En France et ailleurs, solidaires pour défendre les libertés et droits fondamentaux

Le 12 juin prochain, dans plusieurs villes de France, associations, syndicats et mouvements manifesteront pour les libertés et contre les idées de l’extrême droite. Le CRID, réseau d’organisations françaises de la solidarité internationale, s’associe à cette mobilisation. Nombre de nos partenaires à travers le monde s’inquiètent de ce qui se passe en France, et du message que cela envoie.

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Les crises multiples que le monde traverse s’accompagnent d’une régression des démocraties, des libertés et des droits fondamentaux dans de nombreux pays. Des évolutions inquiétantes sont constatées concernant le non-respect des droits des personnes et de la dignité humaine, la répression des acteurs et actrices de la société civile ou encore les restrictions à la liberté d’expression et de manifestation dans de très nombreux pays.

Cette crise multidimensionnelle a révélé à quel point des acteurs et actrices politiques, économiques et financier·e·s cherchaient à renforcer le système existant, aggravant les inégalités sociales, économiques et environnementales, le plus souvent en violant des droits humains. Dans de nombreux pays, cela conduit à une régression accélérée des démocraties, des libertés et des droits fondamentaux.

Des politiques « austéritaires » s’accompagnent désormais de mesures « sécuritaires » : après les mesures prises au nom de la lutte contre le terrorisme, certains gouvernements profitent des mesures justifiées contre la propagation de la Covid-19 pour renforcer la surveillance de masse, allant bien au-delà de ce qui relève de la seule protection légitime des populations.

Dans un nombre croissant de pays, les autorités s’en prennent à celles et ceux qui luttent pour les droits, et restreignent ou contrôlent toujours plus l’action des associations et mouvements sociaux. Au Brésil, Jair Bolsonaro tente de mettre les associations et les mouvements sous-surveillance constante ; en Inde, Nerandra Modi réprime le mouvement paysan en le qualifiant de terroriste ; en Thaïlande, des centaines de jeunes sont emprisonné.es pour avoir participé à des manifestations demandant plus de démocratie ; en Russie, Vladimir Poutine met des milliers de citoyens en prison lors de manifestations en soutien à Alexeï Navalny ; la junte putschiste en Birmanie fait tirer sur les foules…

La France, en dépit de sa prétention historique à être le « pays des Droits de l’Homme » ne manque pas à l’appel des pays dans lesquels les attaques aux droits fondamentaux et le recul démocratique sont à l’œuvre. La République française et sa devise « liberté, égalité et fraternité » subissent des coups répétés, y compris de la part de ceux et celles qui devraient la sauvegarder et la promouvoir. Depuis 2015, une série de lois sécuritaires ont été promulguées en France. Ces lois s’accumulent sans évaluation de leur efficacité alors que leurs effets pervers sur l’État de droit sont largement démontrés.

Ces attaques visent à casser les résistances, briser les mobilisations. Nos organisations de solidarité internationale et de défense des droits humains sont bousculées dans leur action, et en alerte au quotidien. Dans le combat essentiel pour les libertés publiques qui se joue là, les contre-pouvoirs, dont font partie nos organisations, peinent à contrer les mesures prises et leurs multiples effets, malgré les mobilisations qui s’organisent.

Cela d’autant que l’idée même de démocratie finit par être remise en question par une partie des citoyen.ne.s qui, inquiets pour leur avenir et confrontés aux reculs des protections sociales collectives, doutent de ce qu’ils peuvent attendre des institutions et des décideurs. Cela pousse de nombreux acteurs et actrices politiques à s’allier avec l’extrême droite dans une quête dangereuse de votes et soutiens. Reprendre et diffuser des idées racistes, violentes et autoritaires, voire clairement fascistes ne constitue plus un interdit !

Néanmoins, et malgré ce sombre scénario, des mouvements puissants dans les sociétés aujourd’hui, en France et dans le monde, démontrent des volontés de changement radical : le mouvement des femmes remet en question des rapports millénaires de domination sexuée ; le mouvement de l’urgence climatique a dynamité des certitudes sur la conception du développement fondé sur une croissance effrénée ; le mouvement anti-raciste et contre toute forme de discriminations met en lumière un processus de décolonisation loin d’être achevé.

La conjoncture mondiale a le mérite de remettre la notion de droits fondamentaux et l’importance de l’action publique au centre des débats. Elle met également en lumière le rôle clé des sociétés civiles capables de mobiliser des solidarités face aux défaillances structurelles des États, de lutter contre les oppressions et dérives autoritaires, et de proposer des alternatives réelles à un modèle dominant foncièrement inégalitaire.

C’est dans ce contexte que le CRID poursuit son action politique afin que les acteurs et actrices français·es de solidarité internationale puissent jouer pleinement leur rôle. La réponse de nos organisations à cette crise des modèles démocratiques doit inclure la promotion de la solidarité internationale contre les discours d’exclusion, des communs contre les concurrences, d’alternatives durables contre l’exploitation à outrance et à court terme. Cela accompagne notre combat pour réhabiliter la démocratie dans toutes ses formes auprès de celles et ceux qui doutent.

Poser la solidarité internationale comme un projet politique implique pour notre collectif de réfléchir et d’agir sur les défis à toutes les échelles pertinentes, du local au global, en identifiant et portant les défis sociétaux qui s’imposent à nous.

Face à ces constats et convaincu·e·s que la défense des libertés les plus fondamentales en France est essentielle pour faire vivre la Solidarité Internationale telle que l’ensemble des membres du CRID la portent, nous appelons toutes et tous à manifester ensemble le samedi 12 juin prochain dans plusieurs villes de France. Pour les libertés et contre les idées de l’extrême-droite, soyons ensemble dans la construction d’une France et d’un monde véritablement solidaires et démocratiques.

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