The pilule
Une petite pilule rose fait un tabac dans les restaurants branchés de Wall Street en ruine. Pur produit du hasard, cette médication ahurissante est née d’une recherche avortée de l’industrie pharmaceutique en direction des boulimiques et des obèses. L’objectif initial, des plus légitimes, consistait à résorber par hyper catalyse stomacale, et dès le début de la digestion, l’excès de gras, de sucre, d’alcool, ou tout simplement de quantité de matières ingérées lors d’un repas. Hélas, si ce traitement n’allait tenir comme souvent, aucune des promesses escomptées, il allait en revanche démontrer miraculeusement et chez la totalité des patients testés, des capacités de transformations neurologiques transitoires, réellement impensables.
Car la pilule en question, à l’image de la fonction aléatoire de lecture des plages d’un CD, fonction si revivifiante lorsqu’on est lassé d’entendre son disque favori enchaîner les morceaux dans le même ordre, cette pilule ingérée en début de repas, possède, oui, contre toute logique scientifique, la capacité invraisemblable, à l’infini et dans tous les sens, de bouleverser l’agencement des sensations gustatives. Par exemple, l’ordonnance accablante d’un menu sempiternel, type menu de crise.
Le caviar de lump râpé aura possiblement le goût du pit-bull frittes, les raclures de truffes mayo, celui de la glace aux pigeons crevé, et le rat en papillote, celui du plateau de fromages fossiles.
Les populations condamnées à la poignée unique de mil ou de rutabaga, se disent peu intéressées par l’innovation.