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Billet de blog 5 août 2016

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Donald Trump, incarnation de la fin du "rêve américain"

Le secret du succès de Donald Trump ? Il a su trouver les mots pour s'adresser aux victimes de « la mondialisation », de la dérégulation et de la financiarisation excessives de l’économie, qui ont fait exploser l'écart entre la grande masse des sans emplois et des travailleurs pauvres, et les super riches, dont il est un pathétique symbole.

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Que Donald Trump soit ou non le prochain président n’a, en fin de compte, guère d’importance. Le simple fait qu’il soit le candidat officiel du Parti républicain - et qu’au gré des sondages, comme celui du 27 juillet, il soit annoncé vainqueur face à Hillary Clinton dans la course à la présidence -  incarne déjà parfaitement l’état dans lequel se trouvent aujourd’hui les Etats-Unis, et, partant, la fin du « rêve américain » : un pays qui compte des millions de laissés-pour-compte, privés d’accès à l’emploi, aux soins de santé, à l’éducation ; une classe moyenne en capilotade ; des salaires misérables qui ne permettent pas de (sur)vivre, des étudiants qui s’endettent à vie ; des lobbies tout-puissants qui gangrènent jusqu’au cœur même d’une démocratie bien mal en point.

Le secret du succès de Donald Trump ? Il sait trouver les mots qu’il faut pour panser les plaies des innombrables victimes de ce qu’il est convenu d’appeler « la mondialisation », ainsi que d’une dérégulation et d’une financiarisation excessives de l’économie ; lesquelles ont  fait exploser les écarts entre super riches et la grande masse de toutes celles et ceux qui triment sans relâche, pour des salaires minables, afin d’essayer de joindre les deux  bouts.

C’est ainsi que durant sa campagne, le milliardaire Donald Trump a privilégié les innombrables petites villes en difficultés, certaines en faillite pour cause de surendettement, dont les populations sont privées des services publics les plus élémentaires. Il y a fustigé les étrangers, habituels boucs émissaires, en des termes racistes et xénophobes qui seraient condamnables sous d’autres cieux ; et ce dans un contexte « d’angoisse identitaire » de la part d’une classe moyenne « blanche » qui craint de perdre encore le peu qui lui reste au profit des « minorités ».

Il a également promis de « rapatrier » aux Etats-Unis les entreprises qui, depuis plusieurs décennies, pour « maximiser » leurs profits, n’ont cessé de délocaliser leur production dans des régions où la main-d’œuvre est moins chère, et les contraintes environnementales moins contraignantes. Avec comme corollaire des millions d’emplois détruits, une économie qui ne fabrique plus rien et se contente d’acheminer et distribuer les biens de consommation les plus basiques, fabriqués en Chine et sous d’autres cieux. 

Le magnat de l’immobilier est ainsi parvenu à séduire la "Rust Belt", littéralement la "ceinture de la rouille", nom donné à l'ancienne zone industrielle, située dans des Etats qui peinent à se reconstruire après avoir vu les fleurons de l’industrie américaine fermer les uns après les autres. Pour le reste de son discours, Donald Trump entonne les trompettes du cow-boy et acteur de série B Ronald Reagan, qui fut président des Etats-Unis de 1981 à 1989, en clamant « America is back » (« L’Amérique est de retour ») et en dénonçant le « déclinisme » des Etats-Unis. En répétant comme un mantra « L’Amérique d’abord », le milliardaire promet également de renoncer à faire la guerre partout, se mettant ainsi à dos le puissant lobby militaro-industriel.

L’homme « au teint orange et aux cheveux jaune paille» - dont le maquilleur officiel vient de lâcher quelques confidences à ce propos - surfe donc à merveille sur l’air du temps ainsi que sur la nostalgie de l’Amérique « d’avant ». Il n’est cependant pas à un paradoxe et à une provocation près. Pourtant très critique à l’égard des « hedge funds ", Donald Trump a investi une partie de sa fortune dans trois des fonds d’investissement spéculatifs les plus célèbres. Protectionniste, il veut renoncer au « libre-échange », lequel représente pourtant, officiellement, l’ADN de l’économie américaine. Anti-immigration, il veut poursuivre l’érection d’un mur sur toute la frontière sud du pays ; or, l’économie américaine tire un immense profit de ces millions de travailleurs  clandestins, payés au lance-pierres. Enfin, au travers sa société de prêts hypothécaires « Trump Mortgage LLC », Donald Trump avait lui aussi contribué à la « crise des subprimes ». Or, parmi ses électeurs se trouvent de nombreuses victimes de la chute du marché immobilier américain, qui les avait mis sur la paille et jetés dans la rue.

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