Des otages libérés sur fond de bras de fer sur le prix de l'uranium

La récente libération des otages français, employés d’Areva et de Vinci, s’est faite sur fond de bras de fer sur le prix de l’uranium. 

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Cette libération, dans laquelle les autorités du Niger ont pesé de tout leur poids, va-t-elle leur bénéficier, alors qu’elles ont demandé à ce que les contrats qui les lient à Areva soient renégociés ? Rien n’est moins sûr.

Le groupe français, présent au Niger depuis 1958, est pourtant très dépendant du Niger, qui a été en 2012, son deuxième fournisseur d’uranium, juste derrière le Kazakhstan, et devant le Canada, avec plus d’un tiers de son approvisionnement. Mais le « yellow cake » ne contribue qu’à hauteur de 5% du budget du Niger pour l’année 2012, avec des recettes fiscales de quelque 100 millions de dollars, un montant dérisoire, loin derrière l’agriculture et l’élevage, un comble.

Le président du Niger Mahamadou Issoufou, élu démocratiquement en 2011, estimant à juste titre ce partenariat déséquilibré, a annoncé au début de ce mois d’octobre qu’il souhaitait que ces contrats soient « passés au peigne fin », avant d’être renouvelés d’ici la fin de l’année.

Aux yeux de Ali Idrissa, journaliste et responsable du ROTAB, une organisation de la société civile nigérienne qui se bat dans le cadre de la campagne internationale « Publiez ce que vous Payez » pour une gestion transparente des ressources minières et pétrolières, il s’agit là « d’un tournant décisif de l’histoire du Niger », puisque jusqu’alors, et depuis plus de 40 ans, les contrats entre Niamey et Areva sont reconduits tacitement, « les yeux fermés ». Pour le plus grand bonheur du géant mondial du nucléaire. Un peu moins pour le Niger et la population vivant dans la zone d’extraction, qui a surtout hérité de 50 millions de tonnes de résidus radioactifs, et d’une nappe phréatique contaminée.

En voyant les gesticulations du président d’Areva Luc Oursel au cours de ces dernières semaines, on doute cependant qu’il soit prêt à entrer en matière. Il a tout d’abord effectué une visite éclair au Niger, le 7 octobre, pour rencontrer le président Issoufou. Areva a ensuite annoncé qu’elle allait devoir interrompre sa production d’uranium dans l’une de ses filiales au Niger. Ensuite, il y a quelques jours, Areva s’est empressée de signer un accord pour exploiter un gisement dans le désert de Gobi, en Mongolie ; histoire de bien faire comprendre à Niamey que si elle exige un meilleur prix pour son uranium, d’autres pays les attendaient les bras ouverts…

Un véritable bras de fer. Mais aussi une vision à très courte vue. Tout le monde a en effet intérêt à soutenir le président Mahamadou Issoufou dans sa volonté de tirer un meilleur parti des richesses de son sous-sol, lui qui évolue sur une corde raide, pris en étau entre ses compatriotes et tout particulièrement sa jeunesse, qui lui demandent d’améliorer leurs conditions de vie; et sa coopération avec la France et les Etats-Unis dans leur lutte contre le djihadisme, qui place son pays dans l’œil du cyclone.

Lors d’une conférence internationale qui s’était tenue au début de cette année en Suisse, le journaliste nigérien Ali Idrissa avait insisté pour dire à quel point il était important pour les entreprises minières et pétrolières de payer un prix correct pour les produits qu’elles extraient du sous-sol du Niger et d’autres pays africains. Et aussi de créer des jobs dignes de ce nom pour une jeunesse désoeuvrée et clochardisée. C’est précisément en raison de ce manque de perspectives professionnelles, avait-il insisté, que les jeunes dans son pays sont tentés de rejoindre des groupes extrêmistes, ou alors de partir à l’aventure pour rejoindre l’Europe. Les dizaines de dépouilles de migrants retrouvées il y a quelques jours dans le désert au nord du Niger, vient rappeler la dramatique pertinence de son analyse.

Catherine Morand, journaliste, Suisse

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