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Billet de blog 5 avr. 2020

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Pandémie et panafricanisme régressif.

Pendant que l'île de Cuba exporte ses médecins au chevet du vieux continent, que la Chine secourt à tout va la planète entière, que la Russie se montre solidaire comme elle le peut...quelques voix africaines, et non les moindres, ont enfin trouvé le moyen de parler de l'Afrique: elles crient au racisme. Sacrée découverte ! Sacrée avancée! Sacré pragmatisme!

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Faits têtus

L'Afrique représente 0,5% du marché pharmaceutique mondial. Une telle réalité est lourde de conséquences diverses et variées. Et, dans le même temps, l'OMS nous apprend que 42% des  faux médicaments qui lui ont été signalés entre 2013 et 2017 provenaient d'Afrique sub-saharienne. Le trafic de faux médicaments entraîne, toujours selon l'OMS, 100.000 morts par an en Afrique. 

L'UNICEF, pour sa part, nous apprend qu'en 2016,  25% des enfants morts (la quasi-totalité en Afrique) avant d'avoir cinq ans souffraient de  pneumonie, de rougeole ou de diarrhées. Certaines de ces pathologies et bien d'autres comme la diphtérie, l'hépatite B, la coqueluche, la poliomyélite, le tétanos peuvent être évitées grâce à la vaccination. Les campagnes et actions de l'UNICEF pour la vaccination dans le monde sont considérables.

Mais voici qu'un ancien footballeur africain, ancien ambassadeur de l'UNICEF, adulé par tout un continent, ose donc traiter deux scientifiques Français qui opinaient sur un vaccin test en Afrique de : ''Fils de p… Vous n’êtes que de la MERDE. N’est-ce pas, l’Afrique est vôtre terrain de jeu…''.  On se demande à quoi cet ancien ambassadeur de l'UNICEF vivant en Occident joue? Comment l'UNICEF a t-il pu choisir un tel personnage? 

L'industrie du vaccin est une industrie de pointe fondée sur la recherche.  Elle exige des investissements considérables. L'Afrique n'en est pas là. Mais, elle en a besoin de ces vaccins. Et comme elle n’en produit pas, la première des choses qu'elle peut commencer à apprendre à sa jeunesse, c'est le respect et la confiance en la science. Respect envers les hommes de sciences. De ce respect, naît la curiosité et le goût d'apprendre....Or, dans la campagne prétendument anti-raciste à laquelle on assiste, c'est mépris de l'autre et défiance envers la science.

Car, il n'est pas besoin d'attendre deux "bons blancs" sur une Chaîne de télévision pour rentrer dans une noire colère, une indignation salvatrice. En se baladant dans les rues et marchés de Yaoundé, Lomé, Abidjan, Lagos Dakar, etc il n'est pas difficile de tomber sur des tracts de faux Dr en médecine qui affirment soigner: Impuissance sexuelle, Insuffisance rénale, Sida, Syphilis, Tuberculose, Paludisme, Hépatites, AVC...Silence total de nos Indignés, de nos "Indigènes", nos Antiracistes, Nos Stars, Nos déontologues. Silence au sujet des malam (terme  très répandu au Cameroun ces bons sorciers-guérisseurs qui soignent tous les maux de la terre).

Il y a quelques années, et c'est sans doute toujours le cas,  on pouvait entendre à la radio, à la télévision,  dans certains pays africains, des publicités vantant les services d'untel charlatan, auto-proclamé tradi-patricien, affirmant soigner toutes les maladies du monde. En administrant des concoctions en tout genre. Qui  pour bondir? En tout cas, aucun panafricaniste pour s'indigner. Et pourtant, s'il y a bien un mal qui frappe directement les populations locales, c'est leur abandon aux charlatans, aux faux docteurs, aux faux médicaments, aux thérapies divines, à la non science triomphante. En Afrique de l'Ouest et Centrale,  le trafic des faux médicaments est d'ailleurs plus lucratif que les stupéfiants.

Lorsque deux Professeurs de Médecine "s’intéressent" à l'Afrique, dans le cadre d'une étude, d'un vaccin-test: d'abord, il faut leur rendre hommage. Ensuite, il faut que les citoyens ne soient pas à la merci des firmes pharmaceutiques. Il revient donc aux Etats de protéger autant que faire se peut leues citoyens. Mais là réalité de certains Africains est tel que le citoyen est lui-même face à son sort, c'est un véritable cobaye, et pour les malam, et pour les firmes étrangères. Ce n'est pas les cris de quelques émotifs perchés en Occident qui changeront la donne....Enfin, les scientifiques locaux doivent être associés à toutes ces études...

L'Afrique, cobaye du monde ?

Une pétition circule déjà en ligne. Son but affiché est "de protéger la population Africaine, qui, par manque de moyens médicaux et d’informations pourraient se ruer sur ce nouveau « vaccin » dont personne ne connaît les effets indésirables."  

N'est-ce pas là une plaisanterie grotesque?  Il ne s'agit pas d'un nouveau vaccin. Et la "population Africaine" n'a pas attendu les Pr Locht et Mira, pour se ruer sur des thérapies extravagantes, des médicaments non connus ou connus, ayant pour effet : la mort. Les menaces immédiates qui pèsent sur la "population Africaine" ce ne sont pas les supposés racistes Locht-Mira.

Alors, admettons même que Locht-Mira soient des racistes patentés, ne mériteraient-ils pas une savante indifférence des élites africaines?  La Chine, elle aussi a été victime de racisme de la part de l'Occident. Trump a même parlé de "virus chinois". Heureusement, cette Chine a d'autres chats à fouetter que de mobiliser sa masse pour des pétitions à la con....Pendant que l'Occident déversait donc ses préjugés racistes au début ou au pic de l'épidémie à Wuhan, la Chine se faisait construire un hôpital en dix jours. Ses chercheurs ont travaillé d'arrache-pied. Sa population confinée ne se biberonnait pas aux chaines occidentales.

Lorsqu'on lit sur les réseaux sociaux des affiches sympathiques du style l'Afrique n'est pas un cobaye, je dois admettre que c'est assez juste. L'Afrique, c'est toute une jungle...Et un cobaye dans la jungle, ça se fait bouffer tout cru. Alors, ce n'est pas parce qu'on déclame que l'Afrique n'est pas un cobaye, qu'on affirme son humanité pleine et entière.

Les "bourgeois africains", locaux ou exilés, avec leur "antiracisme" qui suinte lui-même le racisme et leur "panafricanisme" qui ne respire que l'anti-occidentalisme tout en sentant à plein nez l'occidentalisme, sont un frein redoutable à l'émancipation réelle des masses, au développement de la pensée critique, à la discipline, à l'organisation. Il y a quelque chose de bordélique, de pathétique.....de régressif dans leur combat, leur sortie, leur posture, leur vocabulaire, leur ambition : je ne m'y reconnais pas. 

Evidemment, le seul reproche que l'on pourra balancer à ma figure est sans doute: tu n'es qu'un nègre de maison, un bounty, un vendu...Que répondre alors? Pitié pour mes détracteurs! 

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