suivies, pourraient même finir par propager une forme de panique au sein des populations.

Jusqu’à présent, aucune manifestation économique, sportive, culturelle n’avait été annulée en Afrique, Mais avec l’annulations en cascade d’événements de premier plan en Europe, difficile de résister à la pression. C’est ainsi que l’Africa CEO Forum, qui devait réunir des centaines de décideurs africains la semaine prochaine à Abidjan, vient d’être annulé. C’est également le cas d’un festival culturel de 3 jours. Le Marché des Arts du Spectacle d’Abidjan (MASA), qui démarre le 7 mars est en revanche maintenu et accueillera des milliers de personnes.

En Afrique de l’Ouest, le coronavirus rappelle fortement l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola qui avait sévi en 2014-2015. Les mesures de prévention sont quasiment identiques : se laver les mains, éviter les contacts rapprochés. Du coup, les mêmes réflexes de prévention ont resurgi. Les flacons de savon antiseptique, omniprésents durant Ebola, n’ont d’ailleurs jamais vraiment disparu dans les lieux publics, dès l’aéroport. En revanche, la “viande de brousse” n’a pas été interdite, comme cela avait été le cas pendant la crise Ebola, même si les chauve-souris et le pangolin ont été mentionnés comme potentiellement à l’origine du virus en Chine. Reste que même si l’Afrique n’est guère touchée pour l’instant, elle subit comme les autres régions du monde les conséquences de la pandémie : la demande chinoise pour ses matières premières a fortement chuté, de même que leur prix, avec, forcément, de graves conséquences pour les économies d’Afrique sub-saharienne.

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