Ne tirez pas sur Romano Prodi !

Je partage largement l’analyse du «parti pris» de François Bonnet, mais je voudrais avoir quelques mots pour Romano Prodi. L’insuccès de son gouvernement est à l’origine de la large victoire de la droite. C'est vrai. Mais il ne faut pas oublier qu’il a défié deux fois Berlusconi et que deux fois il a gagné, en 1996 et en 2006. En revanche, les deux «jeunes» leaders du centre gauche (Rutelli et Veltroni), censés être plus performants, ont perdu en 2001 et en 2008.

Je partage largement l’analyse du «parti pris» de François Bonnet, mais je voudrais avoir quelques mots pour Romano Prodi. L’insuccès de son gouvernement est à l’origine de la large victoire de la droite. C'est vrai. Mais il ne faut pas oublier qu’il a défié deux fois Berlusconi et que deux fois il a gagné, en 1996 et en 2006. En revanche, les deux «jeunes» leaders du centre gauche (Rutelli et Veltroni), censés être plus performants, ont perdu en 2001 et en 2008.


Qu’est-ce qu’on peut reprocher à Romano Prodi sur le fond de sa politique? Un manque de démagogie et des défauts de communication, bien sûr. Quoi d’autre ? D’avoir été le chef d’une coalition hétérogène et hétéroclite, de l’extrême gauche aux libéraux, comme M. Padoa Schioppa, le ministre de l’économie et ancien membre du board de la BCE. Mais ce rassemblement n'était-il pas le seul qui pouvait donner une majorité aux anti-berlusconiens ? Mission accomplie en 2006, à l’issue de cinq ans d’un piètre gouvernement Berlusconi. Mais les élections ont alors été gagnées avec une majorité ridicule (deux sénateurs) qui a affaibli le gouvernement dès sa naissance. La droite était battue, d'à peine 25.000 voix…


Maintenant, la gauche a perdu ses couleurs, écrit Thomas Chabolle. Il a raison. Mais cela est aussi arrivé en 1998, quand l’extrême gauche (Rifondazione comunista) de Fausto Bertinotti a quitté la majorité et a fait tomber le premier gouvernement Prodi. A l’époque, la droite était divisée et il fallait comprendre que la coalition de l’Ulivo (l’Olivier) était le seul point d’équilibre possible pour un gouvernement de centre gauche en Italie, où on n’avait jamais eu un exécutif de gauche .

 

Narcissisme, autosuffisance, démagogie, ivresse du pouvoir et finalement myopie de la part de communistes : ce dimanche, la gauche arc-en-ciel n’a pas même obtenu le quorum et M. Bertinotti a perdu sa place dans la chambre des députés qu’il présidait pourtant…


Walter Veltroni, avec la bénédiction de Romano Prodi, a gagné à l'automne 2007 les élections primaires dans le nouveau parti démocrate, issu de la fusion des anciens démocrates chrétiens de gauche (la Margherita) et d’anciens communistes (DS). Il a mené le combat avec ce nouveau parti. Laissant à l’écart communistes, extrême gauche, verts. Sur le bateau, les radicaux (l’ancienne commissaire européenne Emma Bonino) et le parti de l’ancien juge Antonio di Pietro, un des enquêteurs milanais des affaires de Silvio Berlusconi.


Le résultat est là. Et maintenant, la question est la suivante : est-il possible dans nos sociétés de convaincre une majorité des électeurs en s’éloignant de la démagogie, de droite comme de gauche ? Au-delà des différences entre Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy, la question vaut pour l’Italie et pour la France.

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