Fôrets, familles

Le nouveau dossier de la revue Mémoires présente trois aspects du vécu des familles en exil : les effets de la violence vécue au pays sur la famille, la persistance de ces effets par l’organisation de notre système d’accueil, enfin les possibilités de restauration des places au sein de la famille.

Par Antoine Ricard, Président du Centre Primo Levi. Revue Mémoires n°74 - Faire famille après la violence

EDITO : Forêts, famille

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On passe sa vie à l’ombre de sa famille.

D’ailleurs la famille c’est un arbre.

Ombre apaisante, ombre inquiétante.

Ses racines plongent dans la terre et dans le temps.

Ses branches montent et s’éloignent, vers le soleil.

Ses feuilles volent au loin dans un mouvement perpétuel de vie et de mort.

Ses graines voyagent dans le vent.
C’est de la sève à partager, un écheveau de liens, un élan de vie, une autorité, une force qui résiste à la violence des éléments jusqu’à un certain point, jusqu’au feu, jusqu’au génocide.

Forêts, familles.

Deux peuples qui se côtoient, se respectent et s’entraident.

Liés dans l’exil quand l’arbre donne le fruit du chemin, la fraîcheur du repos et le bois du bateau.

Ligués pour capturer la chaleur du monde, la pacifier et la transformer.

Ecosystèmes, conservatoires de la vie et de la diversité.

Alors, quand la famille est atteinte par la violence, c’est une forêt qui brûle, c’est l’essentiel qui est en cause, c’est un souffle coupé. Un être souffrant dans une famille souffrante, c’est un incendie au beau milieu des flammes.

A chaque fois que la violence d’un homme s’abat sur un autre, le pire devient possible ; quand elle s’abat sur les familles, le pire devient certain.

La violence se déchaîne et atteint ce qui nous lie : la famille, ce pays des humains, ancestral, légendaire, primordial.

Peuple premier, forêt primaire, Primo Levi.

Le Centre Primo Levi aussi est une famille.

C’est avant tout une équipe de professionnels chevronnés mais ils sont animés d’une même sève, ils font autorité, ils soignent et ils transmettent : c’est une famille.

Ce mot est l’occasion pour moi de leur rendre hommage. Ils font du Centre Primo Levi un arbre auprès duquel il fait bon se reposer, ils se battent contre la violence avec le soin pour seule arme.

Armée des ombres contre l’obscurité.

 


Cet édito est issu du nouveau numéro de la Revue Mémoires, publiée par le Centre Primo Levi.

A télécharger gratuitement en PDF.

A commander en version papier.

Découvrez les autres articles du dernier numéro Mémoires !

Mémoires n°74 - Mars 2019 - Faire famille après la violence

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p.2 • Edito : Forêts, familles, par Antoine Ricard, Président du Centre Primo Levi

p.5 • Des familles détricotées par l’acte violent, par Omar Guerrero, psychologue clinicien, psychanalyste au Centre Primo Levi

p.8 • La famille à l’épreuve de l’enfermement, par Clémence Beugnot, service civique au centre Primo Levi

p.10 • La dépression des jeunes mères immigrées sans domicile, par Stéphanie Vandentorren, direction des régions, Santé Publique France et INSERM

p.13 • Simplifier la réunification familiale, Interview d’Alain Régnier, préfet, délégué interministériel à l’accueil et l’intégration des réfugiés

p.14 • Réunification familiale : galère, attente et suspicion, par Joséphine Vuillard, responsable communication et plaidoyer au Centre Primo levi

p.16 • L’accompagnement social : suivre la temporalité de la famille, Interview d’Elise Plessis et Olivier Jégou, travailleurs sociaux au Centre Primo Levi

REGARDS

p.18 • Le scoutisme pour se construire autrement, par Marie Daniès, rédactrice en chef

ENFANTS & FAMILLES

p.20 • Le devenir des liens familiaux, par Juan Boggino, psychanalyste, responsable du programme “mère et enfants” Association TRACES, réseau clinique international

E(N)CART SOCIAL

p.22 • Le sommeil du juste, par Elise Plessis, assistante sociale au Centre Primo Levi

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