Effraction de la pudeur - Quand la violence politique fait ravage

Texte de Claire Christien-Prouet, qui a dirigé l'ouvrage collectif "Effraction de la pudeur. Quand la violence politique fait ravage", publié le 20 octobre 2016 aux éditions Erès dans la collection "Centre Primo Levi".

Il existe à Paris un lieu où des adultes et des enfants blessés, cassés, abîmés par la torture et les violences politiques, peuvent être entendus et soignés par des psychanalystes, des médecins, des travailleurs sociaux, des juristes et des accueillants : ce lieu est le Centre Primo Levi.

Les professionnels de ce Centre réfléchissent à leur travail, en parlent ensemble et écrivent. Ils se sont réunis régulièrement pendant deux ans pour rassembler des textes, les leurs et ceux de quelques autres (juristes, psychanalystes et philosophes) et pour interviewer deux femmes, l’une rabbin, l’autre artiste. Tout cela sur un sujet, la pudeur.

De la pudeur, ils ont tenté de décrire la construction dans la vie psychique de chacun et dans la culture, les textes et les images, films et photos.

Ils nous parlent de la pudeur menacée, attaquée par la violence politique que subissent des femmes et des hommes, des enfants et des adolescents, du fait d’insultes, de menaces, de spoliations, d’emprisonnements, de coups et de torture. Ils ont subi cette violence dans leur pays et elle les a poussés à fuir. Ils l’ont aussi subie sur les chemins de l’exil jusque là où ils demandent asile. Ils rencontrent alors la dureté humiliante des interrogatoires et des questionnaires qui mettent à nu leur vie privée. Ils demandent un asile politique qui leur est le plus souvent refusé et doivent donc renouveler ces demandes avec chaque fois ces questions trop intimes.

De toutes parts en effet leur intimité même est attaquée et ce qu’on nomme « vie privée » est rendu sinon impossible, du moins le plus souvent extrêmement précaire.

Les psychanalystes reçoivent ces paroles en miettes, souvent avec l’aide d’interprètes. Ils en rendent compte dans ce livre. Ils écoutent des paroles effrayées, le mutisme, les plaintes et les pleurs, les manifestations du corps de ceux qui ne peuvent qu’à peine encore parler.

Ceux-ci  sont souvent adultes mais ils peuvent aussi être des enfants ou des adolescents ayant vu ce qu’aucun enfant ne devrait voir, et qui continuent souvent longtemps de vivre dans une promiscuité forcée qui met à mal leur famille, le couple de leurs parents. Ce sont eux qui parlent dans ce livre.

En toile de fond, on trouve dans cette publication les constructions théoriques, littéraires et artistiques de ceux qui tentent de préserver par des mots et des images ce secret de chacun, fragile, l’intime, la pudeur.

Ce livre « Effraction de la pudeur. Quand la violence politique fait ravage », publié le 20 octobre aux éditions Erès, s’adresse d’abord à tous ceux qui, quel que soit leur métier, sont amenés à recevoir, rencontrer, croiser des réfugiés politiques ou ceux qui attendent ce refuge. Ils sont nombreux dans le domaine de l’éducation, de la santé, de la justice et du travail social à être désemparés par cette rencontre. Il s’adresse aussi à tous ceux qui veulent savoir comment cette violence politique et ce qu’elle fait à la pudeur, abîme nos sociétés, fragilise le lien entre les femmes et les hommes, le rapport avec les enfants et les adolescents. Il s’adresse enfin à tous ceux qui gardent grands ouverts yeux et oreilles.

 

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