"MIEUX VAUT LA FIN DU MONDE QUE LA FIN DU CAPITALISME"

Ainsi s’entend effectivement le cri de ralliement mondial de la petite bourgeoisie.  Je lis dans vos colonnes la critique de Lula. Il a trop négligé la lutte des classes !  Il s’est contenté d’agir sur la redistribution, sans s’attaquer à la structure ! Fort bien, chers camarades. Serait-ce que vous vouliez Lénine, Mao Zedong ? Que nenni, à en juger par vos paroles et vos actions.

 

Posons donc la question: que voulaient ceux qui ne veulent ni Lula ni Mao?

Il serait quand même temps de la poser, cette question. Qui a lancé le grand mouvement de manifestations contre Lula, s’étonnant, mais sans plus, de voir qu’il leur venait alors de drôles de compagnons, les fascistes, à qui ils ont ainsi si joliment tendu la main pour les faire revenir au pouvoir ?

Cà ne vous rappelle pas l’Egypte ?

Al Sissi et Bolsonaro font déjà un assez beau palmarès pour la petite bourgeoisie de gauche, démocrate à fond les manettes, et qui déclinera bien sûr toute responsabilité, étant donné que la responsabilité, c’est justement ce que cette classe abhorre. Jusqu’au bout, notre droit à être irresponsable. Telle est la classe petite bourgeoise.

Car il s’agit effectivement d’une question de classe. La petite bourgeoisie, c’est vraiment la classe comme telle, la classe qui se revendique comme classe et veut se maintenir comme telle, avec pas seulement ses quelques privilèges économiques, qui tendent à être rabiotés, mais surtout son mode d’être, son droit à ne pas penser, son droit à être inconséquent, son droit à se répandre, son droit à l’individualisme lequel précisément produit la classe la plus moutonnière jamais vue, tous la même vie, les mêmes voyages, la même opinion, et le même droit à être nul mais surtout et quoi qu’il en soit : comptable de rien.

La classe petite bourgeoise a son épouvantail, son diable, son repoussoir, qui s’appelle, socialisme, ou pire encore, communisme. Surtout pas çà, surtout, plus jamais ça. Voyez Mediapart.

Et vous vous étonnez de Bolsonaro ? Mais ce type-là est de votre avis, la seule différence avec vous, c’est qu’il l’est avec conséquence.

Et à dire vrai, vous voyez juste vous les bobos. Le socialisme et pire encore le communisme, çà ne promet pas d’avenir à la petite bourgeoisie en tant que classe. D’abord, ça tend précisément à supprimer les classes. Et çà ne s’enchante pas des fameuses classes moyennes. Voyez Lénine, décriant « l’homme moyen, tel le séminariste de S., qui dilapide les biens de l’Etat et demande l’impossible ».  Sans aucun doute, Lénine souhaite, à terme, la disparition de l’« homme moyen ». Voyez Amilcar Cabral : « Il faut que la petite bourgeoisie se suicide en tant que classe pour le bien de la révolution ». Nom d’un chien ! Mais c’est bien sûr, si j’ose dire, votre tête de turc, le camarade Mao Zedong , qui est allé le plus loin  en ce sens, avec sa révolution culturelle. Le fait est que çà voulait dire quelque chose comme ça, la révolution culturelle : s’engager dans la voie communiste, ; tendre à réduire les grandes différences, entre les villes et les campagnes, entre travail manuel et intellectuel. Aller exercer ses talents au fin fond des campagnes ! Balayer soi-même son bureau !  Se fondre dans la masse des ouvriers et paysans, travailler avec eux, étudier avec eux, s’élever avec eux ! Horreur et damnation ! la classe petit bourgeoise l’a parfaitement compris, elle a tiré sa conclusion.  « Mieux vaut la fin du monde que la fin du capitalisme ». Voyez avec quelle dilection se répandent les récits de catastrophe, et les promesses d’apocalypse.  Entre la fin du monde et la fin de la petite bourgeoisie comme classe bien séparée du peuple, comment hésiter ?

Et vous vous étonnez de la propagation de la peste évangéliste ? La fin du monde, pour les évangélistes, c’est pain béni, ils en font leurs choux gras.

Sortez de votre classe. C’est la proposition. Vous-mêmes. Oui, nous savons, la liberté, que vous revendiquez, en vérité vous fait horreur, vous aimeriez quand même bien mieux être forcés. Faites un effort. Vous êtes libres du choix. Sortez-en par le haut, jouez votre rôle de lettrés. Oui, nous savons, encore faudrait-il que vous le deveniez, lettrés. Va falloir étudier, essayer de comprendre, connaître pour de bon l’histoire du siècle passé, y réfléchir. Sortez-en par le haut, c’est ce que propose le camarade Mao, justement lui. « Les intellectuels », dit-il « appartiennent soit à la bourgeoisie, soit au prolétariat ». Foin de « l’homme moyen », devenez des intellectuels. Et, intellectuels, liez-vous au prolétariat. Organisez-vous avec lui. Il n’est pas loin, on peut le rencontrer près de chez soi. Gramsci parlait, lui, des « intellectuels organiques ». Mais comment faire, où aller ? Il va falloir chercher, trouver vous-mêmes.

Sinon, comme dit un mien ami, à force de vous délecter de cauchemars, il vous faudra finir par les vivre.

 

 

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