Quand les festivals deviennent des lieux d'actions éducatives pour tous et toutes !

Les Ceméa, mouvement d'éducation, se sont construits et ont développé leur action éducative en lien étroit avec les courants culturels et sociaux les plus émancipateurs de notre société. Ainsi, la création artistique, le progrès scientifique et les luttes sociales constituent les trois grandes sources qui ont nourri et forgé son identité. Le festival d'Avignon est l'un de ces lieux d'action.

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Si les Ceméa sont aujourd’hui présents dans une vingtaine de festivals nationaux et régionaux c’est à Avignon que tout commença ! C’est à la demande de Jean Vilar, en 1955 que les Ceméa sont présents au festival d’Avignon pour accueillir les festivaliers. En partenariat avec le festival et la municipalité d’Avignon qui met à disposition ses écoles, ils organisèrent, dans le cadre de l’association Centres de jeunes et de séjour, créée en 1959, les premières rencontres internationales de jeunes qui réunirent chaque année des centaines de participants venus du monde entier. Chargé de l’organisation de vacances culturelles pour des publics, adolescents, jeunes et adultes, le mouvement d’éducation populaire y met en œuvre un accueil, une mixité sociale et une vie collective qui permettent aux participants, individuels ou groupes constitués de voir des spectacles ensemble et de rencontrer les équipes artistiques. Les nombreux liens avec des comités d’entreprise permirent à cette période d’accueillir de nouveaux publics. 17 000 nuitées sont réalisées en 1974.

Des actions éducatives à contre-courant et en phase avec le temps

Paul Puaux directeur du festival d’Avignon de 1971 à 1979 dit que « Ni les Ceméa, ni le festival d’Avignon ne sont des entreprises liées aux courants du moment ou aux modes passagères. L’une et l’autre sont pourtant soucieuses de vivre avec leur temps. C’est la position difficile de ceux qui naviguent non pas au gré des impulsions, mais à contre-courant des habitudes, des traditions confortables et œcuméniques, des politiques installées, des droits acquis qui ne craignent pas de poursuivre sans cesser d’être lucides ce que d’autres appellent des illusions ». Avignon est devenu pour la centaine de militants bénévoles mobilisés chaque été, un chantier d’expérimentation pédagogique des projets portés par des groupes nationaux d’étude et de recherche, dont le groupe national des activités dramatiques et théâtrales qui prendra la direction de ce chantier en 1985. Les liens étroits tissés avec les différentes directions artistiques du festival et une reconnaissance mutuelle permettent aux Ceméa d’inventer des formes d’accueil et d’accompagnement du spectateur au plus près de la création contemporaine. Ainsi, les séjours culturels organisés depuis le début des années 2000 avec le soutien financier de Régions ont accueilli chaque année jusqu’à 700 apprentis et lycéens avec leurs professeurs et un nombre croissant de jeunes et de familles envoyés par le Secours Populaire. En 2016, les capacités d’hébergement ont permis de recevoir plus de 1400 festivaliers pendant 20 jours.

Étendre les actions sociales et culturelles à d'autres festivals

Il n’y a pas d’éducation sans culture et pas de culture sans éducation, ce principe, les Ceméa seront invités à le mettre en pratique par Daniel Colling sur le printemps de Bourges en 1982. Et dans cette décennie faste pour le festival et les musiques amplifiées, ce ne sont pas moins de 1000 personnes, individuels et groupes de musiciens qui sont hébergés chaque jour pendant neuf jours dans une douzaine d’internats loués à l’Éducation nationale, en lien avec le Réseau Printemps, et d’autres associations d’éducation populaire. Un centre de loisirs, puis un accompagnement d’après spectacles sont mis en place pour les enfants. Le printemps de Bourges, lieu de rencontres éphémères et festives, fut aussi un observatoire privilégié de la jeunesse et de ses pratiques culturelles, où les Ceméa développèrent à partir de 1993 des formes d’intervention culturelles et sociales telles que des lieux de répétition pour les groupes amateurs et une recherche action d’ampleur nationale en direction des jeunes en errance. Cette action conduite jusqu’en 2001 se poursuivra de 1997 à 2008 sur des accueils camping aux Eurockéennes et de 2000 à 2012 aux Francofolies de la Rochelle.

Au festival de théâtre de rue Éclat d’Aurillac crée en 1986, Michel Crespin fit appel à l’expérience acquise à Avignon pour mettre en place un dispositif d’accueil des familles et des individuels et pour faciliter la découverte des arts de la rue. En 2017 plus de 500 festivaliers et compagnies de passage ont été accueillis par 37 bénévoles.

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