[parution] Nouveau numéro du magazine Mémoires

Le nouveau numéro de Mémoires porte sur les effets de l'exil. N'hésitez pas à le télécharger au format PDF ou à l'acheter au format papier ! Vous y découvrirez en quoi l'exil a des effets propres qui viennent généralement se superposer aux événements qui ont poussé à la fuite.

Edito : E/X/IL  - Télécharger ce numéro // Acheter ce numéro

Exil.

Le mot arrive à la frontière entre la réalité et l’imaginaire.

Il a au cœur une lumière.

Il a un parfum entêtant.

Il sonne comme l’eau qui s’écoule entre les pierres.

Il faut le suivre à la lettre.

E comme espoir, au départ.

A l’arrivée une île, une île rêvée,  île aux trésors ; à l’arrivée Lesbos, Ellis Island, Lampedusa. 

Entre les deux, il y a le X.

X comme le mystère des origines.

X comme une étoile à suivre.

X comme la croisée des chemins.

X comme une barricade sur un poste-frontière.

X comme la pornographie de Calais

Calais qui vient inoculer dans notre époque un poison d’obscurité, Calais la primitive, Calais qui nous entraîne des siècles en arrière, nous souille de sa boue, comme nous souille l’indignité de ces campements infâmes où tous les exilés du monde sont parqués comme des bêtes ; campements que nos gouvernants continuent, tranquillement, costume cintré, chaussures cirées, à justifier par des impératifs et des nécessités.

L’opinion ne comprendrait pas…

Pourtant, l’exil est un enjeu existentiel de notre époque et il s’agit au contraire d’éclairer les citoyens.

L’exil c’est le courage comme réponse au malheur, c’est sauver sa peau, c’est accepter de tout perdre pour reconstruire, c’est prendre tous les risques.

L’exil est une part du sang qui coule dans nos veines.

L’exil est un fleuve qui irrigue nos cultures.

L’exil est un élixir de jouvence.

Des responsables politiques dignes de ce nom cesseraient de construire des barrages de papiers, comme des enfants dans un ruisseau, et diraient qu’il faut rendre nos sociétés plus accueillantes pour  les mettre en harmonie avec le mouvement perpétuel de l’exil.

Pour cela il faut apprendre à se reconnaître, humain, dans l’exil, apprendre à s’aimer en exilé.

L’exil fait le lien entre ici et ailleurs, entre « Je suis » et « Je serai », entre « Je fuis » et « Je ferai » entre la résignation et l’espoir, entre la guerre et la paix.

L’exil c’est nous.

Antoine Ricard, Président du Centre Primo Levi

 

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