L’héritage scientiste, un simulacre scientifique paranoïaque, prêt à tuer (1 )

Réductrice, violente, souvent corrompue, une hypnose morbide à l’opposé de l’intelligence collective requise et déjà à l’œuvre un peu partout aujourd’hui, que ce soit dans les domaines culturels, agricoles, politiques, sociétaux, et bien sûr, dans les domaines complexes de la santé, loin de « l’homme-de-bureau », produit précaire de la pyramide.

Trop marre.
Je saute d’un coup du bureau des peines et des douleurs, je cours à la porte, j’en arrache presque la poignée, je saute dans la clairière, quand… merde, le ballon.
Retour. Le ballon, un short, une gorgée de flotte !
Ça y est. Je suis né. Nez au vent, herbe fraîche, rai de lux dans l’œil gauche, l’espace, les copains. Personne. 
Putain, encore personne. 
Seul dans les bois. Toujours seul.
Sauf elle. A quelques pas. Fauve dans le fouillis des feuilles, elle n’a pas tremblé. Juste relevé la tête et les oreilles. Deux flèches tendues vers l’azur. Ses yeux fous bondissants braqués sur moi.
Malgré le boucan, non, elle n’a pas bougé. Deux petites têtes faufilées à ses côtés. Pelages mouchetés, regards interloqués.
Je suis une statue de sel. 
J’avais oublié que vous poussiez là. Vous aussi.

Deux parmi les maladies les plus mortelles auxquelles nous sommes confrontés, échappent fatalement à notre vigilance. L’ignorance et la peur panique. Nous n’aimons pas ignorer, mais Groucho Marx n’aurait pas dit pire, nous connaisons mal ce que nous ignorons précisément. Et je ne parle là que des éléments les plus vitaux. Par ailleurs, comme nous sommes rarement entraînés à avoir peur, non seulement nous ignorons très souvent les dangers les plus réels, mais de surcroit, nous paniquons à l’idée même d’avoir peur. Faut-il alors remédier sérieusement à ça ? Ou faut-il continuer à ignorer nos peurs ?

Pour la première fois dans l’histoire de la planète, l’espèce est confrontée presque en totalité à l’une des figures du mal les plus archétypales, un mal désigné aujourd’hui comme le mal, officiellement un mal non vivant si ce n’est manufacturé, si ce n’est logé dans notre intimité somatique la plus profonde, un mal surgissant telle une tragédie classique aux trois unités : en un lieu, en un temps, en une action. A y regarder de plus près, il n’est pourtant pas difficile de percevoir l’effet d’aubaine pour toutes sortes d’autre figures morbides déjà suspendues à l’aplomb de nos vies, ou déjà à l’œuvre dans nos fragilités anciennes, et dont les moins crédules ont parfaitement compris ce qui les lient tragiquement.

Inversant la formule de Voltaire, Bakounine, dans Dieu et l’Etat, proclame « Amoureux et jaloux de la liberté humaine, et la considérant comme la condition absolue de tout ce que nous adorons et respectons dans l’humanité, je retourne la phrase de Voltaire, et je dis : Si Dieu existait réellement, il faudrait s’en débarrasser. » 

Alors que ce Dieu annoncé comme unique, omnipotent, omniscient et bienfaiteur ne se pointait toujours pas dans le coin, les abominations génocidaires et guerrières prolongeant l’affirmation de Bakounine, et ensanglantant le vingtième siècle, ajoutèrent quelques copies supplémentaires dans le panel des dépendances humaines. 
Au-delà des deux tyrans les plus en vue, c’est tout un système de domination pyramidale et patriarcale qui, malgré les luttes et les conquêtes sociales, va néanmoins se renforcer dans la perpétuation d’une politique d’écrasement ou de contrôle permanent des classes populaires, accompagné d’une orgie guerrière prolongeant joyeusement le premier temps du dépeçage colonial alors quasiment achevé. Or, malgré deux boucheries mondiales apocalyptiques, ce même système en sortira finalement glorifié, revendiqué, aveugle, sourd et momentanément renforcé. 

Les sciences dures et leurs développements technologiques profitant inexorablement de cette accélération guerrière hautement financée, réaliseront alors un saut technologique sans précédant, rendant l’esclavage dans sa forme la plus visible, en partie obsolète.
Les sciences sociales et humaines, tout en opérant de nombreuses révolutions internes, cavaleront longtemps et péniblement derrière l’artillerie, la métallurgie, l’atome, le tourisme de masse, la conquête de l’espace, et pardessus tout, l’explosion de la chimie. Cette dernière, après les feux d’artifices de la guerre totale, sera recyclée dans la systématisation de l’agriculture intensive, de l’industrie, et dans la recherche dite médicale.

Bref, l’horizon des maîtres du monde au début du vingtième siècle, sentait le no limit perpétuel. Malgré l’industrialisation de la mort à laquelle la planète venait de s’adonner, malgré le fait que tout repartait sur les même fréquences, malgré l’énergie du Conseil national de la Résistance à penser et protéger par des dispositions précises, une vie à venir assumant enfin les fondamentaux d’une réelle construction démocratique, malgré Adorno et ses critiques radicales de cette répétition sans fin de fin du monde, si vous n’étiez pas relégué dans le camp des vaincus inutiles, le moindre poste international dans un des domaines de prédilection de ce système de dévoration militaire, industriel, politique et financier, vous permettait encore, pardonnez l’ellipse, de vous la péter grave sans risque. 

Etait-ce suffisant pour que le bon peuple vous acclame et vous adoube en divinité pour les siècles ou les millénaires à venir ? Staline et dans un tempo plus précaire, Hitler, touchèrent presque au but, mais ce qui fonctionne en permanence pour une déité-joker invisible et présentée comme unique, infinie et inusable, butte bêtement sur la caducité des prétendants mortels. Comme l’historien Jean Soler l’expose dans un essai au titre sobrement ironique « Qui est Dieu ? » l’exemplarité du modèle monothéiste dans un temps de pouvoirs ultra centralisés et quelle que soit l’idéologie qui les sous-tend, y compris athée, renforce, clone et caractérise les systèmes et les hommes ultra dominants. Lesquels perpétuent à leur tour cette accablante psyché pyramidale faite de soumission généralisée, de standardisation des cultures, d’affrontement des peuples et des individus, dans une compétition de tous contre tous, qui accroit sans fin les niveaux de souffrance et de paranoïa. 
Oscar Wilde résumera tout ça à la hache. « Dieu préfère les pauvres. C’est pourquoi il aide les riches ».

Dans cette danse démoniaque et sans pitié du vingtième siècle, une partie importante de la médecine fit mieux que s’en sortir, dévoilant lors du Troisième Reich, un de ses fonds de commerce les moins reluisants. Car il y a des racines historiques préexistantes à ce no limit dans la réification du vivant. Parmi les plus récentes, la vivisection industrielle, qui commence à la fin du 19e siècle, suivie et confortée au début du siècle suivant par la complicité d’une part importante du monde médical avec les idéologies eugénistes et raciales, en vogue croissante depuis l’explosion des conquêtes coloniales. Et pas seulement en Allemagne nazie (ou 50% des médecins étaient inscrit au Parti National Socialiste) mais également, dans des proportions et des dispositions sociales diverses, dans les pays scandinaves, le Royaume-Uni ou la France. 

« La dure leçon de l’holocauste, c’est qu’à chaque fois que les médecins unissent leurs forces avec le gouvernement et s’écartent de leur engagement clinique professionnel, la médecine humanitaire et bienveillante se transforme en un appareil meurtrier. (...) 

Ce qui distingue l’holocauste de tous les autres génocides de masse, est le rôle central joué par le système médical. L’ensemble du système à chaque étape du processus meurtrier a été approuvé par la médecine universitaire et professionnelle. (...) 

La pandémie de Covid 19 a révélé l’eugénisme des politiques de santé publique conduites en Europe de l’Ouest et aux USA (...) Les directives gouvernementales aux hôpitaux et aux EHPAD ont condamné à mort essentiellement les personnes âgées. En Europe et aux USA, les hôpitaux ont reçu l’ordre de ne pas traiter et de ne pas fournir de traitement médical, y compris l’oxygène, aux personnes âgées dans les EHPAD. »

Vera Sharav

Vera Sharav, enfant juive roumaine déportée à l’âge de trois ans en camp de concentration, rescapée de la Shoah, et aujourd’hui activiste infatigable en lutte contre les abus de la médecine, en particulier dans l’instrumentalisation des enfants par l’industrie pharmaceutique, nous rappelle dans un exposé puissant en compagnie de Reiner Fuellmich, combien la situation présente, s’inscrit dans l’héritage de ce fascisme absolu.
https://odysee.com/@LeFrexit:3/entretien-historique-entre-la-rescapée:d

Comme toutes les révolutions trahies, celle qu’initiaient les Lumières du 18e siècle, tentant de mettre en perspectives l’ensemble des manifestations du vivant avec la totalité des savoirs-être et des savoirs-faire déjà en œuvre ou à venir, tout en congédiant ou en reconsidérant les interprétations religieuses ou surnaturelles qui s’y rattachaient, semble avoir perdu aujourd’hui dans le pays qui les a vu éclairer le monde intellectuel, une partie de son aura et de son insolence. Serait-ce l’effet mécanique des lignes uniformes du jardin à la française ? Ou surtout le cercueil de plomb d’un pouvoir toujours aussi centralisé, manipulateur et compulsif, incapable d’investir le présent dans ses potentialités pourtant si riches et urgentes ?

La création depuis 1945 d’une classe moyenne soustraite à la précarité absolue du prolétariat du 19e siècle, en tout cas en termes de confort minimal de l’habitat (avec des sanitaires et davantage d’espace pour chacun), en termes de sécurité de l’emploi (jusqu’à la fin des Trente Glorieuses), connaissant enfin avec l’avènement d’une assurance maladie encore épargnée par la montée des pathologies nouvelles liées à la consommation de masse, de grands progrès en direction des plus fragiles, grâce à l’instauration du planning familial par exemple, ou le développement de la pédiatrie, toutes ces évolutions radicales oui, pouvaient donner l’illusion d’une flèche du temps filant droit vers un avenir social, si ce n’est radieux, en tout cas, prospère. 

Mais au socle de la pyramide et sous le vent de l’Histoire, on peut faire autant de jardinage que l'on veut, cette dernière ne bougera pas d’un iota. Et nous constatons une fois de plus dans ce bouleversement mondial que nous vivons aujourd’hui et qui affecte massivement les plus faibles, qu’il est temps de larguer celle-là dans le bac à sable. Qu’il est temps de faire enfin les très grands pas de côté vers la vie pleine, celle qui rend adulte, habile et libre. Et pas seulement soi-même, mais l’esprit du jour, celui qui habite ces forces juvéniles en particulier, qui demandent seulement qu'on leur laisse la place pour faire ce qu’il savent faire le mieux, voire large et autrement, conjuguer à bras le corps, et en partie sur d’autres modalités, la totalité des souffrances, des puissances et des possibles. 

La crise du pétrole, les crises financières, le début visible des désastres écologiques, la recrudescence des maladies liées à la sur-malbouffe et aux multiples pollutions, dont celles de l’agrochimie, la désindustrialisation française, la crise de confiance tous azimuts, la guerre du Golfe, la guerre au terrorisme, la décolonisation jamais achevée, la montée de l’extrême droite et celle de l’extrême pauvreté, et plus secrètement peut-être, la fin d’un enchantement précaire par dégrisements successifs, dont ce moment de bascule où les masques ignobles du pouvoir tombent clairement, tout cela montre ironiquement qu’après deux guerres mondiales et toutes sortes de révolutions sociales, nous sommes toujours dans un régime de survie.

L’être humain au-dessus du sol meuble qui se dérobe sous ses pas macadamisés, est-il pour autant le modèle, aujourd’hui numérisé, le mieux adapté, le moins soumis à l’obsolescence des programmes, des caprices et des plans de formatage de cette caste qu’on a sans-doute pas assez vu venir, si ce n’est Jacques Tati et sa déconstruction chorégraphique dans Play-time, et qu’on pourrait nommer tout bêtement l’homme-de-bureau ? Cette créature hybride incarnant sous les concentrations financières pharaoniques du temps, le seul et pire effet, d’un ruissellement prétendu.

Tout comme la société scientiste dans sa réduction multi-idéologique produit des chaises, des lampes et des téléphones de bureau - et là on n’a pas grand-chose à lui reprocher - elle produit de même par son injonction trompeuse à l’assise sociale définitive, des agents, des experts prétendus, des chroniqueurs cornaqués, des faux chercheurs, des lobbyistes, des journalistes à plateau, et bien sûr, ces prétendus fact-checkers et autres criminels de bureau en pagaille. Ce qui s’abat aujourd’hui sur toute pratique non encore normée, sur toute conscience libre, sur tout courage solidaire, sur toute jubilation indocile et généreuse, provient d’un monde qui en a fini avec la beauté et les risques fertiles du cheminement et qui ne valide rien qui n’ait déjà sa place obligée sur un de ses rayonnages aussi bouffis que poussiéreux.

A l’opposé de ce monde sans corps, sans corps vivant, la jeunesse évidemment, les marcheurs véritables, qu’ils soient réfugiés, poètes ou routards, les artistes du spectacle vivant, les actifs des métiers les plus physiques, aides soignantes, infirmières, personnels de ménage, nourrices, mamans esseulées, pompiers, métiers de la restauration, ouvriers du bâtiment, artisans, travailleuses du sexe, etc. et bien sûr une immense partie du monde rural, c’est dire dans cette liste totalement incomplète, au moins 70 % de la population française, voici des êtres qui ont encore un corps, ou plus exactement, pour reprendre l’assertion de Nietzsche, qui sont leur corps. Corps jouissants, corps souffrants, corps aujourd’hui menacés d’empoisonnement prétendument médical, menacés d’enfermement et de discrimination, menacés de tyrannie et de guerre civile, par une caste de fantômes sévissant littéralement à côté de leurs pompes.

Loin de ces bourreaucrates robotisés, des néo-ruraux et des fils et des filles d’agriculteurs par milliers, transforment chaque année en France des terrains agricoles conventionnels à la terre épuisée, si ce n’est morte, en futures exploitations d’agriculture biologique, voire de permaculture. La France, vissée à la manne de la PAC et de ses lobbies chimiques et qui était jusque-là, à la traîne en matière d’aide et de développement du monde bio, a rattrapé une grande part de son retard européen. Entre 2005 et 2020, le nombre d’exploitations a été multiplié par 5, ce qui est énorme. Entre 2019 et 2020, on est passé de 47.261 fermes biologiques à 53.255, soit une progression de 13 % ou la création de 5.994 fermes supplémentaires.

Le bio, acteur incontournable de la souveraineté alimentaire
https://www.agencebio.org/wp-content/uploads/2021/07/AGENCE-BIO-JUILLET2021-V08-interactif.pdf

Ce sursaut de vitalité du secteur le plus essentiel pour chaque pays en termes d’autonomie alimentaire, d’une extrême importance également si l’on admet enfin la catastrophe au long cours qu'incarne le mode intensif de l’agrochimie sur la qualité de l’eau douce et sur la santé des exploitants et des consommateurs, ce sursaut oui, concerne tout autant, dans un parallèle inéluctable, plusieurs secteurs de la médecine, qui, eux aussi, ont commencé, et certains depuis longtemps, à s’émanciper sérieusement de la tutelle chimique. Et pas que.

A suivre :
La médecine scientiste, cet impensé religieux fou de pouvoir et disposé au pire (2)
https://blogs.mediapart.fr/cham-baya/blog/210721/la-medecine-scientiste-cet-impense-religieux-fou-de-pouvoir-et-dispose-au-pire-2

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.