Un jour une insoumise : Geneviève Bufkens

Dans ma France insoumise et dans notre communauté de la 8ème circonscription législative de Paris, certains ont mené l'aventure de la vie d'une façon qui pourrait paraître surprenante. Dans ce sixième portrait que Christiane propose, celui d'une femme, qui malgré l'époque, a joui très jeune, mineure, d'une grande autonomie et s'est construite quasiment seule : Geneviève Bufkens, 67 ans.

Dans ma France insoumise et dans notre communauté de la 8ème circonscription législative de Paris, certains ont mené l'aventure de la vie d'une façon qui pourrait paraître surprenante. Dans ce sixième portrait que Christiane propose, voici celui d'une femme, qui malgré l'époque, a joui très jeune, mineure, d'une grande autonomie et s'est construite quasiment seule : Geneviève Bufkens, 67 ans. 

De cette vie assez extraordinaire,  Geneviève a gardé le sens de la lutte, une grand acuité d'esprit, l'immense besoin d'être continuellement en accord avec l'honnêteté de ses choix politiques. Passant dans les années 68 de "Elections piège à cons", slogan familier à beaucoup d'entre nous, le seul qui valait,  à la conviction partagée de la révolution citoyenne elle est en parfaite osmose avec son parcours. 

Geneviève Bufkens

67 ans 

Les parents de Geneviève, des ouvriers, vivent en banlieue, à Nanterre mais se séparent très vite et l’envoient, avec son petit frère, en pension chez un couple à la campagne).

J’observais avec curiosité et incompréhension ce couple de gens biens, mais très soumis. Comment pouvait-on être si soumis ? Le soir dans mon lit, je m’évadais, j’imaginais que le toit s’ouvrait et que je voyais le Fuji-Yama. Le monde ne pouvait pas être aussi triste que cette terre boueuse.

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Très bonne élève, très en avance, elle passe le certif avec un an d’avance grâce à son instituteur qui fait une demande de dérogation puis l’emmène passer l’examen qui permet d’entrer au CEG. Je suis un produit de l’école républicaine.

En 1963, elle et son frère quittent la campagne pour la banlieue parisienne où ils vivent seuls chez une logeuse qui les nourrit le soir.

L’année suivante, le père, remarié, reprend son fils et part animer une Auberge de Jeunesse dans les Alpes. Geneviève reste seule, lit tout ce qu’elle trouve, sur la Chine notamment pour laquelle elle se prend de passion. En fin d’année, elle part vivre chez sa mère à Nanterre

C’était super. Il y avait le bidonville, la ville de nuit, la fac en chantier. J’allais au lycée.

A 15 ans elle contacte les étudiants et est accueillie par les Mao, intègre un comité Vietnam, suit l’heure d’éducation populaire -lectures, discussions, distributions de tracts, rencontres avec les ouvriers-.

Personne ne me demandait comment je rentrais. Parfois je dormais chez un étudiant… Pour rentrer je traversais le bidonville. Je n’ai jamais eu peur, il ne m’est jamais rien arrivé. Ce sont des souvenirs très forts. Les hommes ne regardaient pas leurs chaussures, ils étaient dignes et beaux, quand ils se rasaient à l’aube et me regardaient. D’eux je puisais une force. J’avais l’impression de voir Chaplin partout.

Elle s’étonne de ne pas être tombée amoureuse d’un Algérien….A 17 ans, elle veut reprendre sa liberté et loue, avec la pension alimentaire paternelle, une piaule à Nanterre. Elle y vit seule. C’est super chouette ! Maoïste, elle participe aux opérations contre les fachos d’ASSAS, joue au poker pour gagner des sous. Elle participe aux événements de 1968 avec un enthousiasme délirant sans vraiment comprendre ce qui se passe.

La vie avait changé pour moi. On était plus égaux, il y avait moins de misère.

Mais fin juin ses parents lui coupent les vivres et elle est renvoyée du lycée. Le ressac. Elle part vivre dans les Alpes, rejoint un groupe de Mao à Gap et rencontre René, l’homme de sa vie. Ensemble, ils rejoignent un groupe maoïste, la Parole au Peuple et “s’établissent” en usine.

On se faisait recruter avec de faux certificats de travail.

Dans l’usine de confection de Saint-Chamond, les ouvrières étaient soumises à tout… Mais elles ont vite compris que je n’étais pas une ouvrière « ordinaire » et le patron aussi : il met sa copine enceinte de 6 mois au repassage avec un fer de 4kg. Moi au skaï sous une bouche de chaleur. J’avais la pulpe des doigts en sang.

Un jour, il coupe l’alimentation électrique  : « je sais qu’il y a des Mao ici. Celles qui sont avec elles à gauche, celles qui sont contre à droite. » Personne n’a bougé. Deux ouvrières ont eu un malaise. Il a appelé les flics qui nous ont embarquées. Deux mois après, les filles se sont syndiquées. Nous on a gagné aux prud’hommes pour licenciement illégal.

A Saint Chamond comme ailleurs, l'existence de comité de lutte regroupant les ouvriers qui ne se retrouvaient pas dans les syndicats a été éphémère et l'établissement en usine s'est révélé une impasse politique. Enfin le voyage en Chine en novembre 1971, avec 11 autres militantes maoistes, pour étudier la condition des femmes l'a éloignée de la voie du socialisme chinois.

Suivent des années de précarité à Paris, la Butte aux Cailles et des boulots dans l’administration. « On ne se retrouvait plus dans ce que la vie était devenue ». Jamais résignée au malheur, elle décide de reprendre des études d’Histoire à Jussieu en travaillant 40h par semaine. On a rencontré des profs brillants et engagés. Elle devient prof par hasard, en gravissant tous les échelons de MA, AE, etc.

Mais j'ai exercé mon métier avec passion.

Je ne me sentais pas tellement syndicaliste. Les manifs de 1995 la réveillent. En 1998 elle tombe sur article d’Allègre dans le Monde: « L’éducation et la Santé seront les grands marchés du XXIème siècle. » C’est un électrochoc. Elle se remet à la politique tout azimut, fait du syndicalisme à fond. En 2005 elle milite pour le « non » au référendum sur le traité européen, adhère au PG en février 2009, démissionne en 2015 puis rejoint les Insoumis.

La mesure qui me touche le plus du programme L’Avenir en Commun ?

La sortie des traités européens qui conditionnent tout le reste, la réforme fiscale et la répartition des richesses et la planification écologique, c’est très important.

Propos recueillis par Christiane Gayerie, pour le site de campagne de Clément Bony, candidat insoumis dans la 8ème circonscription législative de Paris

 

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