L’Éducation nouvelle : chercher, résister, combattre

La première Biennale internationale de l’Éducation nouvelle (2 au 5 novembre 2017) a posé les enjeux en matière de pédagogie : accès à tous et toutes à une éducation exigeante, émancipatrice et rigoureuse. Dans son intervention de clôture, Philippe Meirieu, grand témoin, donne les perspectives pour conduire une éducation démocratique et sociale, revalorisant savoirs, coopération et individus.

Quatre vingt seize ans après le premier Congrès international de l’Éducation nouvelle à Calais, la Biennale internationale de l’Éducation nouvelle (2017) revêt un caractère historique pour ce courant pédagogique, en rassemblant six mouvements s'y référant1. Pendant quatre jours, les conférences, les débats, les forums de pratique ont permis aux participants de mettre la pédagogie au cœur de la réflexion sur l’éducation.

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Pour clôturer cette manifestation, Philippe Meirieu, a dégagé douze perspectives, douze chantiers pour l'éducation nouvelle2 :

  • L’Éducation nouvelle doit travailler inlassablement à la mise en place de formes de coopération qui profitent à tous et construisent du commun.

  • L’Éducation nouvelle doit travailler sur le sursis qui permet l’émergence de la pensée, l’entrée dans la réflexivité, le « nourrissage » par la culture.

  • L’Éducation nouvelle doit militer sans relâche pour la clarté de la formulation, la fermeté linguistique, la construction de formes de débat respectueux des principes de la « probité ».

  • L’Éducation nouvelle doit faire de la remise en chantier, du « travail vrai » sans cesse amélioré, de l’élaboration du « chef d’œuvre » dans « la patience d’atelier »... la forme « normale » de l’évaluation, celle qui permet « non pas de devenir meilleur que les autres, mais meilleur que soi-même ».

  • L’Éducation nouvelle doit faire de la rencontre avec la résistance de l’objet et du dialogue avec lui une forme de travail essentielle, constitutive de la construction de l’attention et de l’entrée dans « l’œuvre ».

  • L’Éducation nouvelle doit inventer de « belles contraintes » qui permettent au sujet de se construire et de s’exhausser au-dessus du « donné ».

  • L’Éducation nouvelle doit fonder la différence entre le pouvoir et l’autorité et faire faire l’expérience fondamentale d’une autorité qui s’exerce toujours « en tant que...»

  • L’Éducation nouvelle doit travailler sur la construction de cadres structurants, permettre de faire l’expérience d’un collectif où l’on peut construire son identité et être en sécurité sans aliéner sa liberté.

  • L’Éducation nouvelle doit faire entendre que les savoirs s’inscrivent dans une genèse et participent du mouvement d’émancipation collective des humains.

  • L’Éducation nouvelle doit faire de la solidarité le principe d’un service public refondé.

  • L’Éducation nouvelle doit être attentive à ne fermer la porte à aucun apport mais à ne jamais renoncer à les interroger sur le plan axiologique.

  • L’Éducation nouvelle doit faire de la question de la mobilisation collective autour des Droits de l’Enfant un enjeu global.

 

Vers une deuxième Édition en 2019

Cette première édition a permis à 300 personnes d’échanger, de partager, de débattre, d’être, de penser, de se connaître mieux et de vivre ensemble. L'occasion fut aussi donnée lors de 54 ateliers forums, 14 débats mais aussi lors de temps plus informels de découvrir la diversité des pratiques et des réflexions ainsi que la variété des projets de chaque mouvement d'éducation nouvelle, le tout enrichi par la mixité pluriculturelle et internationale. Cette dynamique annonce tout naturellement une deuxième Édition en 2019, année du trentenaire de la convention internationale des droits de l'enfant.

La Biennale internationale de l’Éducation nouvelle a également reçu le prix de l'association des amis de Jean Zay. Ce prix récompense une personne ou une organisation qui par son activité professionnelle et pratique et par la nouveauté de ses idées en matière de pédagogie aura rendu des service signalés à l’Éducation, à la culture et à ce qu'il est convenu d'appeler l’Éducation populaire.

Christian Gautellier

 

1 Ceméa, CRAP-Cahiers pédagogiques, FiCeméa, FESPI, ICEM, GFEN.

2 http://meirieu.com/ACTUALITE/conclusion-biennale.pptx.pdf

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