François Hollande, le mouton du sacrifice

Quoi qu'on puisse penser de la politique et du comportement de François Hollande, l'acharnement dont il est l'objet, y compris après son passage dans l'émission "Dialogues citoyens" ce jeudi 14 avril sur France 2, est totalement outrancier. Et dessert la démocratie.

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Ce jeudi soir 14 avril, vous avez peut-être suivi l’émission « Dialogues citoyens » sur France 2, dans laquelle le président français François Hollande s’est entretenu avec quatre de ses concitoyens sur les thèmes chauds du moment : le chômage, le terrorisme, les charges des entreprises, les migrants.

A chaque fois que le président se livre à un tel exercice, dans les minutes qui suivent, et déjà pendant sa prestation, sur les réseaux sociaux, des critiques d’une incroyable violence s’abattent sur lui, quelle que soit la qualité de son intervention.

En le regardant hier face aux journalistes et aux représentants du « peuple de France » qui s’adressaient à lui sans ménagement, j’ai tout à coup pensé au saint martyr romain Sébastien, qui vécut au 3e siècle, peint par plusieurs grands maîtres en victime expiatoire de tous les malheurs du monde, les mains liées, le corps truffé de flèches, le visage exprimant une tristesse infinie.

Du coup, les Français, je les imaginais vociférant derrière leur poste de télévision, insultant leur président avec violence, lui décochant des flèches à travers le petit écran. La hausse du chômage et de la précarité ? Et hop, une flèche. Le terrorisme et les jeunes Français qui se font tuer à Paris et en Syrie ? Et hop, une autre flèche. Et lui, le président François Hollande, véritable mouton du sacrifie, qui prend tout. Et lorsque le journaliste David Pujadas l’accuse d’être « indifférent », il tente d’expliquer qu’il n’est insensible ni aux tragédies qu’il doit affronter, ni aux insultes dont il est l’objet, mais qu’il se doit de ne rien laisser paraître.

La journaliste Léa Salamé, surtout, était chauffée à blanc, galvanisée, comme un torero qui lance ses banderilles avant la mise à mort d’un taureau lors d’une corrida. Agressive, sans retenue, elle a atteint le sommet en lançant au président Hollande « C’est une plaisanterie ! », après qu’il ait parlé de la position commune de la France et de l’Allemagne sur la question des migrants. Un buzz assuré pour celle qui officie dans l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché », mais un manque complet de respect, voire de discernement, lorsqu’on s’adresse au président de la République.

Cet acharnement sur la personne du président François Hollande, qui vit un véritable « chemin de croix » depuis son arrivée au pouvoir, finit par devenir insupportable. Est-ce parce qu’un homme ou une femme a été élu à la présidence de la République que cela autorise ses électeurs et ses électrices, ses compatriotes, à lui cracher dessus, à l’insulter matin, midi et soir, comme s’il était responsable de tous les malheurs du monde ? C’est totalement outrancier, et plombe l’image des élus, et partant, de la démocratie.

Les médias portent bien entendu une part de responsabilité dans cet « Hollande bashing », qu’on peut traduire par « lynchage médiatique ». Jugez plutôt, en parcourant les titres des couvertures de magazines français consacrées à leur président : « Hollande, secoue-toi, il y a le feu », « Pépère est-il à la hauteur ? », « Il nous fait honte », « On arrête avec les bêtises ? ». Sans compter le Petit Journal, qui finit par saouler avec sa manière de tourner systématiquement François Hollande en bourrique et en ridicule, quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse. 

C'est la curée, et chacun de renchérir et de jouer sa partition. Tel le chanteur Eddy Mitchell, qui déclarait le mois dernier dans les colonnes du Journal du Dimanche : « Je n’ai rien contre lui personnellement, mais il fait de la peine ce garçon. Hollande est tout le temps humilié et humiliant ». Certes, la liberté d’expression, l’impertinence, sont des droits, des valeurs importantes. Mais il existe tout de même une belle marge de manœuvre entre se comporter en béni-oui-oui, et humilier et insulter en permanence un président qui fait le job, dans un contexte particulièrement difficile.

 

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