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Billet de blog 17 avr. 2020

Vie sociale et confinement: à la Halte santé de Toulouse

VST, la revue du travail social et de la santé mentale des CEMEA réagit à l'actualité en recueillant des témoignages de professionnels actuellement sur les terrains. Comment les institutions s'organisent-elles pour faire face au coronavirus ? Quelles difficultés, mais aussi quelles inventions de la part des professionnels et des usagers pour maintenir une vie sociale… même en étant confinés ?

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Entretien avec Yann Jahrling, éducateur spécialisé à la Halte Santé de Toulouse, réalisé par Henri Santiago Sanz, comité de rédaction de VST

Henri Santiago Sanz (VST) : Bonjour Yann. Tout d’abord peux-tu nous dire ou tu travailles, dans quel type de structure, avec quel public ?
Yann Jahrling : Bonjour Henri. Je travaille à la Halte Santé1, une structure encadrée par le décret de 2016 2. Les lits de la Halte santé sont dédiés aux personnes de la rue, personnes sans domicile qui ont un besoin de prise en charge par rapport à leur santé. Peuvent prétendre à un lit soin Halte Santé, ceux qui ne nécessitent pas une hospitalisation. En gros, on crée un lit pour que la personne qui n’a pas de domicile puisse se soigner. C’est une forme particulière d’accès au droit à la santé… Je suis travailleur social, éducateur spécialisé de formation et travaille dans une équipe pluridisciplinaire. Mon travail consiste à faire en sorte que les personnes qui viennent à la Halte Santé aient accès au droit commun. J’aide aussi, de par ma fonction « éducation spécialisée », à ce que le soin puisse « passer ». En effet, souvent, les gens de la rue ont des addictions, une problématique psychiatrique ou psychologique, etc. et du coup, il faut les amener à accepter de prendre contact avec les soignants, personnel médical, médecins, médecins coordinateurs, infirmiers, paramédical. Voilà…

HSS : La Halte, c’est combien de lits ? et peux-tu nous donner aussi le profil des personnes accueillies ? Âges, plutôt hommes, plutôt femmes, etc.
YJ : Je ne sais pas si c’est précisé dans les textes mais c’est un public adulte. Toute personne qui n’a pas de domicile et qui a une problématique santé peut prétendre à un lit halte santé. Ici, on est passé de 11 lits en 1996 à 14 puis 16 lits actuellement pour tout le territoire toulousain. Depuis environ un an, il y a aussi l’association « La Clef »3 qui avait des appartements de coordination thérapeutiques qui ont, eux, 4 lits dédiés au service Halte Santé. Donc sur le territoire toulousain, il faut compter 20 lits, 16 à la Halte Santé et 4 à La Clef. Ça peut paraître beaucoup mais c’est très peu parce que, d’après les dernières estimations, il y aurait entre 4000 et 6000 personnes répertoriées sans domicile sur la région toulousaine. Le problème est que, comme l’offre d’hébergement d’urgence n’est pas suffisant, le risque est que le temps passé à la rue augmente les problématiques de santé et quand je dis santé, j’inclue deux critères, deux paramètres : le somatique et le psychique.
C’est ouvert aux hommes et femmes… Qui y vient ? Je vais donner quelques exemples. Une personne se fait écraser un pied par une voiture et intègre un service de traumatologie. Passé le moment de réparation chirurgicale, si le service traumatologie évalue que sa convalescence serait trop difficile à la rue, il peut lui être proposé de venir ici se reposer et continuer le soin post chirurgical. Là, c‘est une post hospitalisation donc la continuité de l’hôpital mais ça peut être quelqu’un qui est épuisé à la rue et vient à la halte pour un temps de repos pendant lequel peut être faite une exploration médicosociale. Il y a donc la figure du clochard mais il peut y avoir aussi des personnes victimes de violences diverses. Je pense là, à une dame qui a sauté du deuxième étage de son appartement pour échapper à son compagnon et qui a subi des traumatismes à la fois physiques et psychologiques. Nous accueillons aussi des personnes à la rue avec leur chien. Nous sommes le seul lieu médicosocial dans un hôpital à accueillir des personnes venues se soigner sans que le lien avec leur animal soit rompu. Nous avons eu chiens, chats, un rat aussi… on fait en sorte que tout ce petit monde puisse cohabiter. On a aussi pas mal de demandeurs d’asile, des personnes étrangères qui, ne pouvant se soigner dans leur pays, font une demande de séjour « étranger malade ». Ce qui veut dire que nous sommes confrontés à toutes les langues de la terre, on rencontre tout type d’être humain adulte. Tout ce monde se croise et nous, notre job, c’est de faire en sorte que ce temps de soin soit possible. Et nous apprenons, nous, êtres humains et je m’inclue dedans, à vivre ensemble. Plus encore aujourd’hui, en temps de confinement.

HSS : En temps habituel, les personnes sont là pour une durée limitée ? Et pour leur sortie, c’est le retour à la rue ?
YJ : Alors, la DMS (Durée Moyenne de Séjour) … En principe, la limite de séjour est de deux mois maximum. C’est précisé dans les textes. En réalité, on essaye de mixer des temps différents. La DMS est actuellement de trois semaines et demie mais il y a des temps longs aussi faute de solutions. Je pense à une personne qui, avant que les lits d’accueil médicalisés4 n’existent, n’a pas été remise à la rue parce que son état physique et psychologique était tel que, si on la remettait à la rue, le risque de mourir était trop grand. Mais ce sont des exceptions. On essaye de prioriser de la prise en charge courte pour respecter la DMS d’autant plus que les lits d’accueil médicalisés, ouverts depuis quelques mois, ont vocation à permettre la continuité de la prise en charge de santé pour un temps beaucoup plus long, six mois, un an si nécessaire.
Pour les sorties, on peut avoir tout type de sortie. En fait, on accompagne la personne dans toutes ses dimensions. La sortie se fait en lien avec le souhait de la personne. Quelquefois, ce souhait n’est pas d’avoir un trousseau de clefs d’appartement. Ça prend du temps. C’est une disposition psychologique que de pouvoir « tenir » des clefs, habiter quelque part. Donc on travaille cette question si elle le souhaite sinon, il y a des retours à la rue et, mieux, des sorties vers l’hébergement d’urgence. On a la chance à Toulouse d’avoir un bon maillage entre partenaires. On se connait, on échange. Le 115 fait ce qu’il peut en matière de solution et quand on les sollicite par rapport à une situation vitale pour la personne, par exemple quelqu’un qui a eu la tuberculose qui s’est stabilisée quelques mois à la Halte Santé mais qui a besoin d’un accompagnement dans la prise du traitement, si à la rue c’est trop compliqué, avec l’aide du 115, on essaye de la prioriser sur un accueil en foyer d’hébergement. Il peut y avoir aussi quelque chose travaillé en amont par les assistantes sociales des MDS 5 , du SIAO 6 , une petite graine d’accession à un appartement, une place en CHRS 7 dans des appartements diffus, à ce moment-là, on donne un petit coup d’accélérateur supplémentaire.

HSS : Passons maintenant à la situation actuelle. La Halte Santé en temps de crise et confinement. Depuis la pandémie, quelle est votre organisation ? Qu’est-ce qui a été modifié ?
YJ : Alors… pratiquement tout… En fait, ce qui a été compliqué pour eux comme pour nous, dans un premier temps, c’est de digérer l’information nouvelle, ce fait mondial ramené au niveau local puis au niveau du « bateau » Halte Santé. Quand on accompagne un groupe de 16 personnes, on vit ensemble comme dans un bateau depuis maintenant trois semaines et bientôt plus. C’est minuté. Là, il a fallu inventer en permanence autre chose, ce qui est intéressant mais nous prend du temps, de l’énergie. Concrètement, il a d’abord fallu réfléchir à diminuer la voilure. Par exemple, on a deux chambres doubles dans lesquelles on ne pouvait pas garder deux personnes. Ça a été un débat. Quand des personnes nous ont dit « moi, le confinement avec une seule heure de sortie par jour, c’est difficile » on a respecté… On a fait ça une semaine, deux semaines… Mais il a fallu changer…
Mais avant même de parler de ces règles qui ont changé, on a commencé par prioriser avec l’équipe mobile sociale et de santé qui fait les maraudes, voire d’autres partenaires, une liste de personnes à la rue les plus fragiles selon deux paramètres : l’âge et les comorbidités donc des maladies déjà existantes.

HSS : Ça veut dire que vous avez proposé à une liste de personnes reconnues comme prioritaires, le séjour à la Halte ?
YJ : Voilà. Mais sur la base du volontariat parce que, la règle d’or, que ce soit avant, pendant ou après COVID, c’est le volontariat. On a eu la chance grâce au réseau, de connaître déjà ces personnes identifiées comme fragiles ce qui nous a permis de leur proposer puis de les aider à supporter le confinement. On s’est appuyé sur la réunion de résidents (conçue sur le modèle CVS de la loi de 2002 8 ) et on a vu ensemble comment faire ensemble, les règles à respecter… Qu’est-ce qui est dur, qu’est-ce qui est tenable ou pas… Par exemple, la règle de sortie limitée à une heure mais qui s’applique à tout le monde est très difficile. Nous avons un résident qui a dépassé l’horaire de sortie à l’extérieur et a pris une amende de 135€…

HSS : Pour rester un instant là-dessus… La police savait qu’il était à la Halte Santé ?
YJ : Oui la police le savait.

HSS : Et ils l’ont quand même verbalisé… Cela sera-t-il contesté ?
YJ : Nous n’avons rien décidé encore. Nous verrons avec lui. Néanmoins, à ce sujet, je dois dire que nous nous appuyons également sur cette contrainte légale (ce risque d’être verbalisé) … C’est compliqué. On a une contrainte éthique. On pourrait les laisser partir. On ne veut pas créer de zone verte mais nous avons des personnes très fragiles (cancer, immunodépression…) et nous nous posons la question du pourcentage de risque que l’on peut accepter pour le collectif. On n’est pas sur un centre d’hébergement classique. On pourrait lâcher sur un peu plus d’une heure pour des gens qui n’ont pratiquement rien, à qui il ne reste plus que cet espace de « liberté », mais… On a eu un résident qui est venu ici, âgé de plus de 70 ans que l’on avait priorisé, avec qui on a essayé de travailler sur cette question en ayant une tolérance… En fait, comme nous avons des gens particulièrement fragiles, on favorise le respect de la règle de « une heure ». Nous avons la chance d’être restés au cœur du centre-ville, à l’hôpital Lagrave, avec un grand espace, un grand jardin en bas, on a tout le périmètre de l’hôpital, accessible pour nous. C’est une chance, je ne sais pas comment ça se passe ailleurs, sur des lieux confinés sans jardin. Là on essaye de faire des ateliers extérieurs… Pétanque, etc.

HSS : Donc, la contrainte d’une heure, vous l’utilisez comme un moyen de les tenir dans l’espace de soin et les empêcher d’aller se mettre en danger en quittant le lieu trop longtemps.
YJ : Oui. C’est un difficile équilibre à trouver entre ce que l’on souhaite pour eux et pour les autres mais en même temps… Par exemple, il y a une personne, 70 ans, profil fragile qui nous a dit « moi je n’ai rien à perdre, je préfère rester dehors, je ne crains pas la mort » donc c’est un débat éthique, philosophique. On a respecté son choix. Il a préféré être ailleurs mais, dans le respect profond de sa liberté, il a pu être positionné par le réseau sur un hôtel qui correspond plus à son mode de vie. C’est un équilibre éthique qui nous oblige à réfléchir constamment de façon à porter la responsabilité ensemble et ce n’est pas rien, avec eux, dans l’équipe. On a des échanges quasi quotidiens.

HSS : Autre chose. Qu’a-t-il fallu abandonner et au contraire, qu’a-t-il fallu inventer dans ce moment particulier ?
YJ : Ce qui tourne au ralenti, c’est avant tout l’activité administrative. Même si des demandes d’admissions nous arrivent, nous priorisons le même groupe sur la longueur de façon à ne pas vivre un rythme d’entrées et sorties avec le risque de contamination inhérent d’autant que ça va très vite. On a appris qu’à Paris, certains lieux sont passés de 1 à 14 patients infectés très rapidement. Ce n’est pas évident parce que c’est nouveau. Pour l’instant, comme c’est le même groupe, la situation administrative ne bouge pas, on lâche un peu là-dessus et on investit les activités. Ça c’est plutôt pas mal. Et puis c’est un groupe qui évolue comme ça. Ce n’est jamais la même personne, chez les résidents comme dans le personnel, qui craque au niveau du confinement…

A ce moment de l’entretien un résident entre dans le bureau
- Oui ***…
- C’est pour l’alcool.
- Oui. Est-ce que tu peux le poser là, s’il te plait ?
- Par contre la ***, je la garde avec moi ? Je ne vais pas la boire…
- Oui
- Le coca, je te le donne aussi ?
- Pose tout là. Merci
- Y a aussi celle pour ***
- Merci
- A toi
Il sort

YJ : A ben tiens, ça sera une illustration. Tu vois, quelqu’un vient de me déposer des boissons. Ça, c’est un bon exemple. C’est que les personnes à la rue (pas tous…) ont leur consommation, d’alcool, de produits. Il a fallu trouver une organisation car dans un laps de temps aussi court qu’une heure, faire la manche, rentrer de l’argent, c’est quasiment impossible… Et là, l’hôpital a accepté de mettre à disposition un peu de tabac, un peu d’alcool, du vin à table.

HSS : Les pouvoirs publics ont donc donné un budget…
YJ : Oui de façon à ce qu’ils tiennent parce qu’on est là dans de l’accompagnement thérapeutique pour éviter les états de manque et les angoisses liées à ça… Mais là, c’est autre chose. Là, le jeune homme vient d’amener sa consommation de bière que je vais mettre dans le bureau pour l’aider à gérer sa consommation mais il a aussi pensé à une autre résidente qui n’a pas les moyens et à qui il paye sa consommation.

HSS : Cet intermède m’amène directement à une autre question. Est-ce qu’il y a des formes de solidarités inattendues à l’occasion de cet évènement ?
YJ : Oui, beaucoup… La première concerne la liste des présents… Lorsqu’on a constitué la liste du « navire » … quels passagers prendre ? Nous avions deux jeunes hommes en plein séjour, ici. Nous avons dû leur annoncer que l’on devait arrêter le séjour pour prioriser trois personnes venues du collectif Goudouli 9 qui venait de subir un incendie, coup du sort, en même temps que le confinement. Donc, pour pouvoir accueillir ces personnes très fragiles, on leur a demandé s’ils pouvaient arrêter leur séjour, et ils l’ont compris de suite et accepté. Moi franchement, cette solidarité-là, je leur tire mon chapeau. J’espère qu’on pourra trouver un petit créneau à la fin du confinement pour qu’ils reprennent leur séjour. Ça c’est la première forme de solidarité que j’ai vue.
Ensuite, ça a été leur préoccupation pour leurs copains de rue en matière d’informations. Comment ceux qui n’ont pas eu accès à la Halte Santé ont pu être informés de ce qui se passait à propos du virus. Ils disaient, à la rue, on n’a pas la télé, on a besoin d’être informés par les équipes qui nous connaissent. Comment ça se passe pour « nous » quand on est à l’extérieur. Du coup, ils font l’interface. Quand il y en a un qui est touché à l’extérieur, ils sont vite connectés et ils nous le disent.

HSS : Donc des personnes prêtes à céder leur place et d’autres qui montrent du souci pour ceux qui ne sont pas pris en charge…
YJ : Oui, c’est ça… Et les petites solidarités au quotidien comme ce qu’on voyait tout à l’heure. Celui qui va acheter de la bière à la copine… et aussi, là où ils sont aidants, c’est encore à propos de la règle de l’heure à respecter à l’extérieur. C’est bien quand un professionnel les alerte là-dessus mais quand un résident dit à un autre résident « écoute, là, ça serait bien que tu fasses gaffe, que tu fasses ceci ou cela » ça marche mieux.

HSS : C’est finalement de la médiation par les pairs …
YJ : Ben oui ! Et d’autres choses encore. Par exemple, les protocoles d’hygiène… On a obligation de nettoyer régulièrement les espaces collectifs. Et bien, ils nous aident.
En fait là, on est dans une situation inédite pour la Halte Santé. On a un groupe qui s’est constitué. On a une dynamique de groupe qui est différente de celle que l’on a d’habitude avec un groupe qui n’est jamais le même avec des entrées et des sorties en permanence. Là, c’est le même groupe. Ça c’est nouveau.

HSS : Et dans l’équipe. Comment est-ce que tu évalues la réaction de l’équipe devant cette nouvelle donne ? Quel équilibre entre le coté anxiogène et le défi à relever ? Ou autre chose ?
YJ : Dans l’équipe, y a une solidarité qui s’exerce spontanément. Là où on pouvait ne pas être d’accord sur certains aspects du travail avant la période de confinement maintenant, on doit « se capter » très vite et ça se fait. Et puis, par exemple, des collègues infirmiers, aides-soignants d’un autre service, le CeGGID , comme ils ont réduit la voilure, sont très vite venus nous aider. On en avait bien besoin car on a pris des profils moins autonomes et cet apport de solidarité entre collègues nous aide beaucoup.
Mais là, il faut dire que l’hôpital s’est très vite organisé en interne. Si la feuille de route, venue d’en haut, de l’Etat est questionnable, en ce qui concerne celle mise en œuvre par le directeur général du CHU, M. Marc Penaud, tout le monde est d’accord pour dire qu’il a très bien géré en réorganisant tout de suite les services.
Et par ailleurs, je vois combien, spontanément, tous les hospitaliers sont au diapason du service public… Ici, on ne se pose pas la question « est-ce qu’on doit être applaudis ou pas ? » Non, on fait notre travail. Ce n’est pas pour être applaudis, quoi… comme ceux qui bossent ailleurs… je pense aux éboueurs qui passent dans ma rue tous les matins, ils font leur travail… Le postier, la caissière… et heureusement qu’il y a cette solidarité-là.

HSS : Mais est-ce qu’il y a des choses que tu classerais néanmoins dans les manques ?
YJ : Oui… le manque matériel… Bon, on a la chance ici d’avoir des masques. Sauf qu’on les garde huit heures au lieu de quatre. On devrait pouvoir bénéficier de plus de masques. On peut aussi se demander comment on va sortir du déconfinement…
Et puis, de manière plus générale, se repose le devenir de la Halte Santé au sein de l’Hôpital Lagrave . J’espère qu’à la sortie du confinement, les instances, mais là il va falloir taper beaucoup plus haut, et donc l’Etat, investira beaucoup plus sur les services publics hospitaliers de façon à ce que, pour ne parler que de nous, Halte santé, nous puissions rester au cœur du centre-ville pour accueillir les résidents là où ils sont au quotidien .

HSS : Pourquoi est-ce important que les résidents restent au cœur ou au plus près du centre-ville ?
YJ : Parce que c’est leur mode de vie. La plupart de gens qui actuellement sont ici actuellement peuvent l’être parce que l’heure de sortie est difficile mais encore gérable. Je ne sais pas comment on aurait fait à PURPAN . Une heure de sortie, pour aller à la Poste ou à la domiciliation postale, au Grand Ramier… Là, on est à proximité. Certains ont une prise en charge addictologie, on a DIDE, on a AIDES, on a Intermède . On est tous à proximité, interconnectés. On a un maillage institutionnel pour les personnes de la rue qui s’exerce au cœur du centre-ville. Mais aussi, pour leur mode de vie. Quand certains vont faire la mendicité, souvent faute de situation administrative clarifiée, ils le font en centre-ville. Et puis, les distances ne sont pas les mêmes. Les gens qui viennent chez nous sont des gens malades, fatigués donc, être en centre-ville, c’est limiter la pénibilité du déplacement. Le dernier argument, c’est aussi la question des chiens. Aller/venir à PURPAN, c’est prendre le tramway et les chiens sont interdits dans les trams. Tout ça veut dire qu’ils n’auraient pas les mêmes chances pour traiter des questions de santé importantes.
Et puis enfin, Lagrave, c’est un lieu historique, c’est le plus vieil hôpital de Toulouse, c’est un site important. Je pensais à un auteur que j’aime bien, Wajdi Mouawad qui a vécu la guerre au Liban… La période de confinement lui a fait penser à ce qu’il avait vécu pendant la guerre au Liban, à tout ce qui a été détruit, abandonné. Et moi, ça me ramène à ce qui se passe sur ce site. Huit siècles d’histoire de l’accueil de la précarité en centre-ville… Cela ne peut pas s’effacer comme ça au profit d’un hôtel cinq étoiles. Je trouverai ça dramatique qu’on efface comme ça l’histoire de la prise en charge de la précarité.

HSS : Merci Yann. Bon courage.


Notes :
1 La Halte-Santé est un établissement médico-social de type « Lits Halte Soins Santé » dont la gestion est assurée par le centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse
2 Décret n° 2016-12 du 11 janvier 2016 relatif aux conditions techniques d'organisation et de fonctionnement des structures dénommées « lits halte soins santé » (LHSS) et « lits d'accueil médicalisés » (LAM)
3 Association « La Clef » tournée vers l'insertion par le soin, le logement et le travail.
4 Les structures dénommées “ lits d'accueil médicalisés ” mentionnés au 9° de l'article L. 312-1 accueillent des personnes majeures sans domicile fixe, quelle que soit leur situation administrative, atteintes de pathologies lourdes et chroniques, irréversibles, séquellaires ou handicapantes, de pronostic plus ou moins sombre, pouvant engendrer une perte d'autonomie et ne pouvant être prises en charge dans d'autres structures
5 Maisons des Solidarités
6 Service Intégré d’Accueil et d’Orientation
7 Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale
8 Institué par la loi du 2 janvier 2002 rénovant l'action sociale et médico-sociale et concrétisé par le Décret n°2004-287 du 25 mars 2004 relatif au conseil de la vie sociale, le Conseil de la Vie Sociale est un outil destiné à garantir les droits des usagers et leur participation au fonctionnement de l'établissement d'accueil.
9 "La Maison Goudouli" est une association proposant un habitat adapté au centre-ville de Toulouse pour les personnes en situation de très grande précarité. Ouvert 24h/24h, il permet aux habitants de retrouver un foyer pérenne.

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