GATTAZ Pierre : la déprime !..

C'était si bien ... avant !

 

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Là, j'déprime ! 
Si, si ...

Si ça continue comme ça, 

j'vais finir à Charenton, 

c'est sûr.


J'y suis déjà ?

Non, alleeezz ... 

on n'plaisante pas avec ces choses là.


J'y crois pas !

Moi j'croyais qu'ils croyaient 

que j'croyais vraiment pas à c'que j'leur disais. 

Ça n'a pourtant rien d'extraordinaire 

que j'croie qu'ils me croient
quand je n'dis pas c'que j'crois vraiment ...


J'sais plus où j'en suis moi, 

dans mes propositions au gouvernement, 

j'sais plus ...


A en faire une par jour 

pendant des s'maines, 

pour un homme normal 

ça n'serait pas étonnant 

d'perdre les pédales.
Ben voilà, j'y suis !

Mais qu'eux perdent aussi les leurs 

alors que j'sais pas moi même 

si c'que j'leur propose correspond 
si c'n'est à leurs attentes 

au moins aux miennes, 

ça m'fait m'sentir presqu'intelligent. 

Et ça, c'est dangereux,  

pour mon mental, s'entend.

Vraiment. 


Le leur, j'sais pas !
J'arrive pas à les cerner. 
Sont-ils cernables d'ailleurs ? 
Y-a qu'Laurence qui pouvait.
Mais j'ai pris sa place. 
Pas d'bol, hein !? 
Ah ! On n'l'appellait pas 
Pari-sotte pour rien.
Rien d'tel qu'un sot 
pour cerner un nigaud, 
c'est bien connu ...
Mais alors, 
j'devrais avoir mes chances !? 

P'tain, j'y entrave plus que dalle. 
J'sais plus, 
j'les comprends pas ...
Mais qu'est-ce qu'ils veulent 
ces nouveaux ministres ?




En tout cas, j'les sens 
un peu tendus tout d'même, là. 

J'devrais p't-être leur donner 

les coordonnées de mon psy, non ? 




Mais, aussi, 
c'est d'leur faute.

Ils en ont fait quoi d'mon Mosco, 

ils l'ont muté en Crimée ?

C'est qu'on s'comprenait tous les deux, 

y-avait pas d'blème entre nous. 

On n'parlait jamais d'boulot ni d'soucis. 

Un gentlemen's agreement.


Ah ! C'était quelqu'un d'bien, Mosco. 
Un vrai gentleman.

Vraiment !

L'emploi, 

le chômage, 

les charges sociales,

la TVA, 

les impôts, 

l'ISF, 

tout ça, 

ça nous ennuyait.

Donc : motus !!


Et ça marchait comme sur des roulettes. 

Si, si ... 
Just'avant d'nous quitter, 
entre les cigares et l'cognac,
quelques signatures sur des pap'lards 
que d'toute façon personne ne lirait  ... 
et "top là", l'affaire était faite.
Du papier à musique, j'vous dis !
Réglé au millimètre, 
le flou parfait.
Rien à négocier, pas de conflit !
Aaaaahhh ! Mosco ... 
il était génial. 
Presque autant qu'François. 
C'est dire ...


Le satu quo, 

la meilleure des réformes ! 

C'était notre recette ... 

et ça marchait. 

 

Ça c'était du ministre, 

du vrai, 

du qui savait vivre. 

Pas comme le grand, là, 

le Montebraque, 

qu'on dirait qu'il va 
me foutre une mandale 

chaque fois que j'l'ouvre ... 


S'il croit qu'c'est comme ça 

qu'les choses avancent, 

ben, il se le fout bien profond. 

L'inertie, 

la patience, 

le calme plat, 

pas de vagues ... 

et tout avance comme par enchantement. 
C'est ça la bonne recette.


Oh ! D'accord, 

les emplois ça n'bouge pas, 

le chômage non plus, 

enfin pas dans l'sens qu'ils voudraient, 

les nouveaux.

Mais ça, c'est normal, hein, 

faut pas être d'la promo Voltaire 

pour comprendre.

Ça n'sert à rien qu'ils s'énervent. 
Qui n'avance pas, progresse. 

C'est bien connu !


Qui c'est déjà qu'a dit : 

on ne change pas 

une équipe qui gagne ?


Et ben, il doit pas faire partie 

des conseillers d'François.

 

Et pourtant j'l'avais briefé mon Nono 
avant ses municipales, bien avant. 
J'l'avais mis au parfum : 

"" Ne t'laisses pas emporter 
par la fièvre du changement, François !
C'est p't-être tout d'suite l'changement 
mais ça peut tout aussi bien attendre.
Déjà qu'maint'nant ça date un peu ...

Si tu gagnes, c'est surprenant.
Si tu perds, c'est pas si mal.
Dans les deux cas, 
ça n'mérite pas 
un grand chambardement.
Moi, il m'faut de la stabilité, 
des ministres à l'écoute, 
qui anticipent nos soucis, 
à nous autres, les patrons.
Car, qui mieux qu'les patrons 
peut résoudre le problème 
du chômage, hein ?
C'est nous qui l'avons créé, 
c'est donc nous qui savons 
comment en sortir, non ? ""

Et l'François, d'opiner du chef : 

"" Oui, oui, Pierrot, 
t'as raison, 
mais tu sais, 
je n'suis pas seul à décider ... 
si ... non ... oui ... 
enfin ... bref ...
j'ai des conseillers, 
et tu sais c'que c'est, 
ils veulent tous du changement. 
Et puis, 
ils sont de gauche !!
Si, si ... ça n's'invente pas !
Alors, les patrons, 
ils en mang'raient 
tous les matins au p'tit déj !
C'est pas comme moi, 
qu'il me disait :
Moi, j'suis au courant d'vos soucis, 
les patrons,
en bon 
social-démocrate-tendance-libéralo-centriste-de-gauche-modérée 
que j'suis. 
Mais eux, ils ne font pas dans la nuance, 
pas comme moi, mon Pierrot. 
La nuance, c'est ma vie !
C'est qu'des bretteurs, 
des socialistes de l'ancienne école.
Enfin ... des jeunes, quoi ! 
Plus réacs que les anciens 
qui eux ont eu l'temps d'évoluer. 
D'puis Jaurès, tu penses, 
il en est passé du socialisme 
sous les ponts d'Castres et d'Carmaux.. 
Nous autres, on sait c'que c'est. 
Mais pour eux, 
l'patron, 
c'est l'ennemi. 
C'est comme un cur'ton 
pour un instit des années cinquante !
Ah ! Ils font pas dans la sérénité.
Ils sont plutôt du grand soir 
qu'des matins calmes. ""

C'était pendant notre voyage aux USA, 
en février.
On s'causait souvent à l'époque. 
Pas toujours en phase parfaite 
-fallait bien donner l'change-, 
mais on s'comprenait ... à demi-mot.
Y-avait bien Montebric qui râlait déjà 
avec son obsession "d'objectifs chiffrés", 
mais François, il avait vite fait 
d'le calmer l'Montebroc.


Depuis, je n'l'ai pas revu ...
Pas Montebraque, non, non, 
lui j'le verrais presque trop 
d'puis qu'il est ministre de l'Economie 
à la place de mon Mosco. 

Non ! 
C'est François que j'ne vois plus.

J'ai l'impression 
qu'maint'nant 
il se la joue Poutine, 
un peu tsarevitch de l'autre François, 
c'lui qui f'sait écouter Carole Bouquet
 pour savoir si elle vendait bien 
des scaphandres néozélandais 
à Greenpeace.

Et il s'est offert un nouveau Prem's 
à sa botte,
pour remplacer l'clergyman d'avant.
C'est à Ayrault 
c'qu'une Maserati est à une Isetta.
Bonjour le stress !..

Dans les couloirs d'Matignon, 
ils l'appellent Noureev, 
le p'tit Vallseur à son Vlado.
Ou 
BipBip le Road Runner
des économies. 
Il court toujours après les déficits, 
sans jamais les rattraper,hi, hi ...

Quand j'le rencontre, 
toujours accompagné de Montebref 
et aussi d'un autre 
qui fait qu'sourire sans l'ouvrir, 
un Rebsamachin,
et ben, 
qu'est-ce qu'il est nerveux ... et pète-sec, 
le Rudolf catalan.

Et exigeant avec ça. 
J'peux même pas l'regarder dans les yeux ... 
Il me fait peur.
On dirait un gauchiste de droite. 
Ça m'désempare. 
François m'avait pourtant dit
qu'ils seraient plus de gauche que lui. 
Ben bravo pour l'analyse, hein ?!
Pourtant, c'est pas dur, non ... 
d'être plus de ... queeeee ....




Là, j'déprime ! Si, si ...
J'vais pas m'en remettre, c'est sûr !..

Mais pourquoi, ils ont tout changé, 
pourquoi ?

Et ils sont où mes cachets, merde ?..
J'angoisse tell'ment que j'les oublie, 
et justement c'est pour pas angoisser 
que j'dois les prendre ...
J'en sortirai jamais. 
J'sais plus où j'en suis ...



Pardon, M'sieur, 
vous savez à quelle station j'dois descendre ... 
pour Charenton ?..

Mais qu'est-c'que j'dis là, moi ...
Et j'suis même pas dans l'métro, en plus.
Mais ça n'va pas du tout, là ...
J'les perds complèt'ment, les pédales.



Bordel, 
pourquoi ils ont tout changé 
ces cons ?!
Pourquoi ?
C'était si bien ... avant ...

 

 

L'original : http://fuliginox.blogspot.fr/2014/05/gattaz-pierre-la-deprime.html

 

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