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Billet de blog 23 janv. 2018

L'agritech en Afrique promu à Davos

Bill Gates au World Economic Forum (WEF) qui s'ouvre aujourd'hui à Davos en Suisse, aux côtés des multinationales de l'agrobusiness in corpore, pour poursuivre une stratégie de prédation et de transformation de l'agriculture du continent africain. Au nom de la faim dans le monde et du changement climatique.

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La promotion d’une agriculture high tech sur le continent africain est l’un des thèmes qui figure à l’agenda de la réunion annuelle du World Economic Forum (WEF) à Davos, qui a démarré le 23 janvier.  A la base de cette stratégie très offensive, on trouve en effet la « Nouvelle Vision de l’Agriculture » concoctée par le WEF,qui s’est associé au G8 et au G20 pour promouvoir l’agrobusiness dans les pays dits du Sud. Parmi les partenaires de cette « Nouvelle Vision » : Monsanto, Nestlé, Bayer CropScience, Cargill, Coca-Cola, Wal-mart, Yara International, Syngenta, Unilever, Mosaic, dont les représentants sont tous présents à Davos cette semaine.

Dans un document récemment mis en ligne par le WEF, intitulé « Et si le salut venait des « afro-agro-start-ups ? », on découvre que « l’Afrique est un terrain de jeux idyllique pour l’agritech et les agro-startups ». Les technologies de pointe sont présentées comme la panacée pour nourrir l’Afrique et le monde, dans un contexte de dérèglement climatique et de démographie galopante. Il s’agirait rien de moins que d’une révolution « autant grisante que vitale » pour l’Afrique, estiment ses promoteurs, qui manient à merveille la novlangue ad hoc, portant aux nues « ces jeunes pousses innovantes qui s’activent sur le terrain des chaînes de valeur agricoles » au sein des innombrables think tank qui planchent sur la question.

Mais est-ce bien raisonnable de faire du continent africain un nouveau terrain de jeu pour tester toutes sortes de nouvelles expériences agro-technologiques, au nom de la lutte contre la faim, la pauvreté et le réchauffement climatique ? L’Afrique, qualifiée d’    « ultimate border », est perçue comme une « terre promise » aux yeux de l’agrobusiness mondialisé qui se rue sur ses terres et ses ressources naturelles,  l’inondent de produits phytosanitaires et de semences hybrides et transgéniques, au détriment des paysans et du savoir-faire locaux.

Bill Gates, autre habitué de Davos, est très engagé dans cette offensive. Le mois dernier à Paris, lors du One Planet Summit organisé par le président français Emmanuel Macron, il a promis de débloquer 300 millions de dollars pour financer des innovations destinées à aider les paysans pauvres d’Afrique à s’adapter aux changements climatiques. « Il faut leur donner de meilleures graines, des graines plus productives, qui peuvent résister à la chaleur et à la sécheresse », a-t-il ainsi déclaré à cette occasion. Aux yeux des ONG présentes, il s’agit rien de moins que de surfer sur la crise du climat pour accentuer les pressions sur les pays africains pour qu’ils autorisent l’introduction des OGM (organismes génétiquement modifiés) dans leur agriculture.

L’ONG GRAIN, basée à Barcelone, confirme que la Fondation Bill et Melinda Gates est en train d’organiser, à coups de milliards, un changement radical de l’agriculture du continent africain. Sur les 3 milliards de dollars déjà consacré par la Fondation au développement agricole de l’Afrique, seuls 5% sont allées directement sur le continent. Une grande partie des budgets de recherche ont été attribués à des laboratoires américains, qui planchent sur des variétés transgéniques de plantes tropicales. La Fondation Bill et Melinda Gates finance également de nombreux partenariats public-privé avec des multinationales (DuPont, Cargill, Unilever, Nestlé, Coca-Cola, etc.) dans des projets visant à transformer radicalement l’agriculture africaine – tout cela au nom de la lutte contre la faim et le changement climatique, et malgré les inquiétudes exprimées par les ONG.

Seront-elles entendues jusque dans les salons feutrés du WEF à Davos ? Pas sûr. Les Etats feraient en tout cas bien de se préoccuper de ces compagnies et fondations privées qui se ruent sur l’agriculture africaine, sans avoir de comptes à rendre à personne hormis leurs actionnaires et leur conseil de fondation. Afin de prévenir les catastrophes sociales et environnementales qui se profilent à l’horizon

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