Poèmes contre le tyran et son tirant d'eau

Le tyran nous mène en bateau. Même quand il se tire, il nous promet de la place. En cale sèche. Même quand il coule avec ses crocodiles, il pleure de rire. Parfois, quelques énormes hippopotames surgissent des flots...



Or

Dis-moi quelque chose que je ne connais pas
dis-moi quelque chose que je n'attends pas
dis-moi cette chose qui nous manque plus que l'or
et que ne trouveras jamais Cortez 
quand je fermerai la lumière
dis-moi ce que tu as trouvé là-bas 
au fond de la nuit
et qui fait briller tes dents



L'île déserte


Non je n'irai pas sur l'île déserte
avec mon cœur de confiture à la fraise 
le livre 
et le disque 
et la femme de l'île déserte 
non madame barquette j'irai pas !
vu que j'ai bien trop faim 
trop vingt ans 
le frisson jaune tout dedans
et les faux de la mort entre les dents 
N'insistez pas mauvaise mer !
j'irai pas 
j'ai trop à faire
six sirènes à dévorer
la pampa la selva et les côtes de corail 
et leurs musiques chavirées qui valent bien des funérailles
Partez tout seuls mauvais crachins !
je cours ici même
faire la noce chez les voisins 
dix secondes avec le courrier 
et cent ans avec les mains
et parler à la lune avec une Chinoise !
La lune habite sur mon palier 
elle porte une mini noire 
par pitié 
et quand l'escalier ouvre sa gueule du soir 
elle ferme la lumière et nous tire la langue 
Sur l'île déserte j'irai jamais !

Et je m'en vais rester là 
dévorer encore et encore
quelques millions d'instants 
Sa bouche c'est de l'eau de chamelle 
sa langue c'est un caramel 
une papaye gazeuse 
avec des ailes



La peau


La poésie
la poézizi
la poézizique 
ah la peau
l’appeau de la poésie
est zygomatique 
ou n'est pas
Non la poésie n'est pas sérieuse
ni tragique 
ni grave à mourir
mais palpitante !
La poésie est un cœur de requin dans son havre exquis
la poésie n'est pas dans la gorge
n'est pas dans le ventre
n'est pas dans le nez
ni même particulièrement au Népal
et jamais au palais
mais au parloir 
au parloir de la peau oui
au parloir de toute la peau
enfermée
contrôlée
bâillonnée
La poésie est une bestiole entre les barreaux
libre comme l’eau 
jamais dans les zoos
la poésie est comme le jazz
la poésie n’est pas de la poésie
le jazz est comme les requins baleine
le jazz n’est pas du jazz
et le cœur du requin baleine 
n’est pas du requin-baleine
mais du sel 
qui frétille



Ⓒ  Poèmes pour le chat et la souris

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