La création de parcs naturels, une gestion raisonnable de la biodiversité ?

Le constat persistant depuis 50 ans, de la dégradation de notre environnement, conduit les autorités nationales et internationales à créer des zones dites « protégées » dont les principales, par leur extension, sont les parcs naturels nationaux. Protéger la nature en sacrifiant les savoirs faires ancestraux et ceux qui les détiennent, est-ce une bonne solution ?

En préparant une émission sur la Guyane pour Radio Saint Affrique, je suis tombée sur des articles concernant le parc naturel de cette région où la situation est problématique surtout pour les amérindiens qui l’habitent. Pour en savoir plus sur ces parcs naturels j’ai cherché des infos sur d’autres parcs de par le monde. Et encore une fois pour me rendre compte que le greenwashing sévit partout. En 2011 FRANÇOISE DEGERT déjà, dans son blog, dénonçait l’aspect marchand de ces créations.

 Mais j’ai envie de vous remettre le sujet sur le tapis en évoquant la situation des peuples autochtone qui ont la malchance, une de plus, de vivre sur ces territoires

Bon nous savons tous et toutes que les ravages provoquées par l’homme sur l’environnement sont dramatiques et attentent à la vie de tous les êtres vivants

De Conférence de Stockholm en 1972 en cop 21 régulièrement organisés tous les 2 ans, à grands frais, en passant par le« sommet de la terre » en 1992, les instances nationales et internationales se penchent sur l’avenir de notre planète depuis 50 ans Depuis 50 ans il est « urgent » de faire quelque chose et depuis  50 ans ces organismes naviguent en eaux troubles.

C'est-à-dire que les lobbies s’occupent du problème. Ils ont la gentillesse de souffler les solutions à ces  instances internationales, des solutions mirobolantes, claires comme de l’eau de roche. Comme on peut toujours prétendre avoir « la solution » en l’enrobant des mots qu’il faut et de belles intentions, un des avatars de ce soin attentif à notre environnement c’est …la création de parcs naturels « pour préserver la biodiversité » dit-on à tout bout de phrase. Et c’est l’ONU qui a lancé ce beau projet : couvrir la terre de parcs naturels, enfin sans trop perturber les accaparements de terres pour d’autres usages plus lucratifs. Quoique il semble reconnu que ces parcs doivent rapporter quelque chose, quand même, comme nous

Où en sommes nous ?

La création de parcs naturels repose sur l’idée qu’il faut préserver la biodiversité ou ce qu’il en reste. Quand on pense parcs naturels c’est souvent la forêt qui nous vient à l’esprit Parce que les forêts recèlent l’essentiel de la diversité biologique terrestre. Et c’est cette biodiversité qui est garante de notre possibilité d’adaptation, de résilience comme on la nomme aujourd’hui, aux changements climatiques

Que deviennent les forêts ?

Les forêts occupent 31 pour cent des terres émergées soit  une superficie forestière mondiale de 4milliards d’hectares.

 Selon la dernière édition du rapport sur la situation des forêts du monde, publié le 22 mai 2020 la superficie forestière mondiale a diminué de 178 millions d'hectares entre 1990 et 2020,  soit en moyenne 6 millions d’ha par an. Ce même rapport nous dit qu’il  est urgent d'agir car  la conservation de la biodiversité mondiale dépend de la manière dont nous interagissons avec les forêts mondiales et l'utilisation que nous en faisons.  

Qui sont les parrains de ce rapport ? l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture c-à-d la FAO, en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE).

En passant je vous signale que cette FAO, organisation pour l’alimentation, à l’ONU qui je cite « mène des efforts internationaux vers l’élimination de la faim «  notre objectif est-il précisé, est d’atteindre la sécurité alimentaire pour tous… ».  Et bien, Selon les recensements officiels il y avait en 2007 1 milliard d’individus souffrants de famine. Aujourd’hui il y en a 2 milliards Qu’en dites vous ?  Et on continue à entretenir ces instances qui coûtent la peau des fesses !

Dans le rapport sur les forêts on évoque même La crise du COVID-19 qui, je cite « a mis en lumière l'importance de conserver et d'utiliser de manière durable la nature, reconnaissant que la santé des populations est intrinsèquement liée à la santé des écosystèmes. » Bravo pour cette découverte ! On a peut être enfin compris que le «Croissez et multipliez, remplissez la terre et soumettez la !» de la Bible, n’est plus d’actualité

Le rapport souligne aussi que « Des millions de personnes à travers le monde dépendent des forêts pour leur sécurité alimentaire et pour leurs moyens d'existence.

Voilà pour le constat. Et maintenant voyons comment ce problème est traité. l’ONU déclare avoir pour objectif d’étendre des  zones protégées sur 30 pour cent de l'ensemble des forêts « Il faut améliorer la coopération mondiale dans le but de restaurer les écosystèmes dégradés et abimés, de lutter contre le changement climatique et de protéger la biodiversité. » Et la solution ce sont les parcs naturels

Les chartes des parcs sont vertueuses et déclinent ces principes avec force catégories et détails. Ces grands principes sont énoncés à l’aide des termes désormais classique de la protection de l’environnement et du climat : développement  durable, biodiversité, protection de l’environnement, transition écologique, énergie propre  etc. ,  etc. ……Oui mais, il y a la réalité sur le terrain car Derrière ces grands principes il y la grande question du sort réservé aux populations qui habitent ces zones protégées

La main sur le cœur, pourrait-on dire, toutes les instances internationales, le plus souvent parties de l’ONU, font des déclarations fracassantes sur le respect des autochtones et de leurs territoires En 2011, déclarée « année internationale des forêts » l’accent a été mis sur le rôle des populations indigènes et même la FAO encore elle, dans un exercice de schizophrénie, désormais manière générale de gouverner,  a  rappelé que "des millions de personnes tributaires des forêts jouent un rôle vital dans la gestion, la conservation et le développement durables des forêts de la planète".

N’est-ce pas L’Unesco  (encore une émanation de l’ONU) qui déclare dès 1972 qu’il est nécessaire de protéger le patrimoine matériel naturel et culturel de l’humanité, « ces biens uniques et irremplaçables à quelque peuple qu’ils appartiennent ». et l’importance de « sauvegarder les cultures autochtones »

Alors comment ça se passe dans les parcs naturels ?

En France, il existe onze parcs nationaux : la Vanoise , Port-Cros , les Pyrénées, les Cévennes, les Ecrins, le Mercantour, la Guadeloupe, La Réunion, la Guyane, les Calanques et le dernier en date le Parc national de forêts. Dès l’origine (1963 pour le parc de la Vanoise) les dispositions à propos des parcs oscillent entre deux pôles : interdire  ou aménager : interdire à la population locale leurs activités de chasse, de pêche voire d’agriculture notamment dans la zone appelé cœur ou noyau de parc, Ou alors aménager ces parcs pour autoriser le tourisme,  recevoir un large public et permettre des activités commerciales A ce jour, après des  tensions vives entre les habitants et les aménageurs, les populations autochtones, bien sûr, sont restées sur place et bénéficient des retombées commerciales du développement du tourisme. Cependant il est à signaler que Cet équilibre n’est pas respecté dans le parc français de Guyane où les peuples autochtones, essentiellement les amérindiens, continuent à souffrir des règles imposés. Sous prétexte de protection de l’environnement, les droits des amérindiens, à subsister de la chasse, de la pêche  comme traditionnellement, sont réduits alors que ce parc est ouvert au tourisme et à certaines formes d’exploitations, à condition qu’elles soient dite « durables » ce qui nous le savons bien, avec le greewashing, n’assure aucune véritable protection de la nature. Et alors que les amérindiens ont « exploité » la forêt amazonienne pendant des millénaires en maintenant son équilibre.

Comment ça se passe ailleurs

Dans les parcs situés en Afrique, en Asie, en Amérique, la tendance est de combiner les deux solutions c'est-à-dire interdire aux populations autochtones leurs activités de subsistance traditionnelle et promouvoir le tourisme « durable »et « écologique »bien sûr, ainsi que des activités industrielles comme l’utilisation « durable » du bois et même l’extraction minière comme dans le parc de Guyane !

En allant sur la toile avec pour mots clefs parcs naturels mondiaux j’ai atterris sur divers articles qui dénoncent le « colonialisme vert » que constitue la création des parcs naturels de préservation de la nature sous la houlette d’organismes internationaux, de préservation de l’environnement WWF en tête et l’ UICN, Union mondiale pour la Nature, le Programmes des Nations Unies pour l’Environnement-PNUE, etc.) Les agences de développement nationales sont très actives aussi dans la définition des parcs nationaux Pour tous l’homme et la nature ne peuvent cohabiter sur le même territoire….enfin à quelques détails près !,

Dans un document intitulé « Aires naturelles protégées et peuples autochtones. de Christian Asse publié en  Janvier 2018 on peut lire « Jusqu’aux années 1970, les activités humaines devaient être exclues des parcs et des réserves car la conception occidentale dominante considérait que ces aires protégées étaient menacées et dégradées lorsque la population augmentait et que la pression anthropique s’accentuait autour d’elles. Cette conception a été dénoncée par des anthropologues et des ethnologues. Elle conduit lors de la création des aires protégées, à des expulsions, l’éloignement des populations locales, la dépossessions des terres, l’interdiction ou la limitation des activités traditionnelles ». On pourrait s’interroger sur l’origine de la pression « anthropique » Est-ce vraiment le fait des autochtones ? Comme le laisse supposer leur « éradication » des lieux protégés

 On peut lire aussi : Dans un article du 2 septembre 2020 : Cent-vingt-huit ONG et experts de l’environnement et des droits humains avertissent aujourd’hui : Le projet de l'ONU pour protéger 30 % des forêts de la planète d'ici 2030, par des créations telles que les parcs nationaux, pourrait entraîner de graves violations des droits humains et causer un préjudice social irréversible aux personnes les plus pauvres du monde.  On estime que le nouvel objectif pourrait déplacer ou déposséder jusqu’à 300 millions de personnes. Stephen Corry, de Survival International a déclaré : « L’appel à faire de 30 % du globe des “aires protégées” est en réalité un accaparement de terres colossal aussi important qu’à l’époque coloniale européenne, et il apportera autant de souffrance et de mort. Ne nous laissons pas berner par le battage médiatique des ONG de protection de la nature et de leurs bailleurs de fonds gouvernementaux et onusien ».

 Dans des régions telles que le bassin du Congo en Afrique et l’Asie du Sud Une série de reportages récents a révélé que des communautés continuent d’être déplacées et dépossédées pour faire place à des aires protégées Ils sont confrontées à des agents anti-braconnage lourdement armés qui n’hésitent pas à faire usage de leur force et commettre des crimes. 

Voici un exemple celui des San dans la réserve du « Central Kalahari » (Bostwana)     D’aprés un article de Éric Glon et Anderson. Les San sont déplacés de la réserve vers des camps forcés. Le gouvernement tente d’y transformer les chasseurs cueilleurs en travailleurs salariés. Les San sont contraints de s’adapter à une rapide et violente sédentarisation. Une appropriation territoriale autochtone se trouve remplacée par une valorisation au prétexte de la conservation de la nature avec de nouvelles opportunités de profits qu’elle génère tels un tourisme de luxe et la mise en « defens » des réserves de diamants.

 En Inde «Les peuples tribaux dont les terres ont été transformées en réserves de tigres sont en danger : leur gouvernement les expulse illégalement de leurs terres ancestrales au nom de la “conservation”. Pourtant, dans le premier cas où un peuple a obtenu le droit de rester sur sa terre ancestrale, le nombre de tigre a augmenté à un rythme trois fois supérieur à la moyenne nationale. »

Signalons encore les nombreux textes internationaux qui mentionnent le rôle des populations autochtones dans la protection de l’environnement et de la biodiversité. « La meilleure manière de traiter les questions environnementales est de permettre la participation des peuples autochtones concernés » lit-on dans le principe n° 15 de la déclaration du Sommet de la Terre en 1992. La même année, la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) admet que les modes de vie autochtones contribuent à la protection de l’environnement.

Mais rien n’y fait, le rouleau compresseur de « la protection de la biodiversité et de l’environnement », actionné par ceux là même qui ont conduit à la situation actuelle, continue sa marche vers la détection de toute source de profit et sa mise en oeuvre au mépris total de l’être humain.

Et bien voilà ce que j’avais envie de vous signaler à propos de ces parcs naturels qui, à première vue, semblent une initiative intéressante pour préserver ce qui peut l’être encore et donner quelques raisons d’espérer supplémentaires. Alors doit on définitivement désespérer ? A vous de voir, selon que vous êtes tenant du verre à moitié plein ou du verre à moitié vide !

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