L'éducation populaire en question

A l'occasion de l’#UEsolidaire (Grenoble – 22-26 août 2018), les associations NAJE, Starting Block et Attac ont proposé un cycle de quatre formations à l'éducation populaire. Parmi ces apprentissages, le premier est peut-être la nécessité d'éclaircir ce qu'est l'éducation populaire, telle que nous la comprenons.

Ce texte a été écrit collectivement par la commission formation d'Attac à la suite d'une interview de Cecile Hanff, membre de la commission formation d'ATTAC.

Commençons par ce qu'elle n'est pas, et balayons ainsi d'emblée les malentendus. L'éducation populaire n'est pas l'éducation du peuple. Ce n'est d'ailleurs pas vraiment de l'éducation, ou du moins c'est infiniment plus que cela. L'éducation populaire n'est pas l'éducation de certaines et certains par d'autres. Il n'y a pas d'un côté celles et ceux qui éduquent et, de l'autre, celles et ceux qui sont éduquées ou éduqués. L'éducation populaire n'est pas une forme de développement personnel. L'éducation populaire n'est pas une somme d'outil ou gadgets mobilisables pour rendre la transmission plus amusante ou plus digeste.

 Les choses se compliquent quand arrive le moment d'expliquer ce qu'est l'éducation populaire, tant les avis divergent sur la question. C'est donc notre approche que nous présenterons ici. Une approche restrictive, certes, mais qui a le mérite de nous donner des objectifs, des méthodes et de nous permettre d'avancer.

L'éducation populaire en question © TV Bruits

L'éducation populaire est avant tout un projet politique dans lequel les savoirs ne sont pas la finalité. C'est une démarche qui vise l'émancipation individuelle et collective et la transformation sociale. Elle suppose l'éducation de toutes et tous par toutes et tous, et la valorisation des savoirs issus de l'expérience aux côtés de ceux, académiques et universitaires, habituellement plus reconnus et valorisés.

L'éducation populaire est donc une démarche politique qui vise à prendre conscience des rapports de domination et de la place qu'on occupe dans la société (conscientisation), afin de s'en affranchir, de sortir d'une place qu'on n'a pas choisie, de « tuer le flic qu'on a dans la tête » (émancipation). Elle invite à se constituer collectivement en contre-pouvoir et à expérimenter sa capacité d'agir (pouvoir d'agir) pour construire une société plus juste et égalitaire (transformation de la société).

Conscientisation, émancipation, pourvoir d'agir et transformation de la société sont donc les quatre piliers de notre approche de l'éducation populaire politique.

 S'inscrire dans une démarche d'éducation populaire peut rendre nécessaire l'usage de certains outils comme ceux que nous avons mobilisés lors de l'université d'été (débats mouvants, débat en boule de neige, arpentage, porteurs et porteuses de parole, groupes d'interviews mutuels, escargots de la connaissance etc.) qui ont des avantages variés : certains outils peuvent valoriser des connaissances de natures variées, d'autres permettent la co-construction de savoirs, certains outils permettent de prendre le temps de réfléchir et d'écouter, d'autres permettent la synthèse d'informations multiples... Aucun de ces outils n'a de valeur en soi (mal utilisés ou récupérés, ils peuvent même être contre-productifs) mais, utilisés dans une démarche qui permette la conscientisation et l'émancipation, ils sont extrêmement précieux.

 S'il nous paraît fondamental de remettre l'éducation populaire au cœur de nos pratiques et d'en faire une démarche motrice de nos organisations, c'est parce qu'il faut nous donner les moyens de mener à bien les missions que nous nous sommes fixées. Parmi celles-ci, on peut nommer la nécessité de permettre le renouvellement de nos organisations en facilitant l'accueil d'un public plus jeune et parfois demandeur de formats de transmission, de débat et de réflexion moins scolaires et universitaires. Mais bien au-delà de cela, l'éducation populaire nous invite à questionner la totalité de nos pratiques militantes : elle ne touche pas seulement aux formations que nous pouvons proposer mais bien à l’ensemble de notre organisation. Sans ce questionnement, non seulement nous prenons le risque de nous condamner à une homogénéité sociale mortifère mais nous reproduirions du même coup les structures oppressives que nous nous efforçons de combattre. 

 

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