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Billet de blog 20 novembre 2013

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Un problème ? Vite un mur...

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

C’est fou ce que les murs ont la cote en ce moment. Depuis la chute du mur de Berlin et à l’heure de la mondialisation plus ou moins triomphante, on pensait pourtant leur ère révolue.

Or, c’est tout le contraire qui est en train de se passer, avec le retour en force des grandes murailles et des barbelés sur la prairie. Derniers projets en date : la construction d’une muraille de 3 mètres de haut sur une longueur de 30 km annoncée le mois dernier par la Bulgarie, le long de sa frontière avec la Turquie, pour contenir les migrants cherchant à gagner l’Europe. Ou encore la clôture qu'ambitionne de construire la Malaisie sur sa frontière avec la Thaïlande pour lutter contre le trafic d’armes et de drogue.

Un problème à résoudre, vite un mur ? Les exemples pullulent, en tout cas, aux quatre coins de la planète. Les plus connus : le mur de quelque 1200 km entre les Etats-Unis et le Mexique, celui de plusieurs centaines de kilomètres qui sépare Israël et la Cisjordanie, les clôtures de barbelés encerclant les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla au Maroc, contre lesquelles viennent se fracasser les migrants. Ou encore le mur de séparation achevé début 2013 par la Grèce sur sa frontière avec la Turquie.

L’Inde s’est également lancée dans la construction d’une barrière de 3300 km pour endiguer l’immigration venue du Bangladesh. Le Pakistan a fait de même sur sa frontière avec l’Afghanistan pour lutter contre le « terrorisme » islamiste. Le Botswana a mis en place une clôture électrique de 480 km sur sa frontière avec le Zimbabwe pour limiter l’immigration en provenance de ce pays. Et l’Arabie Saoudite est en train d’ériger des murs dotés de matériel de contrôle ultrasophistiqué pour se protéger au nord de l’Irak et au sud du Yémen.

Mais est-ce bien raisonnable d’imaginer que les problèmes liés à l’immigration, au "terrorisme", à la misère, puissent être résolus en truffant la planète de murs et de miradors ?

La construction de murs par l’armée américaine pour séparer les quartiers sunnites et chiites de Bagdad avait résonné comme un formidable aveu d’impuissance de parvenir à toute solution politique. Une entreprise qui avait été ensuite stoppée par les nouvelles autorités irakiennes.

Le désir de se "protéger" derrière des remparts est devenu une réalité, y compris au coeur des grandes métropoles, où les nantis ont de plus en plus tendance à se retrancher dans de véritables forteresses, voire à chercher refuge dans des quartiers "privatisés", où l’on n’accède que par des check points contrôlés par des gardes armés.

Les habitants d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, n’ont pas cessé, au cours de ces dernières années, d’ériger des murs de plus en plus hauts, hérissés de barbelés, de tessons de bouteille, pour défendre leur quartier, leur maison, leur cour, des attaques de gangsters ou de miliciens armés. Une métropole désormais striée de hauts murs, qui contraint la population à zigzaguer entre barrières et portails censés les protéger du malheur.

En Europe aussi, des murs ont également fini par surgir. A ses frontières. Mais aussi au sein même des villes. Par exemple à Padoue en Italie, où les autorités ont fait construire un mur d’acier de 84 mètres de long sur 3 mètres de haut pour séparer un quartier d’immigrés d’un quartier résidentiel.

Les murs du monde ? Autant d’aveux d’impuissance, véritable degré zéro de l’action politique. Les responsables n’arrivant plus à maîtriser les problèmes liés à l’immigration, au grand banditisme, au "terrorisme", ou tout simplement à l’extrême pauvreté des uns et à la richesse indécente des autres, cherchent à les résoudre en construisant des murs. Et en se barricadant eux-mêmes derrière de hautes murailles, comme les seigneurs du Moyen Âge.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.