Toni Morisson : le crime de Muriel Pénicaud et le narcissisme de Mabanckou

C’est la « polémique » raciale et raciste de l’été 2019. L’inconscient de madame Muriel Pénicaud s’est exprimé via un tweet. 

Voulant rendre hommage  à une artiste, l’écrivaine Toni Morrison, la bonne dame du gouvernement de Macron  a déclaré sans façon : « Hommage à une très grande dame, écrivaine, poète et militante, Toni Morrison. Grâce à elle, les Noirs ont enfin pu rentrer par la grande porte dans la littérature. »

Ces attardés de Noirs ont « enfin » pu rentrer dans la littérature, l’histoire, l’histoire de la littérature. 

Cette sortie raciste, et donc criminelle, de Muriel Pénicaud a fait réagir mievreusement quelques fantassins de la cause nègre, dont le plus illustre est le fameux Alain Mabanckou, qui, à la suite de madame la ministre a tweeté avec un soupçon de satisfecit  : « Non, Madame la Ministre @murielpenicaud. En France un Noir de la Guyane, Goncourt en 1921 (René Maran). Wole Soyinka (Nigeria), Nobel de littérature. Lisez Du Bois, Himes, Wright, Baldwin etc. Vous avez l’excuse de l’ignorance, pour cela je vous pardonne ce dérapage choquant... »

Qui est  Muriel Pénicaud pour décréter qu’avec untel ou untel, les « Noirs »  accèdent « enfin » à la à Civilisation?  D’où parle-t-elle au point qu’un écrivain (noir), français-congolais, installé aux USA, se sente obligé de répondre aussi pathétiquement ? 

Le propos est évidemment raciste et absurde, en dépit de ses élans publicitaires, panégyriques. Ceux qui attaquent en première ligne l’ignorance de madame Pénicaud sont dans un étrange exercice de style, narcissique et futile : ils font de la polémique. Autrement dit chacun essaye de bien se faire voir. Les égos se bataillent. Ce qui importe, ce n’est plus ni Toni Morisson ni la littérature, d’ailleurs il n’a jamais été question de parler littérature..., mais la race ou les « races », et leurs représentants. 

Le tweet de Pénicaud ne trahit pas son ignorance. Quel naïf pourrait attendre d’un ministre  du travail d’un pareil gouvernement une parfaite culture, une solide culture littéraire .... une bonne connaissance de la littérature produite par des « Noirs » ou même des « Blancs » tout simplement ? Ce tweet dévoile l’inconscient fondamentalement et subliminalement raciste de madame la ministre du Travail. Et ça, ça en dit long.  Il explique, enfin on comprend mieux pourquoi Pénicaud est bel et bien ministre du Travail et pas ministre de la Culture ou des Sports ou encore porte-parole du gouvernement de Macron. En vérité, l’inconscient de Pénicaud, c’est la face connue du capitalisme : production des classes, des races, des hiérarchies, du « Noir », du « Blanc »....C’est vital pour le capitalisme. Nul n’ignore  la casse sociale que Pénicaud est en train de mettre en œuvre...Au fond, le capitalisme a davantage besoin de « nègres », de gens mal ou sous payés, jouissant de peu de droits, à la merci des patrons, avec des contrats précaires, ultra précaires. Et ça, les travailleurs français n’ont pas du tout envie, ils n’ont pas envie de devenir des « nègres ». Résultat: les cheminots, les gilets jaunes, ainsi de suite...

Si Pénicaud est « ignorante », Mabanckou l’est doublement. Car il s’enfonce  aveuglément et orgueilleusement dans la logique raciale et raciste de la ministre pour étaler, lui, sa petite culture sur le sujet. Il croit démonter Pénicaud, or il l’incite à trouver le bon nom, le bon nègre à exhiber. Au nom de quoi l’œuvre d’un écrivain, d’un artiste, d’un scientifique devrait-elle être rattachée à sa couleur de peau  ? Toni Morisson est une grande écrivaine ou elle n’est pas. Elle n’est pas la propriété des « Noirs », et ne saurait être leur porte étendard. 

On peut être noir comme le charbon ou le chocolat et préférer lire Philip Roth à Toni Morrison. C’ est une question de style. C’est ça la littérature. L’héritage de Toni Morrison est un héritage universel ou alors il ne vaut rien . Au même titre que l’héritage d’un Pline le Jeune, d’un Dumas, d’un Baudelaire, d’un Balzac, d’un Mongo Beti, d’un Sembène Ousmane, d’un Césaire, ou d’un Primo Levi. 

Alors, la leçon à donner à Pénicaud n’ est pas tant de lui balancer à la figure le nom  d’écrivains (noirs) qui ont précédé dignement Toni Morisson. Inutile de nous faire valoir l'épiderme des René Maran, Wole Soyinka, Richard Wright...Le problème ne peut pas être celui de savoir à partir de quand et grâce à qui le « Noir » devient enfin un homme en tant que tel. On n’a donc pas à démontrer à Pénicaud qu’il y a eu tel « noir » avant Morisson,  que « des noirs » depuis la nuit des temps ont toujours fait de la littérature.

La leçon fondamentale  à adresser à la « blanche » Muriel Pénicaud doit porter sur le caractère universel de l’art, de la science, de l’amour...

Mon frère qui vit à Douala au Cameroun, tout noir qu’il est,  ne récite pas du Toni Morrison ou du Sedar Senghor. Il maîtrise par contre, du bout des doigts Camus, et se fait surnommer Kemit (c’est ainsi qu’on désignait les Noirs dans l’Egypte antique)...Alors si Pénicaud ne peut célébrer Toni Morisson pour sa seule valeur artistique, étant donné qu’elles ne sont pas copines, elle devrait se taire. Mais bon, la pulsion criminelle  de la ministre était plus forte qu’elle. Être la cheville ouvrière de la casse sociale en France n’est pas assez pour elle. 

Le charitable Alain Mabanckou trouve une excuse à la ministre :  « l’excuse de l’ignorance »  et il ajoute narcissiquement qu’il lui  « pardonne »  son « dérapage choquant  ». Muriel Pénicaud ne s’est pas adressée au dieu Alain Mabanckou. Celui-ci peut donc garder son  pardon. Et en bon fantassin de la cause nègre, Mabanckou ose parler d’un « dérapage »....tout comme aux États - Unis, on parle de « bavures » policières a chaque fois qu’un Noir se fait tuer par la police. Il parle de « dérapage choquant » alors qu’il s’agit véritablement d’un crime : le racisme ....qui n’a aucune excuse, même pas celui de l’ignorance. 

Jusqu’à quand va-t-on habituer cette planète déréglée climatiquement aux « dérapages », aux « bavures »...à chaque fois qu’il est question d’un « Noir »? Jusqu’à quand va t-on continuer de polémiquer, et donc de distraire le commun des mortels ?

Mabanckou aurait donc, comme sa cliente Muriel Pénicaud, mieux fait de se taire. Elle n’est pas coupable d’un « dérapage choquant ». Elle est coupable de racisme. Elle est coupable de crime contre la littérature. Ce qui est inexcusable.

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