Vie sociale et confinement : au Club Trouble(s) Fête

VST, la revue du travail social et de la santé mentale des CEMEA réagit à l'actualité en recueillant des témoignages de professionnels actuellement sur les terrains. Comment les institutions s'organisent-elles pour faire face au coronavirus ? Quelles difficultés, mais aussi quelles inventions de la part des professionnels et des usagers pour maintenir une vie sociale … même en étant confinés ?

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VST AU CLUB TROUBLE(S) FÊTE DE L'HOPITAL DES MURETS (4ème secteur)

« Buvette ouverte ! »

Interview réalisée lors de la réunion hebdomadaire du « Club Trouble(s) Fête », club thérapeutique qui rassemble des patients et des soignants. Le club, une association au sein d'un établissement psychiatrique émanation et outil de la psychothérapie institutionnelle. A l'heure du confinement, le club utilise les liaisons téléphoniques et vidéo qui permettent ainsi à plusieurs personnes de partager ce moment, où certains sont ce jour de la rencontre avec VST à l'extérieur dans le parc de l'hôpital du pavillon Héloïse autour de la buvette Pop Up, habituellement dans le patio, et d'autres à leurs domiciles.

Vous retrouverez en fin d'article la liste des personnes qui ont participé à cet échange pendant une heure et demie. Quelques extraits sonores, productions des participants du club sont à écouter au fil de l'article.

 

VST : Le moment que nous vivons est inédit dans cette situation de confinement, quelle est l’organisation que vous avez trouvée et quels sont les changements fondamentaux qui ont été les vôtres, ainsi que les aménagements vous avez pu mettre en place pour continuer à travailler et accueillir les patients ?

Nader : Moi je suis là tous les mercredis après-midi dans le pavillon Héloïse, on essaie de respecter les distances alors que d'habitude nous sommes plusieurs (Nora, Geoffrey et Anne stagiaire) à tenir cette buvette désormais à l'extérieur et qui d'ordinaire se tient dans le patio du pavillon. En ce moment on offre les coups parce que les gens n'ont plus trop d’argent. Le changement important pour moi, qui d'ordinaire ne travaille pas avec le téléphone, là je travaille beaucoup avec le téléphone en ce moment. On essaie d’être en lien même quand on est à la maison plusieurs jours par WhatsApp, par téléphone. On essaie de faire des réunions pour maintenir les projets. Ce qui a changé c’est la distance, on ne se regarde plus dans les yeux, on ne se serre plus la main.

Julia : Sur l'Intra hospitalier, les patients restent à l'hôpital, ne pouvant plus avoir de permission pour aller à l'extérieur. Pour les personnes qui arrivent en hospitalisation, il y a des précautions à prendre, porter un masque et être normalement confiné en chambre pendant 14 jours. Ce sont quand même des changements importants par rapport aux habitudes quand avant on pouvait pas mal circuler entre le dedans et le dehors. La nouvelle organisation fait aussi qu'il y a beaucoup plus de soignants de l’extra hospitalier qui viennent et qui permettent de maintenir des activités. Ce qui a été mis en place également c'est le service des repas qui sont faits par les patients eux-mêmes.

Maeva : Pour rebondir sur ce que disait Julia, pourquoi certaines choses sont possibles aujourd'hui dans cette période de crise alors que certaines d’entre elles sont réclamées depuis longtemps ?

Julia : Je ne sais pas même si pas mal de choses étaient déjà en place. Mais il fallait que ce soit vivable pour tout le monde, faire des sorties dans le parc, maintenir ça c’était un minimum. Et pour les repas, puisque tout le monde peut contaminer tout le monde, en réunion il a été décidé d'associer les patients. Réinventer la place de chacun en somme.

Massimo : Comme les patients sont confinés dans leur chambre, il y a peu de renouvellement et c’est un peu dommage parce que c’est toujours bien de voir plusieurs personnes. On ne peut pas trop communiquer avec eux, on ne peut pas les toucher, partager des choses avec eux. Ça les ostracise un peu. C'est compliqué déjà dans un hôpital, alors confiné dans une chambre avec un masque, manger dans sa chambre. Pour les autres manger en gardant les distances de sécurité à table, ça crée un climat plus calme. Et les patients qui aident à mettre la table et à faire le service , finalement ça crée une bonne ambiance. Personne ne rechigne à le faire et nous ça nous fait bouger parce qu’on est enfermé toute la journée.

Jacques : Je peux rajouter, tant qu’on se fait pas enguirlander, attraper parce que soi-disant on respecte pas le travail d’autrui ; moi qui ai toujours refusé de marcher au pas c’est difficile !

Florence : Je suis infirmière à l’hôpital de jour, l’hôpital de jour fermé en ce moment, donc je suis au CMP mais je continue à garder les liens téléphoniques avec les patients de l’hôpital de jour. On les appelle régulièrement pour avoir des nouvelles et on est amené parfois à faire quelques VAD notamment pour que les patients puissent faire des courses. On essaie de soutenir le moral de tout le monde.

VST :Et dans ce soutien téléphonique que vous mettez en place de manière plus forte que d’habitude vous avez noté des choses nouvelles, des accrochages relationnels différents entre vous et les patients ?

Florence : Tout à fait, pour certains patients effectivement l’échange s’est avéré plus facile, même des patients qui d’habitude sont plutôt dans la fuite et effacés qui nous rappellent. Mais par rapport au confinement on commence à sentir la difficulté à s'organiser, à s'occuper. Au niveau de l’échange, il y a une certaine richesse effectivement

Ulysse : Parce qu’on est un peu isolé, on a juste les visites à domicile qui sont fructueuses mais pour ce qui est du suivi médical par Whatsapp, pour discuter du changement, des observations, j’ai trouvé cela peu facile. Sans doute par le fait du décalage peut-être au niveau des transmissions, ça rajoute des difficultés, c'est un effet négatif.

Bastien : Les entretiens par téléphone c’est difficile, je suis plus à l'aise avec la vidéo parce qu’il y a le relationnel, le parler, sans ça ça fait un manque.

Nader : Bien retranscrire son état d’être par le regard, on voit aussi où se trouve la personne. Mais c'est vrai que nos habitudes de fonctionnement ont évolué. Je suis là par parfois jusqu’à 22 heures au téléphone avec un patient. C'est un déplacement de nos rôles, de nos statuts qui s'opèrent.

Michael : Je suis psychologue en Esat sur Champigny-sur-Marne. L’établissement est fermé et on a mis en place un système de veille téléphonique deux fois par semaine avec tous les travailleurs qui sont au nombre de 83 et qui sont tous suivi en CMP. Je tiens à dire que le téléphone avec ses limites, car rien ne remplacera la rencontre et les petites choses du quotidien , mais dans cette ambiance de déclin de la psychiatrie, j’ai un grand plaisir à retrouver le groupe WhatsApp. Pour être en lien avec d'autres pour qui les échanges sont très limités avec les soignants pendant le confinement, l’ordonnance envoyée par mail et on vous recontacte d’ici un mois, je trouve que c’est extrêmement compliqué pour les gens qui sont très très isolés. Ici le groupe WhatsApp et les réunions sur zoom en visio ensemble entraîne une dynamique, quelque chose qui fait du bien à tout le monde, en tout les cas à moi.

Whatsapp c'est un virus ! Nicolas souhaite un bon anniversaire à Carole. Carole qui trouve que depuis le confinement Nader a beaucoup de cheveux blancs ! Massimo dit qu’avec son psychologue par téléphone ça marche. Zohair donne ses impressions sur ce qui a été mis en place, c’est comme de la prison, en promenade contrôler un mètre de distance entre les personnes, porter des masques et tout le monde n'en porte pas...

Patricia : Ce changement bouleverse beaucoup mes habitudes, moi qui ai l’habitude d’aller à l’hôpital de jour, d’aller sur Paris acheter des mangas, de commander des livres en anglais sur Internet sur un site anglais. Je n’ose plus commander sur Internet parce que mon gardien dit qu’il ne recevait plus les colis. Moi j’aime bien mes petites habitudes. Ce qui a changé par rapport aux soins, c'est que je ne peux plus voir Monsieur bûcheron en entretien, je ne peux plus aller dans une autre pièce avec plein de gens quand je me sens mal pour écouter les gens vivre et participer. WhatsApp, ce n'est pas pareil et ça m’énerve de plus en plus parce que les gens parlent, parlent... et soit je sais pas quoi dire, soit j’ai pas l’impression de participer ; j’ai l’impression de subir un peu ce que les gens disent. Je rate aussi les messages parce que je fais autre chose. J'avoue que ce qui m'aide un peu, ne peut se faire en confinement.

Bastien : Dire peut-être pour notre invité, habituellement le club on fait deux, trois réunions par semaine et on essaye de faire des événements qui rassemblent du monde, par exemple le mardi le repas avec 40 personnes. C'est quand même un chamboulement pour nous. Ces rencontres en moins , ce sont des manière spontanées d'échanger sur le fil des discussions qui disparaissent, de reprendre des sujets. Whatsapp c'est un peu la zizanie, des discussions sur plusieurs champs, des niveaux de questionnement divergents. Pour ce qui est de l’ordonnance à distance, ce sont des difficultés supplémentaires pour l'autonomie de la personne qui déjà peine à essayer d’avoir un quotidien organisé. Ça déstabilise.

Nader : Delphine, pour revenir sur un propos déjà tenu, comment expliquer les initiatives d'aujourd'hui impossibles hier ? Ainsi, c'est la première fois que nous organisons une réunion Whatsapp d’ici avec l'extérieur.

Delphine : Des choses ont été imposées et à l’inverse de l’habitude, on a été obligé d’inventer d’autres façons d’être ensemble, même si on n'est pas hyper réglo par rapport aux directives. Il y a aussi pas mal de personnes qui sont venus en renfort en Intra, qui nous aident et qui animent des ateliers. La mise en place du service des repas avec la participation des patients, la participation de tous, contraints de se dépanner, ça produit une ambiance assez agréable. Même si on voit des patients (et des soignants) qui supportent difficilement le confinement, avec des angoisses qui naissent.

Maeva : Par rapport à ce que tu dis Delphine, que beaucoup de gens viennent sur l’Intra, qu'il y ait une plus grande circulation entre l'intra et l'extra, que cela change les habitudes et l’ambiance. le fait qu’on soit moins nombreux que d’habitude, ce qui devrait compliquer les choses ; or c’est l’effet inverse qui se passe. En temps normal avec plus de monde, ce serait aussi possible que tout le monde donne un coup de main, que les rôles soient moins figés ?

Delphine : A l’hôpital ce sont des choses qu’on essaye de travailler depuis très longtemps et il y a quand même des résistances. Là les contraintes ont été tellement fortes, aussi j'espère que nous allons garder quelque chose de tout cela, j’espère que ce mouvement continuera. Un certain nombre de patients participent au repas du club, à la randonnée, etc...Cela manque beaucoup actuellement et beaucoup de personnes vivent très durement d’être en hospitalisation sans ce mouvement vers l’extérieur.

Carole : A la résidence communautaire ( RC ), on a commencé le jardinage et pendant le confinement avec un testament, une attestation ( rires ), on est dehors, on fait des barbecues.

VST : Notez-vous aussi des manifestations de changement par rapport à la psychopathologie des patients qui vous font être dans des attentions différentes ?

Nader : Tout le monde change en temps de confinement, en tant qu’êtres humains personne ne peut se dire non concerné. En temps habituel, le discours tenu au club, c'est « tout le monde peut être soigneux pour l’autre ». Dans ce moment, je pense que tout le monde est plus attentif sur WhatsApp. Comme le soulignait Ariane dans sa remarque de la nécessité de prendre en considération la psychopathologie et la détresse des personnes, chacun fait plus attention. Habituellement le psychologue que je suis à deux heures du matin dort. Par contre d’autres personnes dans le groupe, parmi les personnes en soin, sont soignantes autant que les gens de l’équipe et c’est très important.

Hervé : Oui avec Franck on discutait un peu la nuit parce que moi aussi des fois je me réveille ; cette nuit à 4h et je me suis recouché à 6h et j’ai dormi jusqu’à 11 heures. On est parfois un peu décalé de rester à la maison, on ne fait rien de spécial à part la routine.

Maeva : En écho à ce que dit Nader, il existe une ligne téléphonique depuis un certain temps au club peu utilisée. Le contraire aujourd'hui. Jusqu’à présent c’était une seule soignante qui avait ce téléphone en permanence. On espère que ce téléphone va pouvoir rester et être institué comme quelque chose qui est vraiment un secours, une aide. Que cela fasse partie du dispositif après le confinement.

Julia : Les patients à l 'hôpital, du fait de la présence physique des autres patients et des soignants autour d'eux ont sans doute moins besoin de l'échange par téléphone ou Whatsapp.

Maeva : Oui et non, par exemple Clarisse qui était en chambre d'isolement était très contente que Bastien puisse l' appeler avec elle et faire un lien vidéo entre elle et Carole.

Clarisse : (qui vient d'arriver) Moi je suis toujours en confinement, isolement, confinement c'est pareil. Ici il fait beau, on est au soleil, il y a des parasols. Bonjour Monsieur le journaliste, vous allez bien ?

VST : Bonjour Clarisse, oui ça va, merci.

Maeva : Clarisse, vous pouvez nous raconter votre appel quand le docteur Bûcheron a mis l'appel en vidéo, qu'avez-vous pensé de ce moment là ? Les poursuivre après le confinement ?

Clarisse : oui ça m’a fait plaisir de lui parler.

VST : Effectivement, le paradoxe du confinement, des isolements et des mises en distance créent une inventivité plus grande que d’ordinaire pour les équipes et de nouvelles solidarités se mettent en place. Pourriez les qualifier ?

Florence : Par rapport à la solidarité et l’entraide au niveau des patients, avec WhatsApp notamment, il y a des patients qui encouragent beaucoup les autres, qui sont bienveillants, qui montrent un certain enthousiasme, de l’optimisme et ainsi qui aident les autres à surmonter la difficulté. Au début ces patients avaient beaucoup de mal à envisager le confinement. Par rapport au travail à l’hôpital de jour du CMP, c’est difficile à dire parce que nous voyons peu de patients qui viennent. Les échanges se font surtout par téléphone.

Michael : Pour répondre Dominique à votre question, moi je sens un élan de solidarité beaucoup plus fort à l'Esat entre les travailleurs et avec les encadrants. Avec des travailleurs qui spontanément peuvent nous appeler pour prendre de nos nouvelles, m'appeler et donc partager quelque chose. Ce quotidien inédit renforce les liens, c'est assez fort. L’entraide entre les travailleurs va jusqu'à se contacter entre eux ou nous communiquer les numéros de téléphone. C'est très, très aidant et il y a une jolie dynamique différente de celle de l'habitude.

Hervé : Personne n'a été perdu de vue ? Il n'y a pas de patients fantôme ?

Michael : Vous me posez la question Hervé ? Non, on y tient vraiment, on a au moins une fois par semaine un petit contact avec les gens, par texto. Les personnes ne sont pas obligées de nous voir pour parler. Un tiers des personnes accueillies à l'Esat vivent seules et parfois sans beaucoup de liens avec d’autres personnes. On est d’autant plus vigilant, après un petit coucou suffit pour respecter chacun de vivre à sa manière.

Nader : Sur cette question des nouvelles solidarités, je veux revenir sur le groupe WhatsApp et noter que les personnes qui ont déjà participé aux réunions avant et connaissent un peu le groupe sont plus dans l’échange par cette pratique. Mais désormais ce groupe par vidéo permet de nouvelles rencontres autour d'une question, d'un objet avec la nécessité de s'écouter, de ne pas se couper la parole. Ainsi l'atelier musique du vendredi matin voit la contribution d'autres personnes comme Ulysse, Hervé et Nassim qui nous envoient des paroles ou de la musique.

Musique Ulysse

Ulysse

Nassim Révolution

Nassim

Ariane : Une chanson ensemble alors ?

Patricia : Sur WhatsApp pour me plaindre un peu. Au début je me suis dit que je pouvais parler si je ne me sens pas bien, sauf que j’ai essayé une fois et on m’a ignoré complètement. Beaucoup de messages et mon message n’a pas été vu. Je voulais partager ma peur du confinement et s'il durait encore des mois, que je me prenne une amende par exemple parce que j’avais pris des trucs qui ne sont pas autorisés. Je n’ai pas eu de réponse personnelle. Finalement j’ai trouvé ma réponse par les échanges du groupe, mais cela n'a servi à rien que je dise mon inquiétude puisque tout le monde m'ignorait.

VST : Je peux comprendre votre amertume. Sur cette question de votre crainte que le confinement dure longtemps, comment imaginez-vous les suites les uns les autres ? Comment chacun se projette ?

Patricia : J’essaie de ne pas y penser. Jusqu’au moment où on nous dira, vous pouvez sortir sans avoir de raison particulière de sortir et vous pouvez-vous réunir entre amis.

Hervé : C'est paradoxal, on s’empêche de vivre pour s’empêcher d’attraper la maladie !

Bastien : Quand on sort dans la rue pour aller faire des courses, ça se ressent aussi, on se toise du regard de peur d’être en contact. Ce n'est pas facile déjà d’être isolé et là on sent une forme de psychose qui s'ajoute au malaise psychologique social ambiant par le flot d’informations et de suspicions.

Nader : Par rapport à la suspicion, sur WhatsApp, on essaie de faire attention aux messages nombreux chaque jour. Quand je sens un besoin je fais des contacts particuliers. Il faut faire plus de visites à domicile pour les personnes qui ont besoin d’un vrai contact dans ce confinement qui dure. Par la suite j’espère que les bonnes idées d'aujourd'hui du fait du confinement, nous pourrons les maintenir.

Delphine : Sur la durée du confinement c’est très compliqué de ne pas rencontrer les personnes. A l’hôpital les relations sont plus simples avec un effet « d’égalisation » des relations entre les personnes ; c’est très agréable.

VST : Souhaitez-vous partager d'autres réflexions, points de vue qui n'auraient pas été abordés ?

Maeva : Je me demande si les soignants qui sont confinés et privés de liberté, comme les humains en général, cela va un peu les faire réfléchir sur le fait qu’ils puissent priver de liberté d’autres personnes sous couvert de la folie et de la maladie ou pour d'autres raisons. Ce confinement est-ce normal ? A-t-on le droit de priver de liberté quelqu'un parce qu’il y a un virus ? C’est une épidémie et pas la dernière ; pourquoi aujourd’hui on est enferme tous les gens alors que d'autres pays ne le font pas ? Sans doute faudra-t-il réfléchir à tout cela.

VST : Ce n'est jamais arrivé dans l’histoire qu’un pays entier soit confiné, que plusieurs pays le soient en même temps. Les épidémies, il y en a toujours eu. Cette décision politique nouvelle méritera d'être interrogée très certainement. Et je ne peux m'empêcher de faire le lien avec la psychiatrie qui est la médecine qui peut décider de priver les personnes de circuler. Pour les soignants comment mettre en cohérence les pratiques d'attention et « le prendre soin » dans ces situations. L’exemple de Clarisse en isolement et de cet échange par téléphone, dont on peut penser qu'il n'aurait pas eu lieu avant est pour le coup très enseignant sur les possibilités de de créativité et d'initiatives donc de changement de paradigme.

Maeva : Ouvrir des cellules de soutien psy pour les soignants, pour les internes du fait de ce virus parce que ce peut être traumatisant cette façon de travailler ; que des syndrome de stress post traumatique à cause du confinement peuvent apparaître, oui. Mais se demande-t-on comment pour un patient être en isolement est traumatisant ? Des cellules de soutien pour les soignants, pour les « héros » ne doit pas évacuer la dimension politique du sens du confinement les gens. C’est une question dont il faudrait reparler à l’Intra comme ailleurs. Quand les patients arrivent, ils sont mis 14 jours en isolement ! Quelqu'un me disait l'autre jour, comment fait-on la différence entre l’hygiène mentale et l'hygiène virale ?

Nader : Rappeler dans les années 70 le livre de Roger Gentis « les murs de l’asile » qui expliquait que les murs sont plutôt dans nos têtes. C’est vrai que le confinement malgré les séparations enlève quelques murs, mais ces murs là sont durs à abattre. Sortir de l’isolement pour être vraiment solidaire, dans notre groupe on mesure cette solidarité. J’espère que cela continuera même si souvent cela tombe à l'eau.

Ariane : On avait une radio le vendredi à l’hôpital de jour sur WhatsApp, maintenant en visio et élargie à d'autres personnes qui ne peuvent pas venir. En tête un projet à Héloïse de faire avec l’Intra une radio, « Radio Interval » (lien à retrouver en fin d'article). L’idée, faire l’intervalle entre les différentes personnes, entre les différents lieux d’autant plus en ce moment de confinement. Cela donne des idées pour l’après, aller à l'Esat pour les rencontrer ou que les autres viennent à nous ; faire des choses avec l’Intra. J'espère que le confinement va servir d' impulsion ; on ne pourra par revenir à la normale.

Roger : J’ai écouté et je n'avais pas grand-chose à dire. Mais pour introduire le sketch que je me propose faire, est-ce qu’on a dit quelque chose dans tout ce qu’on a dit aujourd’hui, est-ce qu’on a dit quelque chose ou est-ce qu’on aurait « parler pour ne rien dire ? » ( Suit le sketch de Raymond Devos dit par Roger). Cette situation, c’est une occasion d'utiliser à fond les réseaux sociaux qui portent pleinement leur nom. C’est une manière de communiquer avec des gens, d’avoir des informations que l’on a pas sur les médias classiques. Par exemple pour savoir ce qui se passe dans ma commune, des groupes de paroles donnent des informations sur ce qui se passe ; on est au courant en direct sans avoir à chercher tel ou tel renseignement. C’est vraiment l’occasion de créer des liens ; je trouve des tas de réflexions humoristique ou philosophique. J'envoie mes messages dans le groupe ; parfois pas beaucoup de réactions, mais je partage beaucoup avec mes contacts personnels. On n'a jamais autant communiqué dans ce moment alors que nous sommes censés être isolé. Cela permet de rencontrer des gens virtuellement mais qui peuvent aussi devenir des contacts réels.

Maeva : Si les réseaux sociaux facilitent les premiers contacts qui sont difficiles à faire dans la réalité, peut-être faire un Facebook pour le club serait une bonne idée ? Et acheter des téléphones pour les personnes qui ne peuvent s’en procurer, se former entre nous.

Roger : Oui je l’ai déjà proposé de faire un groupe Facebook, notamment pour les gens qui n'ont pas envie de donner leur numéro de téléphone par exemple. Et faire des groupes plus ciblés, comme celui du lundi ; sur le groupe général il y a beaucoup, beaucoup d’échanges. Faire un groupe par thème pour les personnes intéressées et concernées.Trop de messages n'invitent pas à remarquer l'intérêt particulier, d'autant que souvent les personnes dialoguent à deux et moins sur des questions plus générales.

Maeva : Tout cela révèle aussi le fait de pouvoir se joindre peut-être le week-end, quand les structures sont fermées. Dans une réunion a été évoqué, l'intérêt d'une structure comme un CAC ( Centre d'Accueil et de Crise) ouverte tous les jours, pouvoir y venir et passer quelques heures ou quelques jours et pouvoir repartir, ainsi maintenir la continuité des liens.

Maeva : Je partage avec tous un message de la résidence communautaire et de l'activité jardinage avec les patients qui s'est aujourd'hui transformée en discussion au soleil sur le confinement avec tous les résidents.

Comme en écho et une invitation à poursuivre cette réflexion à ce riche échange pendant cette longue interview, Isabelle, qui ne pouvait être présente à tenu à nous communiquer ses réflexions :

« IDE en extra, Clubbeuse et coordinatrice du Club mais actuellement aussi propulsée dans la dure réalité d'un service en intra que je ne connais pas : patients, collègues, fonctionnement. Comme une impression d'être seulement un nom dans un planning pour assurer le minimum sécuritaire : traitements, constantes, repas. Tout s'est arrêté  : activités, entretiens, sorties dans le parc, cafétéria... Nous portons tous des masques, devons respecter la "distanciation sociale".  Nous travaillons à 3 : 1 IDE, 1 AS et 1 ASH. Étant donné que ce service est le service Covid de l'hôpital, nous sommes encore plus isolés. Moi qui n'avais pas travaillé en intra depuis de nombreuses années je ne m'y retrouve pas. Quel est mon rôle ? Ma fonction ? Que proposer aux patients? D'ailleurs est-ce que je peux me le permettre ? Parler du Club ? De nos expériences ? De ce que nous avons mis en place ? Mais en parler avec qui ? Les patients ? Que je perturbe apparemment un peu par ma façon différente de travailler. Les collègues ? Je les croise seulement aux transmissions. Et puis je suis qui pour parler de notre façon de faire alors que je ne sais rien de la leur ? Nous avons donc mis en place très rapidement un groupe Whatsapp. Et là s'est rapidement révélée l'utilité du téléphone portable du Club que j'ai « h24 » avec moi depuis quelques mois. Outre les contacts réguliers avec certains Clubbards il a permis aux autres de m'appeler car ils avaient entendu parlé de ce groupe mais ne savaient comment le rejoindre, comment installer l'application... Le confinement va aussi permettre de reparler de ce téléphone, de son utilité et de l'importance de le 'faire tourner" entre tous les Clubbards.  Mes journées de réserviste sont donc occupées entre Whatsapp et le téléphone du club sur lequel il y a environ 5 à 6 appels / jour, des SMS et les appels de ma propre initiative. »

 

Un grand remerciement aux participants du Club « Trouble(s) fête », les « clubbards »,  qui étaient présents. Un remerciement tout particulier à Maeva dont l'aide dans la distribution de la parole a été précieuse :

Ariane, psychologue, s'occupe de radio intervalle, tricoteuse à mi temps.

Ulysse, musicien guitariste du groupe « ter happy » embellit nos journées en musique !

Nader, est psychologue, au CATTP ( Centre d’Accueil Thérapeutique à Temps Partiel)et à l'HDJ( Hôpital de Jour), reporter journal le petit caillou entre autre, maître de Setar, chef d’orchestre du groupe de musique « ter happy », serveur à la buvette Pop-up.

Florence, elle est infirmière et travaille au CMP.

Hervé, écrivain, va publier bientôt un écrit sur la psychiatrie du nom de « La pathologie ».

Bastien, PH responsable de l'HDJ et de l'EMPP ( Equipe Mobile Psychiatrie et Précarité), cycliste invétéré.

Geoffrey, psychologue à l'EMPP, journaliste pour le petit caillou et buvette Pop-up.

Carole, fait partie de la RC (Résidence Communautaire), serial shoppeuse, jardinière à ses heures perdues

Michael, psychologue de l'Esat ( Établissement et Service d'Aide par le Travail), confectionneur de carrés de perles magiques.

Roger, très patient devenu un sage philosophe et humoriste à temps perdu.

Maeva, interne en psychiatrie.

Et aux participants de l'Intra :

Delphine, psychiatre, responsable du pavillon Héloise.

Julia, infirmière

Cybile, Art thérapeute en extra, venue en renfort à l’intra.

Massimo, Julien, Zohair, Clarisse, Jacques sont les personnes hospitalisées à Héloise présentes pendant la réunion.

 

Émission Trouble(s) Fête

club

lien radio interval

 

Interview réalisée par Dominique Besnard.

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