Poèmes pour le tyran. Et ses p’tits n'enfants

Le tyran est un Français moyen comme un autre.
 Mais lui veut le faire savoir à tout le monde !

Les tyrans rient aussi.
Certains, très souvent.
Car non, certes non 
le tyran n'aime pas qu'on le prenne pour un idiot.
D’ailleurs bien souvent, il rit le dernier. 
C'est que pardessus tout il ne supporte pas 
mais alors pas du tout, qu'on se marre derière lui.


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Semences


De géniaux petits clous ont été mis au point récemment par les magasins L'Enchanteur.
Ces lutins citoyens, comme on les nomme déjà, ont la propriété extraordinaire,
grâce à une technique d'aimantation ultra confidentielle, de se dresser naturellement
à la perpendiculaire de l'axe magnétique terrestre, autrement dit,
de se présenter automatiquement d'aplomb face au coup de marteau. 
Il est néanmoins conseillé au bricoleur du dimanche de s'entraîner
dans un endroit retiré,
les semences L'Enchanteur étant sensibles tout autant aux déplacements
des plaques tectoniques, le fabriquant ne peut en assurer l'immobilité absolue.


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Ah l'amour


Aujourd'hui j'ai croisé un type 
atrocement sympathique 
Je lui ai souri malgré tout 
et ça a eu l'air de le réveiller 
Et quand je suis reparti 
j'ai vu qu'il partait aussi 
l'œil sourieur 

J'étais tellement heureux 
que j'ai pas vu que c'était...
moi dans la glace du grand escalier ! 

Remarquez j'y suis pour rien 
c'est tellement rare un regard si perçant 
chez un type aussi distrait


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Jackpot

Je fais des affaires
des affaires 
et des affaires
et encore
et encore
et en or 
et en fer 
et en acier trempé
et en Suisse
et au Libéria
et au Luxembourg
et en catimini 
et en plein jour 
et à fond la caisse
j’arrête pas j’vous dis 
c’est magique
même quand je roupille
le jackpot continue sa culbute d’Ali Baba !
Et ça me fait tellement rire
et ça m’fait tellement jouir
que ça m’réveille hélas
au milieu de mon plus méchant cauchemar
celui où j’rêve que je rêve plus
ce rêve imbécile où je me lève en sursaut
entouré de crève la faim
gloussant de toutes leurs dents d’acier 
trempées du sang de la City 
du sang du Libéria
du sang de Moscou
du sang de Shanghai
ou du sang de Wall Street
qu’est-ce que je sais moi
alors j’me lève d’un bond
qu’est-ce que vous croyez
comme tout le monde
pour aller pisser
et souvent j’reste là 
à attendre que ça vienne oui
Quand on a tant de responsabilité
c’est dur de laisser tomber
Parfois j’m’endors pour de bon
sur le trône fatalement
avec des rêves de grandeurs mathématiques 
Faut dire que ma femme a fait mettre des œillères
de chaque côté de la lunette
pour pas tomber plus bas 
et tout en ronflant 
je pousse 
et je pousse
mais ça vient pas
non ça vient pas 
alors je calcule 
et je calcule encore
et c’est l’angoisse
la détresse du bizness man
le tourment des gourmands
je calcule géométriquement oui
de la vessie à l’ampoule blafarde
des bourses à la chute de reins
et je calcule désespérément

Petite
ou grosse commission ?




Ⓒ  Poèmes pour le chat et la souris

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