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Sortie du combo Blu-ray+DVD+ livre : Un zoo la nuit de Jean-Claude Lauzon
Si Artus Films s'aventure sur une géographie du cinéma qui ne lui est pas habituelle, le cinéma québecois, c'est pour mettre en avant un cinéaste qui a marqué son époque et en lequel était fixé beaucoup d'attentes aux côtés de son contemporain Denys Arcand, mais qui est décédé à 43 ans. Il avait à son actif deux longs métrages et plusieurs courts, sans parler de nombreuses réalisations de spots publicitaires. Un zoo la nuit (1987) est son premier long métrage remarqué à la Quinzaine des Réalisateurs au festival de Cannes un an après le succès du Déclin de l'empire américain (1986) de Denys Arcand, qui fait d'ailleurs une intervention dans Un zoo la nuit sur une scène comique dans un peep show avant que le drame reprenne le cours de l'intrigue.
Jean-Claude Lauzon est à l'image de son protagoniste une figure irrévérencieuse qui ne cherche pas à plaire, est résolument apolitique dans un registre affiché d'anarchisme de droite, mais largement marqué par le manque de son propre rapport à son père décédé pendant le tournage après avoir passé beaucoup de temps loin de lui interné dans un hôpital psychiatrique. C'est ainsi peu dire que le scénario est une thérapie pour son auteur-réalisateur, partant d'une intrigue policière où un homme sorti de prison ne peut échapper à son passé criminel mais où apparaît l'amour paternel non plus comme une intrigue secondaire mais comme l'enjeu principal du film.
Alors que le monde décrit est résolument centré sur des hommes, avec une mère absente qui a « abandonné » son époux pour une raison ignorée alors que celui-ci est souffrant, que la petite amie de Marcel a un rôle réduit à une scène de sexualité qui finit par une incompréhension et que la seconde la présente en tant que travailleuse du sexe, les personnages homosexuels sont eux présentés comme pervers, violents et agresseurs, usant de leur pouvoir corrompu en tant que geôlier ou en tant que policier en civil pour satisfaire leurs désirs sexuels. Quant au fils, il a la bonne idée comme dernier cadeau offert à son père avant de mourir de lui faire tirer sur un éléphant en entrant par effraction dans un zoo et en faisant une photo devant sa victime animale en guise de trophée. Il est rare de cumuler dans un même film autant de situations malaisantes qui encouragent ouvertement l'usage de la haine et de la violence envers des animaux ou des minorités. Cela fait partie de la personnalité du cinéaste qui se reflète pleinement dans son scénario, sans pourtant se sentir contraint d'adhérer à sa propre vision.
Quant à la vulnérabilité masculine dans un monde masculin enfermé sur lui-même, le cinéaste a ouvert un terrain d'exploration pour l'âme québecoise où Louis Bellanger trouve une matière féconde à l'ensemble de sa filmographie par la suite, dont le plus connu et cultissime pour toute une génération est Gaz Bar Blues (2003). Cependant, la figure la plus inspirante pour Jean-Claude Lauzon est assurément Fassbinder pour sa personnalité devant et derrière la caméra, avec un commun appétit à transgresser les règles établies pour mieux exprimer ses propres sujets personnels et autobiographiques.
Le film marque ainsi par la personnalité de son auteur qui transpire dans chacune des scènes composées avec le souci du cadrage et le souci de mettre en avant des situations nocturnes en marge de la société, dans un monde perverti où aucune justice ne semble possible avec les viols impunis qui se déroulent en prison et une police corrompue à l'extérieur.
Cette édition est comme toujours très bien soignée par Artus Films qui propose également un livret écrit par Sylvain Garrel, spécialiste et historien du cinéma québecois en France depuis plusieurs décennies.
Un zoo la nuit
de Jean-Claude Lauzon
Avec : Gilles Maheu (Marcel), Roger Lebel (Albert), Corrado Mastropasqua (Tony), Lorne Brass (George), Germain Houde (Charlie), Jerry Snell (l'Américain), Lynne Adams (Julie), Anna-Maria Giannotti (Angelica), Nereo Lorenzi (Pepe), Nicolas Clarizio (un ouvrier), Vincent Ierfino (un ouvrier), Amulette Garneau (Yvonne), Luc Proulx (le cuisinier), Jean-Pierre Saulnier (le garde à l'entrée), Jean Pierre Bergeron (gardien de prison), Gérard Gentes (le gardien de prison)
Canada – 1987.
Durée : 116 min
Sortie en salles (France) : 8 mai 1987
Sortie France du combo Blu-ray+DVD+ livre : 2 septembre 2025
Format : 1,85 – Couleur
Langues : anglais, français - Sous-titres : français.
Éditeur : Artus Films
Bonus :
Court métrage : La Théorie Lauzon de Marie-Josée Saint-Pierre (2022, 15’04”)
Entretien avec Gaston Lepage (9’40”)
Diaporama d’affiches et photos (1’42”)
Bande-annonce originale (2’24”)
Livret de 64 pages de Sylvain Garel « Jean-Claude Lauzon, le ciel est la limite »