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Billet de blog 25 nov. 2015

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Schizophrénie climatique

Au moment où s’ouvre en grande pompe à Paris la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, de nombreux pays qui y sont représentés s’apprêtent à signer, ou l’ont déjà fait, des mégas-accords commerciaux qui plomberont encore davantage le climat, et réduiront à néant les mesures qui pourraient être prises lors de la COP21.

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De quoi s’agit-il ? Hé bien de ces accords conclus ou en cours de négociation, dans la plus grande discrétion, tels que le TTIP ou TAFTA (Transatlantic Trade and Investment Partnership) qui lie l’Union européenne et les Etats-Unis ; ainsi qu’une kyrielle d’autres, aux acronymes peu connus, tels que TISA (Trade in Service Agreement), CTA (Comprehensive Economic and Trade Agreement), FTAAP (Free Trade Area and Asia and the Pacific), TTP (Trans-Pacific Partnership), RCEP (Regional Comprehensive Economic and Partnership). Reste que dans un contexte où la production, le transport, la consommation et le gaspillage de l’alimentation représentent déjà la moitié du total des gaz à effet de serre, est-ce bien raisonnable de continuer à promouvoir des accords économiques et agricoles qui vont encore augmenter leur émissions ?

Car la composante agriculture et alimentation de ces accords commerciaux promeut un élevage et une agriculture industriels, dévastateurs pour le climat, sous-traités dans des pays à bas salaires, avec peu de contraintes environnementales ou sanitaires, qui vont encore davantage parcourir des milliers de kilomètres avant d’atterrir dans nos supermarchés et nos assiettes. Or les émissions produites par le transport maritime pèsent déjà très lourdement sur le climat : en plus d’émettre du dioxyde de carbone, les porte-conteneurs et leurs millions de rotations sur tous les océans rejettent aussi dans l’atmosphère de l’oxyde d’azote et de l’oxyde de soufre, responsables des pluies acides.

Dans son récent rapport intitulé « Ces accords commerciaux qui dopent le changement climatique », l’ong GRAIN  y voit « une réelle menace pour la souveraineté alimentaire, l’agriculture paysanne et de proximité, les programmes incitant à consommer local, qui pourront être considérés comme discriminatoires et accusés de distorsion au libre-échange promus par ces accords ». Or, c’est précisément ce type d’agriculture, basée sur les principes de l’agroécologie, qui permet de lutter contre le réchauffement climatique et de refroidir la planète, notamment en fixant du CO2 dans le sol. Son principal défaut aux yeux de l’agrobusiness : cela ne leur rapporte rien.

Le changement climatique est aussi devenu un énorme enjeu financier. C’est ainsi qu’à l’occasion de la COP21 à Paris, les multinationales agroalimentaires et les sociétés de biotechnologie sont dans les starting-blocks. Monsanto prétend développer des semences génétiquement modifiées adaptées au changement climatique ; tout en rachetant l’année dernière « Climate corporation », un bureau spécialisé dans la gestion des risques agricoles, actif sur un marché estimé à 20 milliards de dollars. Le géant américain - aux côtés des quelques autres compagnies telles que Syngenta, Bayer, qui se partagent le marché très lucratif des semences, engrais, pesticides – sera présent à Paris pour vanter les mérites de l’Alliance mondiale pour une agriculture intelligente face au climat, dernier avatar de l’agrobusiness mondialisé pour acquérir de nouvelles parts de marché, sous couvert de développement durable et de lutte contre le changement climatique.

Lors de la COP21, la voix de l’agriculture familiale - célébrée l’année dernière par les Nations Unies, y compris pour son rôle dans la lutte contre le changement climatique -  risque cependant d’être noyée sous les solutions technologiques proposées par des apprentis sorciers pour réparer le climat. Au nom de la « géo-ingéniérie », l’opinion publique, médusée, découvrira « la bio-énergie » avec, à la clé, capture et stockage du carbone et gestion du rayonnement solaire visant à bloquer les rayons du soleil dans la stratosphère. Autant de solutions contestées, qui ont le potentiel d’aggraver encore le changement climatique, tout en faisant croire que la technologie et des modèles informatiques hasardeux vont sauver la planète.

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