Résister, Mobiliser et Construire ou la nécessité d'une mobilisation collective

Résister, Mobiliser et Construire, quel sens donner à ces trois mots et comment les articuler avec les événements de l’actualité sociale et politique ? Au cours de discussions et de débats, les militants du mouvement pédagogique des Ceméa ont réaffirmé leur mobilisation collective pour interroger et réagir face à certaines décisions politiques.

collectif
La paillote philosophique initiée au cours des Rencontres de l’Éducation nouvelle (REN) à Nîmes a permis de faire vivre durant trois jours des espaces de discussions, de questionnements et d’échanges philosophiques. Les thématiques mises au travail ont porté sur le triptyque du Congrès d’Aix : Résister, mobiliser et construire. La philosophie telle que nous l’avons convoquée, faisait déjà appel à une forme de résistance, celle de penser ! Il s’est agi de débattre sur le sens de ces trois mots en résonance avec nos engagements et nos positionnements en articulation avec les événements de l’actualité sociale et politique.

Résister

Premier du triptyque, le signifiant « Résister » ne semblait pas évident pour tout le monde. S’il y a là, quelque chose qui échappe absolument au déterminisme, il n’en demeure pas moins que très rapidement, nous sommes entrés en référence avec l’histoire. Cette histoire fut abordée en soulignant ce qu’a représenté la résistance pendant l’Occupation. Et, comment elle a permis de faire front et de combattre les forces armées d’occupation. Charriant toutes les représentations qu’elle véhicule, dans la mesure où cette histoire est aussi celle des Hommes. Et, que toute histoire humaine se raconte façon ‘biopic’, ou encore sous forme de récit comme l’Iliade et l’Odyssée.

Il en résulte que pour la mémoire historique, la résistance s’est traduite par un engagement physique, politique, philosophique et intellectuel, contre les armées ennemies. Les enjeux étant la reconquête de la liberté par les armes et d’autres méthodes et moyens de lutte, la résistance induit nécessairement la constitution du collectif où chaque membre est acteur du mouvement. Cette résistance donne aussi à voir ce que pouvait être le projet d’une société de demain. Les Ceméa créés en 1937 entre les deux guerres ont pris part à ces résistances.

Résister a signifié le combat, le refus de la fatalité et de la résignation. Face à l’ordre injuste, la résistance est un devoir moral dans la mesure où le combat dont il est question porte sur les valeurs fondamentales. Le sens politique, militant et éthique de la résistance ne peut être dissocié de sa signification philosophique. Le devoir de résistance est d’actualité pour ne pas subir le diktat des politiques et les conservatismes identitaires qui sont en vogue. Abordant tout autant les formes poétiques et romanesques que proprement philosophiques, mais aussi pointues, parfois dérangeantes, toujours décalées, jouant avec les limites et l’inaccessible, les contradictions et les divergences rythmaient les échanges. Une ligne de force a cependant émergé dans le sens de l’approfondissement de la réflexion pour une meilleure compréhension des enjeux actuels de la résistance.

En effet, résister c’est aussi s’engager sur et dans des combats de société. Les manifestations contre la loi travail est revenue à plusieurs reprises, comme une forme de résistance contre la politique gouvernementale qui s’attaque aux acquis sociaux par la remise en cause du code du travail. Résister, c’est agir collectivement, même s’il a été reconnu que des formes de résistance individuelle et personnelle, voire subjective peuvent être reconnues. Le ressort de la résistance est dans la révolte, la colère contre un ordre social, politique, économique, et culturel injuste. Il en ressort, que résister, c'est choisir le courage civique, plutôt que la servitude, dirait la Boétie et que l'un et l'autre n'étant pas des évidences figées mais une tension en mouvement.

La question qui se pose est : dans un monde où règnerait l’égalité, le respect des droits de toutes et de tous, serait-il nécessaire de résister ? Cette société utopique tant rêvée est présentée comme l’aiguillon sans lequel, la résistance n’aurait aucun intérêt.

Mobiliser

Résister convoque mobiliser, dans la mesure où il s’agit de s’engager collectivement en vue de rassembler les énergies pour agir dans un but. Il ne suffit pas de prendre conscience de l’importance de la résistance, au-delà de l’indispensable compréhension pour concevoir et mettre en œuvre la participation des unes et des autres, il faut se mettre au travail pour sensibiliser, conscientiser et déclencher un mouvement de convergence des acteurs et des actrices.

Il en ressort que la pédagogie et la communication sont des supports pour la mobilisation dans le but en vue du portage collectif de notre projet. Les arguments pédagogiques favorisent le partage de l’intérêt à se mobiliser au service de notre projet politique en tant que mouvement d’idées, d’Éducation Nouvelle et d’Éducation Populaire pour l’avènement d’une société solidaire et égalitaire. Cette dimension pédagogique permet d’être critique, de prendre de la distance et de la hauteur, par rapport à l’illusion de l’évidence des convictions et de l’enthousiasme militant pour celles et ceux qui ont du vécu militant assez important. Il faut savoir adapter l’argumentation pour que les jeunes puissent comprendre et être solidaires de notre projet et nous rejoindre sur nos engagements.

Une clarification nourrie avec insistance a permis de faire ressortir la dimension personnelle qui renvoie à « se mobiliser » être en mouvement, être mobile intellectuellement, et au rapport à l’altérité, « mobiliser ». En clair, pour qu’il y ait mobilisation collective, pour être animé-e du désir de mobiliser, il faut bien « se mobiliser ». C’est de cette conjonction et non de cette injonction comme trop souvent, de l’individuel et du collectif, par la rencontre avec l’autre et les autres, que se construit le projet de l’Agir collectif.

Construire

Construire advient comme résultant de cette dynamique qui, de la résistance à la mobilisation, offre un fil rouge du sens de l’engagement aux Ceméa. On pourrait dire que résister et mobiliser trouvent leur finalité dans construire. Que veut dire construire ? Construire provoque le changement, la transformation, la réalisation. Construire un projet, c’est se donner les moyens de le traduire dans la réalité, en accumulant des matériaux. Il s’agit pour donner corps à l’édifice à bâtir de prendre du temps. Si la prise de conscience du devoir de résistance nécessite la pédagogie de la rencontre pour mobiliser dans le sens de partager l’intérêt du projet à porter collectivement, sa mise en œuvre appelle des énergies pour son aboutissement. Construire se présente alors comme l’effectivité des convictions fortes pour la transformation de la société.

Les discussions et les échanges se sont déroulés dans une ambiance à la fois conviviale, suscitante et soutenue. Les arguments de fond furent échangés avec rigueur et plaisir. Des militant-e-s avec une présence de plus de 40 ans aux Ceméa ont apporté des témoignages qui ont enrichi le ruban philosophique, politique et pédagogique des paillottes. Ainsi, au cours des échanges, les intervenant-e-s dans leurs prises de parole ont mis l’accent sur la dialectique qui est au cœur du triptyque et de leur déconstruction nécessaire en vue d’une actualisation philosophique.

Pour mieux résister, mobiliser et construire, le questionnement philosophique comme actualisation de notre projet est indispensable. Il y va de la consolidation du sens de l’engagement et de sa traduction concrète par la conscience collective de l’impératif de la mobilisation.

En conclusion, ni bataille des mentalités, ni renoncement aux idées, à ses idées, mais plutôt défier l’ordre établi des puissances financières et des conservatismes politiques avec détermination et conviction et collectivement ! Voilà comment nous pourrions en quelques mots qualifier nos échanges et débats qui furent riches. Il a été réaffirmé que « Résister, Mobiliser, Construire » constituent les trois piliers de la militance aux Ceméa, dont le passé ancré dans l’Agir n’a rien perdu de son actualité par ses actions et son inscription dans l’avenir comme « horizon des possibles ».

Les événements qui ont rythmé l’année pour célébrer les 80 ans de notre Mouvement en constituent une illustration vivante et concrète.

Eric Thiery et Hamdou Sy

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.