Tout ce qui s’agite n’agit pas ! *

Qu’en est-il aujourd’hui, de la notion d’activité ? Le learning by doing, apprendre par l’action, de John Dewey date de la fin du XIXe siècle, l’idée « d’activité pédagogique » de Rousseau ou de Locke se rendormira cent cinquante ans après la disparition de ses auteurs. Il est de plus en plus difficile, aujourd’hui, de définir l’activité. À se demander si, l’activité ne se subirait pas.

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Qu’en est-il aujourd’hui, d’une notion d’activité qui fut pointée très vite par les militants de l’Éducation nouvelle. Le learning by doing, apprendre par l’action, de John Dewey date de la fin du XIXe siècle, l’idée « d’activité pédagogique » de Rousseau ou de Locke, toute fulgurante qu’elle fut, se rendormira cent cinquante ans après la disparition de ses auteurs. Il est de plus en plus difficile, aujourd’hui, de définir l’activité. À se demander si, et de façon la plus objective possible, l’activité ne se subirait pas.

Toutes les idées qui tentèrent d’installer une forme d’éducation centrée sur l’activité de l’individu furent, et sont d’ailleurs, toujours violemment critiquées. Édouard Claparède, qui le premier parla d’intérêt, de pédagogie de l’intérêt, avec Ovide Decroly, fut accusé de défendre une pédagogie de l’enfantillage. Pourtant une activité se doit de répondre aux besoins de ceux qui vont la pratiquer. Et à défaut, de tenir compte de qui sont les pratiquants ou les participants. Edouard Claparède le définit assez bien : « Est active une réaction qui répond à un besoin, qui est déclenchée par un désir ayant son point de départ dans l’individu qui agit, par un mobile intérieur à l’être agissant 1 »

Les premiers socles de la réflexion sur la notion d’activité seront renforcés par les apports sur le et les groupes (de Kurt Lewin à Fernand Oury), au sein desquels se développent la coopération, l’entraide, l’élaboration collective. Célestin Freinet y instillera la démarche d’expérimentation. Maria Montessori aura largement influencé l’aménagement des cadres, pour qu’ils puissent répondre aux besoins et aux capacités. Henri Wallon et son approche du milieu auront une influence considérable, qui devrait encore aujourd’hui renvoyer toute activité « hors sol » aux musées des horreurs. Par activité « hors sol », il faut entendre une activité déliée de tout ce qui constitue son environnement direct.

Une réelle activité

La définition donnée par Robert Lelarge et le groupe national activités manuelles des Ceméa de l’époque appuyée et alimentée par les recherches de Francine Best permet d’analyser ce qui fonde l’activité, laquelle se définit comme une succession d’actions :

– Qui est fondée sur un besoin.
– Qui répond à un intérêt.
– Qui est déclenchée par un désir.– Qui fait l’objet d’un projet ouvert.
– Qui se déroule par opérations fonctionnelles.
– Qui constitue une expérience personnelle.
– Qui donne lieu à une réflexion.
– Qui permet d’atteindre un ou plusieurs objectifs.

Le texte de Tony Lainé sur l’Agir, apportera une dimension supplémentaire à la réflexion 2: « C'est ainsi que l'on doit toujours se situer de telle manière que le choix de l'enfant puisse s'exercer, se manifester, que l'on puisse le sentir, le déchiffrer du point de vue des activités. Il ne faut pas pré-concevoir des activités figées, parce qu'à ce moment-là, c'est notre désir à nous qui prévaut, cela n'a rien à voir avec le désir de l'enfant. ... »

Il n’y a clairement pas d’activité, au sens d’activité humaine comme nous l’entendons, quand il ne peut pas y avoir une expérimentation, une appropriation par le tâtonnement, des cheminements de type expérimentaux. Qu’on nous évite le procès du « On ne va quand même pas réinventer l’eau chaude tous les jours ». Il ne s’agit pas de ça ! Il s’agit de pouvoir, dans un domaine d’activité choisi, se réapproprier, dans son cadre de références autant personnel que culturel ou social, un chemin qui ouvre la curiosité, qui suscite une dynamique positive de découverte. Il s’agit bien d’une prise de risque.

Celle qu’on retrouve dans l’activité spontanée qui a disparu des consciences : la pression culturelle fait qu’une activité doit être planifiée, organisée, pensée à l’avance. Toute tentative d’activité spontanée, d’organisation de cadre pédagogique qui la facilite est vouée aux gémonies de la raison. Quand elle n’est pas accusée d’un laxisme suspect. La peur du laisser-faire conduit à un activisme absurde.

Pourquoi alors, ne pas revendiquer non pas AUX activités mais un droit à l’activité pour tous, support de l’émancipation de chacun dans la société, support de la construction de sa culture, permettant de prendre et d’assumer une place responsable et citoyenne dans une culture plus large ?

Alain Gheno

* Cousinet in Ven 281, 1974.

1. In L’Éducation fonctionnelle, éditions Fabert, 2009.

2. Tony Laîné, « L’Agir » in Ven 276-277-459 et in Ven dossier hors série : Toujours Nouvelle ! 2005. www.cemea.asso.fr/spip.php?article2771

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