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Billet de blog 12 juin 2016

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Qui aide qui ?

Qui aide qui ? La réponse risque d'être fort différente selon qu'on pose cette question en Europe ou en Afrique. Question subsidiaire : et si l'aide au développement permettait avant tout de limiter les dégâts générés par des règles économiques, commerciales, agricoles, qui ne laissent guère de chances aux économies des pays de l'hémisphère Sud ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Qui aide qui? Question bateau me direz-vous. Pas si sûr. Vu d’Europe, l’Afrique est un continent de misère, qui appelle à l’aide en permanence. Posez la question à un Européen: il y a de fortes chances pour qu’il vous réponde que l’Europe aide l’Afrique.

Vu d’Afrique en revanche, la réponse risque fort d’être différente. Le fait que les pays occidentaux, rejoints par la Chine et les autres émergents, exigent en permanence du continent africain ce qu’ils considèrent comme leur dû – matières premières, produits agricoles, parts de marché pour écouler leurs produits, main d’œuvre à bas coût – est une évidence généralement partagée.

L’aide apparaît alors plutôt comme une forme de «ristourne» sur ce «pillage» en continu, qui s’attaque désormais directement à la terre et à l’eau du continent, qualifié de «frontière ultime» (ultimate border) par le business mondialisé.

Lors d’un récent séjour en Afrique de l’Ouest, la discussion s’engage avec une étudiante: «Si notre président renonçait à favoriser les intérêts des investisseurs étrangers pour privilégier ceux de ses compatriotes, il ne durerait pas longtemps au pouvoir», lance-t-elle. Pour appuyer ses dires, elle cite les destins brisés de ceux qui auraient préféré défendre les intérêts de leur pays, avant ceux des pays occidentaux ou de la Chine. «C’est bien la preuve que j’ai raison», avait-elle conclu.

Qui aide qui? Aux yeux de cette étudiante, et elle n'est pas la seule, ce qui est qualifié d’«aide extérieure» – de l’Union européenne, d’institutions financières – s’apparente davantage à des prêts que son pays mettra ensuite, craint-elle, «des siècles à rembourser». Une aide qui engendre une dépendance et un endettement inextricables. Sans parler de la corruption et autres détournements de fonds, générés par l’afflux de ces montants faramineux. Ce à quoi échappe toutefois l’aide prodiguée par des ONG, très contrôlée, et qui s’adresse directement aux populations et aux organisations de la société civile.

Et si l’aide permettait avant tout de limiter les dégâts générés par des règles économiques, commerciales, agricoles, qui favorisent les intérêts des pays dits «riches» et ne laisseraient guère la possibilité aux pays dits «pauvres» de mener leurs propres politiques économiques? Ces règles imposées par les institutions financières internationales corsètent le plus souvent les équipes dirigeantes. Qui voient régulièrement défiler dans leurs capitales des délégations venues de Washington, siège du FMI et de la Banque mondiale, pour passer au peigne fin les comptes de la nation.

Dans ce contexte, faut-il diminuer le volume de l’aide au développement, comme certains pays sont tentés de le faire? Non, car l’aide permet aussi à des milliers de personnes de vivre mieux - ou moins mal, c’est selon – dans le pays qui les a vues naître. Et d’éviter à des jeunes de partir à l’aventure, d’emprunter des circuits dantesques pour gagner l’eldorado européen.

Mais l’aide ne saurait bien évidemment se substituer à la volonté politique des Etats africains de mener des politiques qui améliorent les conditions de vie du plus grand nombre. Et favorisent la création d’emplois bien rémunérés pour une jeunesse bien formée, courageuse, qui ambitionne de se faire une place au soleil, et de contribuer au développement de leur pays.

C’est en tout cas dans l’intérêt bien compris de tous de faire en sorte que les pays africains ne deviennent pas des océans de misère et de non-droit, où tous les coups sont permis, y compris de la part des multinationales, au nom du business tout-puissant et de la création d’emplois chez nous.

Qui aide qui? Désormais, ces mêmes multinationales se présentent volontiers comme des acteurs importants du développement dit durable. Et après tant d’échecs, les pays riches sont désormais prêts à leur confier l’avenir des pays les plus pauvres. Avec, à la clé, l’acquisition de nouvelles parts de marché, pour le plus grand bonheur de leurs actionnaires.

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