Vie sociale et confinement: en Centre d'Accueil Thérapeutique à Temps Partiel

VST, la revue du travail social et de la santé mentale des CEMEA réagit à l'actualité en recueillant des témoignages de professionnels actuellement sur les terrains. Comment les institutions s'organisent-elles pour faire face au coronavirus ? Quelles difficultés, mais aussi quelles inventions de la part des professionnels et des usagers pour maintenir une vie sociale … même en étant confinés ?

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Interview du « CATTP à distance »

Depuis une semaine le CATTP1 (Centre d'Accueil Thérapeutique à Temps Partiel ) d'Asnières ne peut accueillir physiquement aucun participant afin de limiter au maximum la diffusion du virus et ne mettre personne en danger. Ne pouvant accueillir physiquement personne dans les les lieux d'accueil, il est donc impossible de réunir les différents groupes ni avoir les activités thérapeutiques quotidiennes.Toutefois, il était impossible d'imaginer que chacun reste dans son coin sans avoir de lien les uns avec les autres dans ces circonstances qui peuvent être individuellement difficiles à vivre pour chacune et chacun.

C'est pourquoi a été imaginé depuis plusieurs jours maintenant un moyen de faire du groupe CATTP sans être physiquement ensemble mais par l'intermédiaire de la radio, la « Radio Sans Nom» et du streaming 24h/24 de la Colifata France.
« Nous développons un accueil radiophonique pour rester en lien les uns avec les autres pendant toute la durée de cette période de confinement plusieurs fois par semaine. Un "CATTP à distance" ou "sans contact". On ne peut pas être physiquement ensemble, ça ne doit pas nous empêcher d'être ensemble d'une autre manière... »

Cette interview a été réalisée le 01 avril lors de l'enregistrement d'une de ces émissions de radio en direct avec des patients, des soignants, psychologues, psychiatre et des stagiaires psychologues. En tout une quinzaine de personnes qui forment le groupe journal du CATTP. Après avoir accueilli chacune et chacun, par téléphone, par WhatsApp, Skype, après des propos de bienvenue et de nouvelles dans une ambiance déjà chaleureuse, Benjamin Royer et Alfredo Olivera les deux psychologues qui organisent et animent l'émission, ont présenté VST et notre projet d'interview. (Les liens du blog du journal et de l'émission de radio sont à retrouver en fin d'interview).

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Après l'annonce du confinement, quel a été le plus grand changement, celui qui est vraiment important pour vous ?

Magali : Ce qui me manque c’est le contact avec notre médecin, nos proches ; déjà en psy on est assez en retrait et là on n'a plus de contacts physiques avec personne, donc c’est très très angoissant. Heureusement qu’on a trouvé cette façon de communiquer.

Véronique : Maintenant qu'il y a un lien oral et visuel parfois, le confinement n'est pas si difficile à vivre qu'il le serait, si on était seul toute la semaine. Et je crois qu’il faut adresser un « big up» à Alfredo qui fait des prouesses technologiques incroyables pour nous réunir et ça fonctionne bon an mal an de mieux en mieux. Le lien social est maintenu entre nous et c’est surtout grâce à Alfredo et au dévouement de Benjamin sans lesquels ça ne pourrait avoir lieu. Maintenant nos soignants sont toujours à notre disposition pour les urgences, si on a des psychologues, on a des permanences et pour les besoins médicaux pour les personnes qui en ont besoin, mais là je veux parler du lien, du besoin de parler.

Magali : C'est vrai que c’est très compliqué de ne plus avoir de séances de kiné, on a l’impression qu’on va s’affaiblir encore plus, merci Véronique de t’inquiéter pour moi.

Manuella : Magali vous faites quoi à la maison ? Vous faites un peu d’exercice ?

Magali : oui j’essaye de faire quelques exercices mais bon...Quand je sors ma chienne par contre, comme on a le droit de sortir une heure, je sors une heure pour marcher, oui oui ça fait du bien.

Du côté des soignants, des stagiaires, des psychiatres c’est quoi le changement ? C'est quoi le changement le plus important pour vous que vous avez noté dans cette nouvelle situation, qu’est-ce qu’il vous manque le plus ou qu'est-ce qui vous préoccupe le plus pour être dans l'inventivité ?

Benjamin : Au début c’est une situation où on bricole quelque chose qui n’est pas à la hauteur des enjeux de travail habituel. Le point de départ, on ne peut plus accueillir physiquement les gens et travailler la relation de proximité avec les gens du fait du risque de rencontre et de faire tomber les gens malades. Il a fallu du coup inverser la logique des choses, d'où l'idée du CATTP à distance et de réunir le maximum de groupes et ainsi permettre aux patients de s’appuyer sur un lien qui existait déjà. On avait cet outil génial de la radio ; les gens avaient l’habitude d’être ensemble à la radio, avec le groupe journal notamment et avec une certaine manière de se parler. Ça change énormément parce qu’on n’est pas physiquement ensemble mais on a un lien un peu humain qui tient parce qu’on a déjà fait cette expérience là avant. Après j’ai hâte de retrouver les contacts avec les gens physiquement.

Véronique : J'avais une question pour les stagiaires. Le fait ne pas aller à la fac, est-ce que vous craignez pour votre année ?

Margot et Clara : Oui bien sûr, il y a une certaine pression de la fac par rapport à la validation des heures de stages, on ne sait pas si on va pouvoir valider notre diplôme ou pas, passer nos examens et quand on est en fin de parcours comme Margot et moi ce n'est pas très agréable. Mais on est très reconnaissante d’avoir l’occasion de participer à cette expérience, c’est des choses super intéressantes de vivre ça, de participer à l'élaboration de quelque chose de nouveau et de traverser ce genre de difficulté.
Depuis que le confinement a commencé, dans cette nouvelle expérience par la radio, par téléphone, par Skype, surtout oralement donc, est-ce que vous avez découvert de nouvelles façons de vous rencontrer, de nouvelles solidarités qui se créent et qui pourraient perdurer après ?

Manuela: En fait en gardant un lien téléphonique avec les gens j’ai vécu avec beaucoup de surprises une autre dimension de la relation thérapeutique, une certaine approche de réciprocité que je n'avais pas connu avant quand je faisais des consultations en face à face. Les gens par exemple me posent la question, mais vous Docteur vous allez bien ? Comment ça se passe pour vous ? C'est des deux côtés, c’est très intéressant comme dynamique transférentielle, on est beaucoup, beaucoup soutenu par nos patients c’est extraordinaire comme sensation pour nous porter.

Alfredo : Peut-être quelque chose de nouveau apparaît, des «soins croisés», on se soigne les uns les autres. Par rapport aux nouveaux outils je constate un peu la même chose, les gens me demande comment ça va. Après je pense qu’avec la nouvelle situation on a réussi à restituer une nouvelle façon de travailler qui permet une espèce de soins continus garantis à distance. Et l’autre chose que j’ai noté c’est le fait que maintenant nous sommes en train de construire un espèce de sujet médiatique, nous sommes nous, mais aussi nous à partir de ce qu’on dit dans une plate-forme WhatsApp, téléphones, Skype, radio. Il y a une nouvelle clinique qui émerge, dans mon cas, la dimension du direct nous aide à faire quelque chose avec l’angoisse, pas pour donner des conseils pour passer le temps mais surtout pour pouvoir nous rencontrer dans la dimension existentielle de ce qui apparaît chez nous dans une nouvelle situation. La deuxième chose que j’ai notée, ce que je trouve important à part de garantir un espace « live», c'est une espèce de création collective qui nous est donnée. Comme quelque chose au niveau de notre psychisme, et ça nous aide beaucoup, un nouveau dehors, «Afuera» en espagnol; de nouvelles conditions de possibilité pour nous découvrir, pour avoir une nouvelle version de nous-mêmes. Et aussi, l’autre chose à partir de l’idée de la construction d’un sujet médiatique ou médiatisée, c’est la dimension du montage. Le travail de montage c’est un travail lié à la condition éthique et thérapeutique. C'est la vérité subjective de ceux qui parlent, esthétique parce qu’il y a écoute mutuelle et politique par le montage. Car la dimension du montage c’est pas un truc abstrait. Depuis qu’on a commencé, on a créé un groupe «WhatsApp CATTP», on se rassemble lundi, mercredi, jeudi et vendredi pour faire les différents ateliers. Les gens discutent pendant la semaine mais aussi il y a un mouvement de rassemblement en direct, on essaye de se rencontrer en live ; mais comme il y a des couacs techniques alors on met de la musique pour le temps de les régler. Et pendant la musique, on partage des petits morceaux que chacun a enregistrés. A partir de quel positionnement éthique moi un soignant, je m'autorise à partager ou pas ce petit enregistrement ou pas. Une deuxième chose, par exemple une personne qui était très inquiète par la question technique et qui n'arrivait pas à nous écouter et à partager avec nous. A partir de cette difficulté et en m'interpellant sur sa difficulté, cette personne s’est confrontée à une dimension d'elle-même et j’ai commencé à faire beaucoup plus attention dans le travail de post-production, dans le travail de montage pour découvrir, pour pouvoir écouter, pas uniquement la version d’une dame qui est angoissée par la technique qui ne fonctionne pas bien mais toute une manifestation de solidarité. Cette capacité à pouvoir soigner les autres, c’est pour ça que ce confinement nous confronte à une autre nouvelle possibilité pour la subjectivité et les outils liés aux médias nous aident à réinventer une nouvelle clinique. Dans mon cas personnel, ça a été mon boulot en Argentine au moment de travailler avec la radio « Colifata » depuis l’hôpital psychiatrique. On n'abandonne pas la clinique, nous sommes en train de créer une nouvelle condition pour accompagner un processus.

Ce que j’entends bien aussi Alfredo, à travers ce que vous dites de cette situation paradoxale des isolements, réinterroge la façon de se rencontrer. C’est comme si chacun soit patient, soit en tant que professionnel, considère cette nouvelle rencontre dont le contact physique est absent, comme une dynamique d’un effort supplémentaire à l’attention à l’autre, comme une position plus partagée. La solidarité elle se construit aussi du côté des patients.

Alfredo : C'est aussi la dimension de l’articulation entre le sanitaire et les associations, c’est un autre chapitre à développer. Car dans le quotidien des rencontres avec mon collègue nous nous trouvons à soutenir tous les jours le travail du CATTP à distance, en compagnie de Manuella qui nous donne des nouvelles du CMP et des gens de l'intra.

Benjamin : Cette question du collectif elle est très particulière. On a régulièrement des nouvelles du CMP et des gens de l’intra et c’est quand même un collectif qui est éclaté ; les infirmiers notamment, les psychiatres, notre collègue assistante sociale qui vont tous les jours au CMP travailler et faire des VAD et nous qui travaillons depuis notre domicile. Elles et ils sont sur un autre front, mais pour ne pas reprendre les métaphores guerrières, elles et ils sont sur d’autres espaces, d’autres lieux, d’autres cristallisations de la crise dans le travail. C’est un peu particulier, des premiers cas de « covid » sont déclarés, des collègues infirmiers sont épuisés et nous on est un peu à l’arrière, un peu planqués, des nantis en quelque sorte. Par rapport aux collègues qui sont sur le terrain avec des patients confinés dans leur chambre et qui font un boulot énorme c’est hyper dur. Cela pourrait entraîner le sentiment de culpabiliser et ça, ça attaque vraiment les notions de collectif.

Aurore : Moi, ce sentiment de culpabilité, je le ressens dans l’autre sens, j'ai quitté le CATTP pour retourner en intra. J'ai un peu le sentiment d'avoir abandonné le CATTP.

Benjamin : Eh oui, on a peu l'occasion de discuter avec les collègues et on a tous un peu ce sentiment de culpabilité. En discutant la semaine dernière avec Pascale Molinier , quand on l'a reçue, elle nous expliquait qu'il ne fallait pas non plus exhorter les soignants à l'abnégation, au sacrifice qui est une «saloperie» en fait. Ce que cela nous révèle c'est comment on créée du collectif à partir de liens d’interdépendance, des liens ténus que cette situation vient révéler. Là pour qu’on puisse faire la radio, on a reçu des enregistrements faits par des collègues de l'intra, faits sur leurs téléphones portables de discussions avec des patients confinés dans leur chambre pour qu’on puisse les diffuser à la radio. Ainsi l'autre jour en fin d'émission, on a reçu un message d'une patiente de l'hôpital de Moisselles, seule dans sa chambre qui exprimait la dureté du confinement. Elle avait entendu parler de la radio qui existait et pour nous remercier elle nous a joué un morceau de guitare en cadeau pour les auditeurs. C'était un petit moment de grâce et d'émotion extrême. Pour en arriver là il y a besoin de tout un tas de solidarités dans le travail, de relations d’interdépendances complémentaires avec les autres, avec cette patiente pour arriver à cette construction. Partir de ces moments-là pour ne pas être justement dans la culpabilité ce qui serait un piège. Mais Le fait d'utiliser les nouvelles technologies ne créée pas cela, au contraire ça cristallise nos angoisses par exemple quand cela ne marche pas. Ces relations complémentaires où l'on dépend des uns des autres dans le quotidien, ça les rend encore plus précieuses.

Alfredo : Pourquoi la question de la culpabilité ? Personnellement je n'ai pas traversé ce sentiment de culpabilité et non plus la dimension sacrificielle, dimension sociale attribuée aux soignants qui vient de l’imaginaire. Je crois que nous arrivons à tenir le travail du secteur parce que nous nous appuyons sur deux coordonnées, la dimension de la solidarité et je ne veux pas devenir religieux, mais je ne trouve pas un autre mot, la question du miracle de la communication. On arrive par exemple à ce que Madame Laurence qui n’a pas Internet, qui ne connaît rien aux réseaux sociaux arrive à tenir une émission en entier deux heures et participe au téléphone et demande des choses. Et en parallèle, Amina par exemple, chez elle qui écoute la radio Colifata France et enregistre sur WhatsApp un message qui nous dit que nous n'avons pas parlé avec Abdel ! Et mon collègue Benjamin qui cherche dans son fixe et qui trouve le numéro d’un portable de Monsieur Abdel. Amina qui a réclamé depuis plusieurs jours la présence de Abdel, lui fait une adresse de sortir de chez lui oui mais pour faire les courses, seulement pour faire les courses, pas plus. Je pense que nous sommes en train de construire une narrative presque poétique, dramatisée. On passe du drame à la trame. Ainsi Nawal qui travaille à l’hôpital de jour nous a envoyé plusieurs enregistrements de VAD et Justine des enregistrements de plusieurs minutes faits avec des patients qui sont isolés et qui s’expriment et tout cela arrive à notre espace de communication. Et il y a un monsieur Benjamin B, patient qui reste chez lui et qui a un accès direct à l'ordinateur de la radio. Il programme les enregistrements sur Colifata la radio 24/24 les petits moments des VAD pour les réécouter. Cela montre l’importance de l’articulation du travail sanitaire et de la vie associative. Le travail de la radio fait partie de la vie associative qui rencontre le travail sanitaire.

Magali : Oui, je voulais dire que je me présente pendant les activités comme la responsable du bien-être des soignants, je pense qu’ils en ont besoin, qu’on les mette bien, il faut qu’on les mette bien. Je voulais juste dire cela !

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Merci, j'avais une question pour continuer à échanger c’est la question du temps, du temps qui passe, de la durée, la question de la projection dans le temps. On rentre dans la troisième semaine de confinement donc les uns les autres on a pris nos marques, chacun chez soi et vous à travers les activités que vous mettez en place. Comment chacun de vous vit cette question du temps immédiat avec les routines quotidiennes et ce qui se passe dans la tête par rapport à rester dans cette situation pour un temps plus ou moins long ?

Magali : Moi j’ai l’impression que c’est une épidémie et qu’on va tous y passer !

Benjamin : Dans combien de temps Magali on va tous y passer ? (Rires)

Magali : Je n'en sais rien, regardez aux États-Unis et en Chine de nouveaux cas ont été détectés; ça fait un peu peur.

Benjamin : Et dans l’idée que les choses se prolongent, c’est une question que vous arrivez à vous poser à vous dire ou c’est compliqué ?

Magali : Non, non c’est pas possible c’est trop compliqué, c’est trop difficile. il faut penser aussi aux femmes qui sont seules, qui sont battues, les parents qui sont mauvais avec leurs enfants; c'est un phénomène dramatique quand même.

Clara : Je trouve important que les groupes se tiennent parce que sans cela je ne saurai pas quel jour on est, est-ce que c’est bien aujourd’hui le journal ? je ne me souviens plus, est-ce qu’on est mardi ? mercredi ? C’est vrai que c’est particulier parce que c’est quelque chose qui revient assez souvent dans le quotidien du CATTP que pour certains patients il y ait un vide à certains moments de la semaine, le week-end ou le soir. Pour la première fois on est un peu toutes et tous sur le même régime et c’est vrai que c'est particulier comme expérience. D’autant plus particulier que les moments où on se réunit, on se réunit de chez soi en fait. Il y a une intimité en permanence avec soi-même qui est un peu particulière je trouve.

Prisca : Tout à fait vrai, après c’est étonnant moi qui suis plutôt du genre à tout anticiper, dans un ordre très établi, là le fait de ne pas savoir sur combien de temps ça va s’étaler ça m'oblige à faire autrement, à penser les choses autrement. Une forme de lâché prise en fait.

Benjamin : Sur la question de la durée moi aussi je vois plein d’équipes, avec qui on a pu échanger assez vite, dès la première semaine, ça permet de sortir de la sidération. J'ai le témoignage de certains collègues dans d’autres lieux qui sont complètement démunis, ils ne savent pas quoi faire, comment travailler ensemble, comment se répartir les responsabilités. Certains nous disant vouloir travailler à domicile en tant que psycho mais dans l'incertitude que la direction donne l’autorisation, par exemple. Nous, je sais pas si c’est un truc d’avoir appris à travailler entre collègues mais ça s’est fait naturellement et ça s'est fait tout de suite, très vite dès le début du confinement. D’appeler tout le monde et leur annoncer que nous allions organiser quelque chose sans savoir sous quelle forme. On a commencé à appeler les gens pour leur dire, on ne peut plus se voir physiquement mais on est en train de réfléchir. Dès le début du coup on a pu sortir de la sidération et avoir quelque chose à mettre en mouvement. C’est peut-être pour ça que nos angoisses archaïques on ne les a plus déposées sur la maladie mais sur la technique. On était un peu angoissé, mais il y avait déjà du travail pour maintenir du lien et prolonger du lien.
Tenir de l’échange un peu régulier avec certaines personnes permet justement de déplacer ses positions d’angoisse. Le souci que vous avez sûrement de ne pas perdre de vue telle personne ou telle autre, comment les aider à se mettre en relation, tout ça c’est de l’entretien dans des petites choses de tous les jours par les activités de la radio ; c’est ce qui fait que chacun peut tenir à sa place sans sombrer.

Alfredo : Et ce n’est pas uniquement de soutenir la relation duelle ; on a réussi à créer un collectif, un collectif pas uniquement virtuel, un collectif qui existe dans les points de rassemblement entre les gens et ça aussi cela nous aide à trouver les limites entre la vie publique et la vie privée. Les médias toujours nous donnent des infos et les infos sont catastrophiques ou pas, ce sont des infos. Ce qu’on fait avec le média, notre média, la radio, c'est une construction d’un dehors collectif. Nous ne sommes pas consommateurs d’informations, on continue à être producteur dans le collectif d’espace de rencontres et de rassemblement.

Gilles : Ce qui est intéressant à regarder aussi à travers la formidable « entreprise » montée par Alfredo et Benjamin, une entreprise incroyable qui a demandé un apprentissage collectif et de surmonter les problèmes techniques, c’est vraiment formidable. Mais ce que je veux dire pour un peu paraphraser Tosquelles, en temps de guerre sur le front sur la république espagnole, des fous il y en avait moins. Il y a de l’inquiétude c'est vrai et la radio à la fois elle rassure et à la fois elle dramatise quelque chose. Mais il ne faudrait pas que la relation technique remplace ce qui fait la relation, la relation en face à face, les yeux dans les yeux. Ce que je vois et ce que j’entends de nos amis, de nos camarades patients, c’est le surcroît de solidarité et de désir d’aller vers l’autre. Surcroît qui est en train d’émerger chez les uns les autres, c’est une déclaration mais j'entends cela de toutes les interventions que l'on a eu et que l'on a aujourd'hui. Cette étape, ce palier, que nous vivons, dépasser nos souffrances, nos problèmes, nos difficultés, pour aller faire du lien à l'autre, il faudrait le garder, ne pas le perdre, pour demain aller encore plus loin tous ensemble.

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VST : Un grand, très grand merci à chacune et chacun d'entre vous pour votre accueil chaleureux et ces paroles partagées authentiques.

1 Le CATTP est une structure de soins de la psychiatrie de secteur. Il propose aux patients par demi-journée souvent des activités de soutien thérapeutique de groupe visant à maintenir ou favoriser une existence autonome.

Lien pour le blog du journal 

https://journalettoutettout.blogspot.com/2020/04/discussion-sur-le-cattp-distance-pour.html

Lien pour l'émission de radio :

https://soundcloud.com/colifatafrance/cattp-radiophonique-a-distance-atelier-journal-et-tout-et-tout-avec-dominique-besnard-de-vst

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