Ingérence? Parlons-en. Allô Paris!

L'éthique de la réciprocité enseigne une chose toute simple: "ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse ". Principe universellement admis, que l'on retrouve aussi bien dans le Christianisme, le Boudhisme, l'Islam, le Judaïsme, l'Animisme, Hindouisme, y compris chez nous les athées. Mais la France, pays universaliste, semble étrangère à cette règle d'or élémentaire.

Jean Yves Le Drian s'était cru à la cour du roi Pétaud, lorsque sur un plateau télé, il avait donné son avis de coquin sur les résultats de l'élection présidentielle de décembre 2018 en République Démocratique du Congo. Il avait remis en cause des résultats proclamés par la seule autorité constitutionnelle habilitée à le faire, dans ce pays de plus de 80 millions d'habitants, la CENI.

Dans un pays aussi déchiré que la RDC, une telle prise de position ne fut pas simplement une ingérence , mais ce fut une participation active aux multiples guerres que connaît ce pays. Jean Yves Le Drian ne faisait pas que "s'ingérer",  il portait un coup supplémentaire et inutile à l'autorité étatique de la RDC. Or, tout observateur, même lointain de ce pays, peut constater que l'un des drames de la RDC, comme de la plupart des Etats africains, repose précisément sur la faiblesse intrinsèque et extrinsèque de l'Etat. 

Le Congo-Kinshasa est un pays tiraillé de part et d'autres par les chefs de guerre locaux, les intérêts géostratégiques des Etats voisins et très lointains, le pillage des multinationales, la corruption morale de ses élites politiques. Et comme si tout ça ne suffisait pas, le ministre des Affaires Etrangères française s'était autorisé, sans la moindre preuve crédible et rationnelle, de remettre en cause la parole d'un autre "Etat". Au chaos, semblait dire ce ministre, ajoutons notre signature tricolore. Afin que nul n'en ignore.

En réalité, la France n'était pas à sa première ingérence, à sa première participation à la déstabilisation d'un Etat africain. Cette tradition d'ingérence, pardon de déstabilisation, des Etats dit souverains, est une tradition éminemment républicaine en France. Le cher Général De Gaulle s'est employé avec une rare perfection à s'ingérer, tel un microbe intestinal, dans le corps des Etats africains.

Ces derniers jours, on parle de la libération sous humiliation de Laurent Ggbagbo à la CPI, malgré le fait que ce dernier ait été reconnu non coupable après un procès extravagant de huit ans. Si Laurent Gbagbo est à la CPI, c'est grâce à la politique d'ingérence de la France. C'est elle qui s'est donnée la mission de tracer la voie des masses ivoiriennes à leur place.

Dans l'histoire récente, comment ne pas évoquer aussi le cas Libyen. N'a t-on pas vu l'Elysée, sous recommandation d'un BHL, recevoir les quelques personnalités du Conseil National de Transition (CNT)? Mais voici que l'italien, Luigi Di Maio rencontre des "gilets jaunes", et Paris trouve cela insupportable et évoque dans un communiqué très officiel : "une situation grave » qui  "n'a pas de précédent depuis la fin de la guerre". Rien que ça! Nemo auditur propriam suam turpitudinem allegans.

Macron se targue d'être "européen convaincu", hé bien, qu'il trouve donc en face de lui, d'autres "européens convaincus".

Il y a quelques jours, sur twitter, Emmanuel Macron osait lancer un ultimatum à Nicolas Maduro, Président de la République bolivarienne du Venezuela d'organiser des élections, sinon la France reconnaîtrait Juan Guaido comme président par intérim. Ça, il faut expliquer au monde entier que ce n'est pas grave, que c'est normal, que c'est au nom de la paix, des droits de l'homme, de la démocratie....Mais lorsque quiconque s'approche des saints "gilets jaune", l'Etat français nous sort ses références historiques, ses concepts très variables et très discutables, mais qu'on ne discute pas.

Les "gilets jaunes" ne sont pas la chose de la France, la chose du gouvernement de Macron. S'ils ont envie de se prendre en photo avec Luigi Di Maio,  de quoi le Quai d'Orsay se mêle?

Pourquoi la France n'ose appliquer ses réflexes souverainistes lorsqu'il est question de certains Etats au Proche et  Moyen-Orient? Lorsqu'il est question de l'Amérique Latine? Et pire, lorsqu'il est question de l'Afrique? Soit, il faut avoir le courage de soutenir qu'un soudanais, un malien, un ivoirien ce n'est pas la même chose qu'un français, un anglais, un américain....Soit, il aurait fallu s'interdire toutes ces ingérences françaises dans les affaires internes d'autres nations. Comment lundi on s'attaque à la souveraineté d'un pays et mardi on pleurniche parce qu'un Etat ami s'amuse avec nos ressortissants?

Luigi Di Maio et certains "gilets jaunes" Luigi Di Maio et certains "gilets jaunes"

 

L'Etat français est-il frappé de schizophrénie? Tout porte à le croire. La photo du dessus et dessous témoignent d'une hypocrisie qui ne trompe plus personne.

Mahmoud Jibril, Nicolas Sarkozy et François Fillon à l'issue de leur rencontre le 14 mai 2011 à l'Elysée — BERTRAND LANGLOIS/AFP Mahmoud Jibril, Nicolas Sarkozy et François Fillon à l'issue de leur rencontre le 14 mai 2011 à l'Elysée — BERTRAND LANGLOIS/AFP

 

Il est évident que l'Italie est dans une démarche provocatrice vis-à-vis de la France. Elle sait où taper. Hélas! Nous renvoyons dos à dos le gouvernement de Macron et celui de Salvini. Il s'agit là de deux monstruosités qui s'affrontent.

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