Depuis des mois, Claude Barbier multiplie les conférences et les déclarations fracassantes pour annoncer qu’il va enfin faire connaître la vérité sur le « mythe » des Glières, ce plateau haut-savoyard qui n’aurait connu aucune « bataille » en 1944. Aujourd’hui, soixante-dix ans après les faits, un livre tiré de sa thèse est sorti de presse. Il apporte bien des informations utiles et des analyses, parfois discutables ; mais cela n’a rien à voir, décidément, avec le chambardement qui devait surgir.

 Beaucoup de dégâts dans l’espace public

Les propos de Claude Barbier dans la presse ont annoncé de fracassantes révélations. Un « mythe » allait véritablement s’écrouler. On allait enfin apprendre la vérité vraie sur les faits survenus sur le plateau des Glières. Par exemple que les hommes qui s’y trouvaient entre février et mars 1944 n’y étaient d’abord montés que pour se cacher (sic), comme il l’a affirmé en septembre 2012 dans le quotidien suisse Le Temps : « On a dit que c’était pour recevoir des parachutages d’armes par les Alliés que le maquis s’est formé, c’est faux, la raison première pour laquelle on a rejoint Glières, c’est pour échapper au STO et se cacher. » [1]

Ainsi, depuis novembre 2011 et la soutenance de sa thèse, Claude Barbier s’est fait l’auteur de déclarations à l’emporte-pièce de part et d’autre de la frontière franco-suisse. Citons par exemple le cas de La voix des Allobroges du 2 janvier 2012 [2], dans laquelle un rédacteur annonce que « le combat sans merci des Glières est une pure invention, qui a été bien utile pour alimenter le mythe de la résistance française en fabriquant une mémoire qui n’a que peu à voir avec l’histoire. Ce que lâche notre invité du jour, Claude Barbier, relève ainsi de la bombe mémorielle. Une déflagration qui remettrait l’histoire à sa place ». Un peu plus loin, c’est Barbier lui-même qui s’en explique en ces termes : ayant été « contredit sur des choses pour lesquelles j’étais plus compétent que les gens qui me critiquaient, j’ai voulu sortir de là par le haut, d’où l’idée de faire une thèse, en cherchant à avoir le meilleur directeur qui soit. Le plus loin possible de la Haute-Savoie. » Il précise encore, par une drôle de formule, avoir trouvé ce directeur de thèse, en l’occurrence « un prof de Normal Sup qui fait partie de la belle aristocratie intellectuelle française » [3].

Aujourd’hui, avec la sortie du livre Le maquis de Glières. Mythe et réalité [4], qui a obtenu un label du Ministère de la Défense, Claude Barbier est plus présent que jamais dans l’espace public et médiatique en revendiquant une méthode historique et de l’objectivité : « J'établis les faits », s’exclame-t-il ; tout en admettant aussi qu’un « certain discours mémoriel des événements des Glières ne peut être qu'affecté » ; mais il ne pense pas remettre « en cause le caractère valeureux » des maquisards. Ainsi, comme le précise l’auteur de cet article de L’Essor savoyard du 20 février 2014, « [Claude Barbier étaye son travail] par des archives (françaises bien sûr, mais aussi britanniques, américaines, suisses et allemandes) et des recherches dont il vante la minutie et la rigueur. S'il ne veut pas tomber dans le jeu de la polémique, [il] se défend. Et plaide pour une démarche visant à s'éloigner de « la trame légendaire » de Glières et à favoriser la stricte objectivité au détriment « d'une lecture plus encline à privilégier la mémoire que l'histoire. » En bref, résume-t-il, il s'est borné à décortiquer des faits, en les dépouillant du mythe qui les entoure. » [5]

Claude Barbier a déclaré en son temps vouloir « sortir de là par le haut ». Pourtant, pris dans le vertige d’un soixante-dixième anniversaire des événements, il est tombé plus bas qu’il l’annonçait en publiant un autre livre quelques semaines avant celui sur les Glières. Nous avons déjà consacré un billet à cet ouvrage relativiste et peu éclairant consacré au village d’Habère-Lullin. Il y attribue la même qualification de « crime de guerre » à deux événements dramatiques, mais foncièrement différents : un massacre nazi contre des civils pour semer la terreur un soir d’après-Noël et une exécution de policiers ou militaires allemands et nazis dans le contexte incertain des journées de la Libération de la région. En outre, dans cet ouvrage sur Habère-Lullin, l’auteur multiplie accusations et mauvais procès à l’encontre de la Résistance [6].

Voilà pour un arrière-fond dont il est difficile de ne pas tenir compte, les actes publics et éditoriaux de l’auteur étant tous explicitement accomplis en mettant en exergue son titre académique récemment obtenu.

 

Prudence et minimisation dans l’ouvrage

Examinons maintenant ce livre sur les Glières. Il contient de nombreuses informations et reconstructions, appuyées comme il se doit par de non moins nombreuses références. C’est un travail de recherche. Mais il apparaît très vite qu’aussi bien son ton que ses contenus se situent en retrait des déclarations publiques antérieures de son auteur. Par ailleurs, en termes de mise à jour factuelle de certaines exagérations narratives, le lecteur averti n’y découvrira pas vraiment grand-chose qui n’ait pas été déjà établi par d’autres chercheurs que l’auteur ne prend pas tous en compte [7].

Une lecture plus attentive est alors nécessaire pour aboutir à un autre constat : un recours aux archives, mais aussi parfois à des témoignages, permet à ce livre de fournir une série d’informations sur l’histoire de l’organisation et de la vie quotidienne des hommes du maquis sur le Plateau et de restituer effectivement de nombreuses données factuelles. Toutefois, leur présentation paraît parfois biaisée ou discutable. C’est le cas par exemple à propos des motivations des maquisards montés sur le Plateau (pp. 140-147), l’auteur affirmant sans vraiment convaincre qu’une fonction de refuge aurait d’abord prévalu. Il minimise également l’engagement et la prise de risque des résistants dans les semaines précédant le 26 mars 1944 en invoquant le manque d’équipement et de motivation de leurs adversaires (pp. 360-361) ; il parle de « répressions », au pluriel, intégrant potentiellement les faits de l’épuration pour induire des propos relativistes n’ayant aucune pertinence. Ainsi évoque-t-il (pp. 302-310) la répression des « réprimants » avant même d’avoir établi un bilan des victimes du maquis des Glières. Il reste cependant relativement prudent. Ainsi, sur les raisons qui ont poussé les maquisards à rejoindre le Plateau, il se montre quand même moins catégorique que dans la presse suisse, mentionnant à la fois le fait de se cacher et celui de recevoir des armes (p. 363). Cela dit, dès qu’il le peut, il s’efforce de réduire la valeur de l’action des maquisards : « Cette affaire de Glières ne prépara pas – ô combien non ! – la libération du département » (p. 316) ; elle n’a pas fait comprendre aux alliés qu’il fallait armer la Résistance (p. 332) ; etc. Il y a donc bien une dimension de parti-pris dans cet ouvrage au-delà de tout ce dont il nous informe.

 

Mythe et réalité : une question peu traitée

Ce qu’il nous faut souligner, par ailleurs, c’est que cette étude ne tient pas les promesses de son sous-titre, les notions de « mythe » et de « réalité » ne pouvant se traiter au seul prisme de données factuelles, sans une réflexion sérieuse sur la dynamiques et les fonctions dudit mythe, sans en établir une description critique à partir de sources orales qui donnent accès à ceux qui l’ont produit ; et en passant trop rapidement sur une évolution des mémoires qui ne saurait par ailleurs se résumer à cette « gangue mémorielle » (sic) dont il est question dans l’introduction, l’auteur prétendant en avoir dépouillé « ce drame […] en privilégiant toujours la rigueur des faits » (p. 19).

L’ouvrage évoque en tout cas de manière bien rapide la construction immédiate et dans la durée des souvenirs et des mémoires, seules quelques pages portant sur les dernières décennies. « Les faits, seulement les faits », et loin de la « gangue mémorielle », nous dit en substance Claude Barbier, ce dernier terme étant particulièrement malvenu et révélateur de l’état d’esprit de son auteur. Mais alors, comment est-il possible d’examiner sérieusement les notions de « mythe et réalité » si ces récits d’épopée de l’histoire-mémoire ne sont pas finement restitués, sans les stigmatiser a priori, en les situant dans la pleine complexité de leurs fonctions symboliques et de reconnaissance ? Comment déconstruire un prétendu mythe sans le donner sérieusement à voir dans toutes ses composantes et dans toute sa complexité ? Et comment le mettre à distance, l’interroger avec rigueur, en considérant en même temps l’impérieuse nécessité pour les acteurs qui sont sensés s’y référer de préserver le souvenir de ce qui a été accompli et celui de leurs camarades disparus, en particulier dans le contexte inquiet de la disparition annoncée des témoins ?

En outre, suffit-il vraiment en histoire d’en appeler à la « rigueur des faits » ? Ce n’est pas si simple et ce n’est pas suffisant. Lucien Febvre avait rejeté en son temps l’idée qu’il ne puisse y avoir d’histoire que basée sur des documents ou des événements. Il défendait le point de vue qu’il y avait d’autres moyens pour la connaître : « Tous ceux qui s’en occupent le savent, tous ceux qui s’ingénient non pas à transcrire du document mais à reconstituer du passé avec tout un jeu de disciplines convergentes s’appuyant, s’étayant, se suppléant l’une l’autre ; et votre devoir d’historien, c’est précisément de soutenir leur effort, de le décrire, de le promouvoir le plus possible. » [8] Ainsi, l’histoire de la Résistance, dans sa singularité, requiert une pluralité d’outils et de niveaux de lecture, notamment pour l’analyse de ce que les survivants ont dit ou écrit de leur expérience afin de rendre justice aux sacrifiés et de se faire comprendre.

Claude Barbier parvient sans doute à rendre compte de ses recherches en archives, mais il ne réussit guère à les mettre en perspective, ni à leur donner du sens, pris lui-même dans le déploiement idéologique d’une contre-mémoire qui brouille notre rapport critique au passé. Cela l’empêche de prendre suffisamment en compte la parole des acteurs résistants. Et ce n’est pas une référence brève et assez superficielle aux réflexions de Paul Veyne sur les mythes en toute fin de volume (p. 363) qui peut lui suffire pour traiter sérieusement cette problématique. En outre, l’auteur ne rend pas complètement justice à la dimension de réalité du récit-épopée de la première époque, soit le fait, en amont de l’échec du 26 mars 1944, d’avoir effectivement investi le Plateau des Glières et de l’avoir défendu pendant quelques semaines dans l’attente d’autres parachutages. Quant à la forte valeur symbolique de ce qui a été accompli aux Glières, et à sa signification au-delà des faits et après eux, il passe forcément à côté.

 

L’histoire et la mémoire des Glières se réaffirment

Ce livre de Claude Barbier sur le maquis des Glières [9] est contestable à un autre niveau encore. En effet, ceux-là mêmes qu’il nous présente comme les « gardiens » d’une prétendue mystification ne sont pas aussi mal placés qu’il le laisse entendre en matière de développement d’une histoire-mémoire rigoureuse. En effet, les récits épiques de l’immédiat après-guerre, nourris qu’ils ont été, dès le moment des faits, par l’expression de la guerre psychologique et radiophonique, ont été désormais mis à distance, sans les dépouiller pour autant de leurs fonctions symbolique et civique, par les milieux qui défendent cette mémoire. Nous en voulons pour preuve la récente réédition, en cette année commémorative, du bel ouvrage des rescapés de 1946 : « Dans le cadre de ce 70e anniversaire, l’Association des Glières qui œuvre avec ferveur et fidélité pour la mémoire et la transmission du patrimoine des Glières, réédite le livre écrit dès 1946 par les rescapés des Glières alors sous le titre : « Glières Haute-Savoie 31 janvier-26 mars 1944 » et sous-titré « Première bataille de la Résistance » [10]. Pour cette réédition qui comprend une préface du grand témoin et historien Jean-Louis Crémieux-Brilhac, ainsi qu’une postface de l’historien Jean-Marie Guillon, un autre titre a été choisi dont l’énoncé est significatif : Vivre libre ou mourir. Plateau des Glières Haute-Savoie 1944 [11]. L’ouvrage comprend des parties en papier blanc rédigées dans le contexte de ce soixante-dixième anniversaire et une partie en papier ivoire qui reproduit le texte original. Son appareil critique rend également compte de l’évolution de la manière dont l’Association des Glières présente les faits et leur signification, en tenant compte des travaux des historiens. Quant à la stimulante postface de Jean-Marie Guillon, elle exprime fort bien ce qu’est le travail de l’histoire en termes de critique des sources, d’interaction entre histoire et mémoires, et surtout de construction d’une intelligibilité du passé dans toute sa profondeur et dans toute sa complexité :

« La tâche de l’historien est de restituer les événements passés, dans toutes leurs dimensions, de compléter grâce à des sources nouvelles des versions antérieures ou de les rectifier si erreurs il y a eu, mais elle est surtout de comprendre et faire comprendre. Il est nécessaire de rétablir, par exemple, la réalité des chiffres, en général erronés, souvent excessifs, qui ont été diffusés pour soulever la colère ou l’enthousiasme, pour des raisons de propagande, et qui ont été rarement rectifiés par la suite. Il est normal de restituer les événements et de les ramener à des dimensions plus modestes quand il y a lieu. Mais faire de l’histoire n’est pas collecter les « faits », sans se demander ce qu’est un fait, sans s’interroger sur les niveaux de perception, sur les motivations et les grilles de lecture des divers acteurs ou commentateurs, sans questionner toutes les sources, y compris celles qui paraissent les plus « objectives » (notamment lorsqu’elles sont fabriquées sur le champ avec des intentions qu’il faut percer, des rédacteurs et des destinataires dont il faut connaître les calculs ou les responsabilités).

On en revient toujours à Marc Bloch qui relevait que, « longtemps, l’historien a passé pour une manière de juge des Enfers, chargé de distribuer aux héros morts éloge ou blâme », or, « à force de juger, on finit presque fatalement, par perdre jusqu’au goût d’expliquer ». Marc Bloch a été l’un des premiers à s’intéresser aux rumeurs de guerre dont il était le témoin alors qu’il se trouvait sur le front entre 1914 et 1918. Il en a repéré les ressorts et en a cherché le sens. La réalité de la guerre, des combats, les motivations des poilus, leurs attitudes ne sont pas pour autant disqualifiées par ces « légendes de guerre ». En repérant et « déconstruisant », Marc Bloch cherchait avant tout à éclairer la psychologie, les  sentiments, les croyances des combattants. À sa suite, le travail historique considère les récits, légendaires ou non, comme un matériel, une source dont il doit faire, comme pour toutes les sources, l’analyse critique. » [12]

Volonté d’expliquer, tentative de comprendre, mais sans manquer non plus de rester à l’écoute des acteurs ; capacité aussi de s’en tenir simultanément à différents niveaux de lecture : ce sont bien là, en effet, quelques-unes des conditions qui permettent de faire véritablement de l’histoire.

 

L’oubli de la complexité

Mais revenons au livre de Claude Barbier. Au-delà des polémiques qu’il provoque dans l’espace public, et des outrances de l’opération contre-mémorielle concernant Habère-Lullin, ce travail passe à côté d’une analyse critique un tant soit peu argumentée de la notion de mythe, de ses usages et de ses fonctions. Et il nous en dit finalement très peu sur cette mémoire qu’il voue par principe aux gémonies. Par ailleurs, les limites de cet ouvrage sur les Glières s’inscrivent sans doute aussi dans deux postures historiographiques qu’il y aurait lieu de discuter

La première se caractérise par le fait de considérer l’histoire de la Résistance dans une acception restreinte, limitée à la seule dimension strictement organisationnelle. François Marcot, dans un article récent, montre pourtant l’intérêt d’une approche qui soit davantage attentive à la complexité des faits et des engagements. Il a « proposé une conception globale de la Résistance formée de deux cercles concentriques, aux limites floues : une Résistance-organisation, qui ne comprend de toute évidence qu’une toute petite minorité, et une Résistance-mouvement sociale qui l’englobe » [13]. Cette conception permet de prendre en compte le rôle de tous les acteurs dans la complexité de leurs postures ; et surtout de traiter plus finement la question des liens « multiples et complexes » entre « la Résistance et la population ».

La seconde consiste à négliger par principe l’apport des témoignages au profit des seuls documents d’archives, même si ces derniers comprennent aussi des dépositions de témoins dont il faudrait interroger les conditions de production. L’idée n’est pas ici de se référer seulement aux témoignages ; mais l’étude d’un mouvement clandestin et de ses liens avec la population ne saurait se passer de la complémentarité et du croisement de ces deux types de sources. Certes, l’usage critique des témoignages, leur analyse et les critères de choix des acteurs à inclure dans l’enquête posent a priori des problèmes complexes. Mais il n’en reste pas moins, souligne Laurent Douzou, « qu’une histoire de la Résistance a été écrite et tissée à partir d’une trame établie par les efforts conjugués (sinon toujours convergents) des acteurs et des historiens. Nul ne pourra à l’avenir écrire sans faire fond, d’une manière ou d’une autre, sur ce legs et sans réfléchir à ses multiples implications ». Certes, ajoute-t-il, une « conscience critique aigüe » s’est imposée aux historiens et est sans doute « salutaire. Non point tant en raison de la défiance dont elle est porteuse à l’endroit d’une dimension légendaire […] indissociable de la nature même de cette histoire singulière. Mais bien plutôt en ce qu’elle permet justement de faire toute leur place à de fortes représentations qui expliquent, pour une bonne part, que des femmes et des hommes aient pu mettre leur vie dans la balance sans autre espoir que de la faire pencher du côté de fortes valeurs éthiques ». [14]

 

Un enjeu pour l’enseignement de l’histoire

Cette problématique de l’histoire de la Résistance en Haute-Savoie et la critique sans concession de son dénigrement, et surtout du dénigrement de sa mémoire, constituent des enjeux majeurs pour la transmission de cette mémoire, de son histoire et de son intelligibilité auprès des jeunes générations à venir qui n’auront pas l’occasion d’entendre directement la parole des témoins et des acteurs. Comme pour tous les faits traumatiques du passé, cet enseignement autour de la Résistance se doit d’éviter deux écueils majeurs, soit aussi bien la sacralisation des faits et de leur signification que leur banalisation, dont le dénigrement est un avatar. Qu’en est-il donc finalement de ces deux ouvrages qui viennent d’être publiés dans le contexte d’un soixante-dixième anniversaire et qui évoquent ce qui est survenu au Plateau des Glières début 1944 ? Celui de l’Association des Glières, qui rend un juste hommage à l’action des hommes qui ont risqué ou perdu leur vie pour la liberté, évite la sacralisation en mettant en perspective, par un appareil critique de qualité, un beau texte des rescapés publié en 1946 ; en revanche, celui de Claude Barbier, davantage par omission que de manière frontale, et quels que soient par ailleurs ses apports, n’évite pas l’écueil d’un forme de dénigrement de la mémoire des acteurs en négligeant de faire ce pas de côté qui devrait permettre à l’historien de porter un regard dense sur le passé et d’exercer pleinement sa fonction critique.

Charles Heimberg (Genève)

 


[1] Le Temps, 14 septembre 2012. Cet article faisait suite à une conférence donnée par Claude Barbier à la Société militaire de Genève le 4 septembre précédent.

[2] http://www.lavoixdesallobroges.org/histoire/461-itw-claude-barbier-sur-le-mythe-de-glieres, consulté le 14 mars 2014.

[3] Il s’agit d’Olivier Wieviorka, un chercheur qui a lui-même écrit, dans son dernier livre (Histoire de la Résistance 1940-1945, Paris, Perrin, 2013), en référence explicite à la thèse de Claude Barbier, que les maquisards des Glières y étaient montés pour se « réfugier » (p. 347) et qu’il n’y avait pas eu de « bataille » aux Glières (p. 351).

[4] Paris, Perrin, 2014. Il est à noter que le titre de la thèse de Claude Barbier, Des « événements de Haute-Savoie » à Glières, mars 1943-mai 1944 : action et répression du maquis savoyard, n’évoque pas les notions de « mythe » et réalité », contrairement à l’ouvrage.

[5] http://www.lessorsavoyard.fr/Actualite/Annecy/2014/02/26/article_glieres_le_retour_de_la_polemique.shtml, consulté le 14 mars 2014.

[6] Voir sur ce blog : « Brouillage mémoriel sur la Haute-Savoie » http://blogs.mediapart.fr/blog/charles-heimberg/220114/brouillage-memoriel-sur-la-haute-savoie, consulté le 14 mars 2014.

[7] Voir notamment Alain Dalotel, Le maquis des Glières, Paris, Plon, 1992 ; Jean-Louis Crémieux-Brilhac, La bataille des Glières et la guerre psychologique. Glières - février-mars 1944, Annecy, Association des Glières, 2004 (réédition d’un article paru en 1975 dans la Revue d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, avec une préface et une postface de Jacques Golliet ; Gil Emprin, « Les associations d’anciens résistants et l’écriture de l’Histoire : Glières, une historiographie sous tutelle ? », in Laurent Douzou (dir.), Faire l’histoire de la Résistance, Rennes, PUR, 2008, pp. 187-199 ; Marina Guichard-Croset, La construction d’une mémoire collective de la Résistance en Haute-Savoie : les Glières, thèse de doctorat, Saint-Étienne, Université de Saint-Étienne, 2011.  

[8] Lucien Febvre, « Combats pour l’histoire », in Vivre l’histoire, Paris, Robert Laffont- Bouquins, 2009 (édition originale 1953), pp. 64-65.

[9] L’auteur écrit « de Glières », mais cela ne change rien au fond du problème contrairement à ce qu’il prétend sur un ton sentencieux.

[10] Citation tirée du dossier de presse Glières, un patrimoine pour la Haute-Savoie et pour la France présentant en février 2014 cette réédition de l’ouvrage de 1946.

[11] Diffusion : Montmélian, La Fontaine de Siloé, 2014.

[12] Jean-Marie Guillon, « De l’histoire de la Résistance à l’histoire des Glières. La Résistance dans la mémoire collective », in Vivre libre ou mourir…, op. cit., pp. 209-237, 219-220 pour la citation. L’auteur tire les propos de Marc Bloch de son ouvrage Apologie pour l’histoire ou métier d’historien, Paris, Armand Colin, Cahiers des Annales, 4e édition de ce texte publié à titre posthume, 1960, p. 70.

[13] François Marcot, « Comment écrire l’histoire de la Résistance ? », Le Débat, Paris, Gallimard, n° 177, 2013/5, pp. 173-185, 174 pour la citation.

[14] Laurent Douzou, La Résistance française : une histoire périlleuse, Paris, Seuil, points-histoire, 2005, pp. 284 et 286. Voir aussi Pierre Laborie, « Acteurs et témoins dans l’écriture de l’histoire de la Résistance, in Laurent Douzou (dir), Faire l’histoire…, op. cit, pp. 81-94.

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