Catherine MORAND
Abonné·e de Mediapart

75 Billets

0 Édition

Billet de blog 7 juil. 2016

Catherine MORAND
Abonné·e de Mediapart

En Afrique, la chasse aux albinos est ouverte

Sur le continent africain, les albinos sont victimes d'une véritable chasse à l'homme. Certaines parties de leur corps sont prisées par les féticheurs qui en font des gris-gris et des potions censées apportées gloire et fortune. La communauté internationale s'est enfin mobilisée : chaque 13 juin est désormais sacré "Journée internationale de sensibilisation à l'albinisme".

Catherine MORAND
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Depuis 2015, il existe une « Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme », instaurée chaque 13 juin par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Pour la deuxième fois cette année, Genève a marqué cette date avec un riche programme d’information et de sensibilisation, organisé par l’ONG Espace Afrique International, dans l’enceinte du Palais des Nations. Cet événement  a connu une forte affluence, tant la tragédie vécue par les albinos, tout particulièrement sur le continent africain, demeure largement méconnue du grand public.

Plusieurs témoignages ont ému l'assistance, tel celui d’un père de famille, qui a décrit les tourments endurés par son épouse, accusée de sorcellerie pour avoir donné naissance à une fille albinos. Au programme également, la présentation du film « Je suis albinos », réalisé par Nathalie Muco et l’Association des femmes albinos espoir du Burundi ; ainsi que la présentation d’un rapport publié le 7 juin 2016 par Amnesty International sur les albinos du Malawi, intitulé « Nous ne sommes pas des animaux à chasser ou à vendre ».

«Face aux innombrables violations des droits humains dont sont victimes les personnes atteintes d’albinisme en Afrique, nous nous réjouissons que les Nations Unies et la communauté internationale prennent enfin leurs responsabilités », a déclaré Madame Awa N’Diaye, présidente d’Espace Afrique International, dont le siège se trouve à Genève. Elle a également relevé que la situation s’était considérablement dégradée au cours de ces dernières années, pour devenir, dans certains pays, une véritable tragédie.

Au Malawi par exemple, les albinos, y compris les très jeunes enfants, sont victimes d’une « vague sans précédent d’attaques brutales, alimentées par des pratiques rituelles et la passivité des autorités ». Les os des albinos « seraient vendus à des guérisseurs traditionnels pour concocter des potions magiques censées apporter la richesse ou la chance ». Pour Amnesty et ses enquêteurs, ce commerce macabre et aussi alimenté par « la croyance que les os des albinos contiennent de l’or ».

Résultat : « même les morts ne sont pas laissés en paix ». La police du Malawi a enregistré au moins 39 affaires d’exhumations illégales de corps « ou de personnes arrêtées en possession d’os et de membres d’albinos ».Des mutilations ou des crimes rituels sont commis afin de prélever des organes qui serviront à la fabrication de gris-gris. Plus sordide encore : chaque partie du corps a un prix, un corps entier pouvant, lui, atteindre le montant de 75'000 dollars, faisant de ce commerce une macabre vente à la découpe d’êtres humains réduits au rang d’animaux. Dernière ignominie en date : la croyance que des relations sexuelles avec une femme albinos guérit du sida, avec, à la clé, des viols et des abus commis y compris sur des fillettes.

Pour lutter contre ces actes monstrueux, Ikponwosa Ero, l’experte indépendante sur l’albinisme nommée en 2015 par l’ONU, elle-même albinos, originaire du Nigeria, préconise d’établir une feuille de route incluant des mesures simples et efficaces. Comme par exemple de recouvrir « les cercueils de ciment, afin d’éviter que les corps d’albinos ne soient exhumés », ou d’inscrire les enfants albinos dans des internats, afin que leur sécurité soit préservée.

En Tanzanie, les périodes électorales coïncident  avec une augmentation de leur disparition, commanditée par des féticheurs. La nomination dans ce pays d’un ministre albinos,  Abdallah Possi, contribue cependant à changer les mentalités. L’Etat kenyan a instauré une ligne téléphonique d’urgence à appeler en cas d’agression ; ou encore distribue gratuitement des crèmes solaire pour protéger leur peau si fragile et prévenir le cancer.

Les prises de parole des stars albinos - telles que le chanteur malien Salif Keïta, le plus connu – contribuent également à briser les idées reçues. En octobre de l’année dernière à Kinshasa, une vingtaine d’albinos avaient participé à un défilé de mode « pour montrer que nous sommes belles et beaux ». Paradoxe : alors que partout en Afrique le teint clair est valorisé, que de nombreuses femmes dépensent des fortunes pour donner à leur peau noire des reflets mordorés, la peau blanche des albinos n’a toujours pas la cote.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Justice
« Après Perdriau maître chanteur, voici Perdriau maître censeur »
Un nouveau conseil municipal sous tension s’est tenu lundi à Saint-Étienne, dix jours après la censure préalable d’un article de Mediapart. Les appels à la démission du maire se sont multipliés, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’hôtel de ville. Inflexible, Gaël Perdriau a déclaré qu’il ne démissionnera pas, même s’il est mis en examen. 
par Mathieu Martinière (We Report)
Journal
Entre les États-Unis et l’Europe, l’ombre d’une guerre commerciale
L’adoption d’un programme de 369 milliards de dollars par le gouvernement américain, destiné à attirer tous les groupes sur son territoire, fait craindre une désindustrialisation massive en Europe. Les Européens se divisent sur la façon d’y répondre. 
par Martine Orange
Journal — Services publics
« RER régionaux » : une annonce qui masque la débâcle des transports publics
En lançant soudainement l’idée de créer des réseaux de trains express dans dix métropoles françaises, Emmanuel Macron espère détourner l’attention du délabrement déjà bien avancé de la SNCF et de la RATP, et du sous-investissement chronique de l’État.
par Dan Israel et Khedidja Zerouali
Journal — Fiscalité
Le budget de la ville de Paris est-il vraiment une escroquerie ?
Le ministre des comptes publics Gabriel Attal estime que la gestion budgétaire de la mairie de Paris s’apparente à une pyramide de Ponzi. Une vision caricaturale, qui plus est venant d’un gouvernement qui creuse le déficit de l’État à coups de baisses d’impôts.  
par Mathias Thépot

La sélection du Club

Billet de blog
Révolution kurde en Iran ? Genèse d’un mouvement révolutionnaire
Retour sur la révolte en Iran et surtout au Rojhelat (Kurdistan de l’Est, Ouest de l’Iran) qui a initié le mouvement et qui est réprimé violemment par le régime iranien dernièrement (plus de 40 morts en quelques jours). Pourquoi ? Voici les faits.
par Front de Libération Décolonial
Billet de blog
Dieu Arc-en-Ciel
« Au nom du Dieu Arc-en-ciel ». C'est ainsi que Kian Pirfalak (10 ans) commençait sa vidéo devenue virale depuis sa mort, où il montrait son invention. Tué à Izeh par les forces du régime le 16 Novembre. Sa mère a dû faire du porte-à-porte pour rassembler assez de glaçons et conserver ainsi la dépouille de son fils à la maison pour ne pas que son corps soit volé par les forces de l’ordre à la morgue.
par moineau persan
Billet de blog
Voix d'Iran : la question du mariage forcé (et du viol) en prison
Ce texte est une réponse à la question que j'ai relayée à plusieurs de mes proches, concernant les rumeurs de mariages forcés (suivis de viols) des jeunes filles condamnées à mort.
par sirine.alkonost
Billet de blog
Lettre d'Iraniens aux Européens : « la solidarité doit s'accompagner de gestes concrets »
« Mesdames et messieurs, ne laissez pas échouer un soulèvement d’une telle hardiesse, légitimité et ampleur. Nous vous demandons de ne pas laisser seul, en ces temps difficiles, un peuple cultivé et épris de paix. » Dans une lettre aux dirigeants européens, un collectif d'universitaires, artistes et journalistes iraniens demandent que la solidarité de l'Europe « s'accompagne de gestes concrets, faute de quoi la République islamique risque de durcir encore plus la répression ».
par Les invités de Mediapart