Déconfiner l'Afrique!

Suivant les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), des pays africains tentent de confiner leurs populations. Cependant, le "confinement" à la misère est le dernier des confinements possibles et inimaginables. Le confinement qu'impose la pandémie est donc impossible en Afrique. Il faut prendre acte et faire autrement.

« Le confinement total d’Abidjan, peut-on l’éviter ? », s’interroge dans sa une le Patriote, quotidien ivoirien proche du Pouvoir. En parcourant les lignes du journal, on apprend que: "L’indiscipline et la négligence des Ivoiriens, risquent de coûter chères dans la lutte contre le Coronavirus."

Il ne sert à rien de tirer à boulets rouges sur les ivoiriens. Ils sont eux mêmes des victimes de l'indiscipline de leurs élites, de la faiblesse de l'Etat ivoirien, et donc de sa négligence. La discipline, ça ne fonctionne pas comme un clique. Un tweet. Discipliner des gens abandonnés est aussi ardu que moraliser le capitalisme .

Aucune élite dirigeante aujourd'hui en Côte d'Ivoire ne peut se targuer d'avoir œuvré pour la discipline collective.

Qu'il s'agisse de la rébellion au Nord du pays en 2002 de Monsieur Sorro Guillaume, ayant contribué à saper l'Etat; qu'il s'agisse de l'accession au pouvoir de monsieur Alassane Dramane Ouattara, entraînant l'embargo de l'U.E sur les ports ivoiriens avec pour conséquence la pénurie de médicaments, les élites ivoiriennes sont des institutions en matière d'indiscipline et de négligence. Les ivoiriens ne viennent pas de Mars. Ils sont ce qu'on a fait d'eux.

Dans les rues d'Abidjan, on peut rencontrer quantité de jeunes orphelins ou pas, désœuvrés, agresseurs qui sniffent la colle. On les appelle en Côte d'Ivoire les "microbes".

Le gouvernement ivoirien veut s'attaquer au coronavirus, très bien. Et les "microbes", pourquoi l'Etat ne s'en est-il pas occupé de façon aussi engagée, déterminée, résolue?  

Indiscipline et négligence couvrent l'Afrique. Les masses africaines sont en état d'abandon. Abandonnées par les intellectuels et par les précaires Etats. Si abandonnées que n'importe quel prétendu dictateur de ce continent, ne peut valablement confiner sa population, sous peine de finir à la CPI plus tard, pour crime contre l’humanité.

Si l'Afrique tente coûte que coûte de confiner sa population, c'est parce qu'elle ne sait que faire dans un monde où l'Occident est en arrêt, malade, confinée, en panique. Elle préfère donc s'inventer un confinement bordélique, famélique plutôt que de s'inventer des nouvelles formes de vie, de sociabilités. Elle préfère s'enterrer vivant.

Or, les effets pervers de cette tentative de confinement s'étaleront sur une dizaine d'années, avec des morts que personne n'osera compter et regarder en face.

L'éducation: combat de l'Afrique

Dans un pays comme le Cameroun, qui a besoin de produire sans relâche des citoyens formés et informés,  il n'existe donc plus d'éducation. Les universités, les lycées et collèges, les écoles primaires ont été fermées sur toute l'étendue du territoire pour cause de coronavirus. Ici, ce n'est pas le principe de précaution qui fonctionne. C'est du mimétisme.

La jeunesse camerounaise, si elle n'est ni à l'école, ni dans les champs, ni dans les chantiers, est tout simplement en plein suicide. Au lieu d'un confinement aveugle et aveuglé, on aurait du réorganiser le pays par activités et par régions, suivant des calendriers. Renvoyer dans les quartiers insalubres des millions d'étudiants, lycéens, écoliers à cause de 20...30 cas (début du confinement), 500 cas (aujourd'hui) n'est pas très sérieux. 

Le terme que l'Afrique aurait dû mettre en avant, c'est Réorganisation ou  Organisation. Non confinement.

L'Etat chinois a confiné sa population de Wuhan. Il y avait des étudiants africains. Ils ne sont pas morts de faim. Depuis janvier, chaque deux semaines, les universités d'Etat distribuent aux étudiants africains confinés : riz, pomme, tomate, lait, œufs (La Chine avec ses paysans et ses terres arables achetées en Afrique peut se le permettre). La situation est difficile pour ces étudiants, mais ils ont de quoi se sustenter. La base quoi!

L'Afrique est dans un autre cas de figure. Elle exporte beaucoup, y compris les denrées alimentaires de premières nécessités. Confiner la population des villes comme celle des campagnes, au lieu d'organiser le travail dans les champs, les ruralités, c'est s'appauvrir davantage. Un pays comme l'Afrique du Sud peut sans doute échapper à ce jugement, mais il reste évident que dans les bidonvilles de Johannesburg, malgré le confinement proclamé, la population continue de sortir. Distanciation sociale, vous dites? Quelle utopie!

Chaque pays africain devrait aborder cette pandémie mondiale en se penchant sur ses propres réalités sociales, sanitaires, économiques. Et non importer une solution-monde. 

On ne peut pas prétendre au Cameroun, en Côte d'Ivoire, que le confinement vise à préserver le fonctionnement optimal des hôpitaux. Les hôpitaux sont un luxe en Afrique. Pas de fric, pas de soins. Et pour ceux qui ont un peu de moyens, ils ne vont pas à l'hôpital à la première quinte de toux, parce qu'ils ont la fièvre, parce ce qu'ils ont mal à la gorge. Les malades en Afrique, y compris les cas extrêmes, sont plus souvent dans la rue, à la maison qu'à l'hôpital. 

L'Afrique (ses élites) doit se déconfiner mentalement. Elle doit se déconfiner de l'Occident. Elle doit organiser ses masses. Les discipliner à l'école....Ce que Kadhafi, sans être un sérieux exemple, a fébrilement réussi. On peut donc saluer sa Libye, aujourd'hui orpheline du bon "dictateur" qu'il fut. Au lieu de supprimer l'école, certains Etats africains devrait réfléchir à supprimer les élections: véritable casse tête chinois.

Il est impérieux que les enfants retrouvent le chemin de l'école partout en Afrique où l'on a cru devoir les épargner du péril virale. L'école primaire et secondaire à la radio, à la télé...c'est fort sympathique, mais c'est catastrophique. Il est impérieux de mettre au travail ces millions de jeunes chômeurs au travail. Car, confinés....ils ne sont qu'une bombe enrichi au covid-19.

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