Emmanuel Macron, l'Ancien Combattant, et les Sans-Papiers

Emmanuel Macron était à Verdun mardi 6 novembre, lancé depuis le début de la semaine dans une "itinérance mémorielle" pour le centenaire de l'armistice de 1918. Il y a rencontré plusieurs vétérans de guerre. Dont un, qui l'a interpellé non sur la fameuse islamisation, mais sur les fameux sans-papiers.

- Quand mettrez-vous les sans papiers hors de chez nous? Telle fut la question de ce vétéran à Macron. 

- Haaaa...Ceux qui n'ont pas de papiers et n'ont pas de droit d'asile, croyez-moi qu'on va les...On va continuer le travail. A rassuré le président de la République française.

- Vous le ferez? Fit le vétéran qui n'en croyait pas ses oreilles, probablement sans appareil. Et pour se rassurer qu'il ne s'agissait guère d'un fake news, pour se rassurer qu'on n'enfumait pas simplement la vielle conscience qu'il représentait, il demanda donc à son possible petit-fils, Président de la république, s'il pouvait apporter la bonne nouvelle aux siens.

Réponse du président-de-la-République-qui-assume-tout:

-Vous pourrez le dire aux autres. Allez, faites savoir à la France que le sans-papiers-ennemi sera résolument pourchassé. Dites leur qu'il ne sert à rien de voter Le Pen alors qu'on peut voter pour moi, Macron, premier du nom. 

Le vétéran n'en revenait toujours pas, lui qui croyait que ce jeune adulte était juste un banquier mondialisé, qui confondait la liberté des hommes et des capitaux, et donc prêt à compromettre l'intégrité physique, biologique de cette France à laquelle il croit encore : 

- C'est votre parole? 

- Mais c'est la mienne... Evangile selon Saint Macron, chapitre 2, verset 14-18

Après avoir joué au Camarade des années 30 avec le vieillard, Macron crut qu’il était encore de bon ton expliquer quoique ce soit au soldat:

- Ceux qui arrivent, il faut qu'on soit plus efficace, dans la manière de....D'abord, d'héberger les gens quand ils sont dans la nécessité...

- Quand il son honnête d'accord, coupa net le bon vétéran.

- Ceux qui fuient leur pays, c'est leur liberté,il faut les protéger...

- Peut-être, coupa encore net notre vielle conscience qui recevait alors les honneurs de la République, tout en demandant au cher président si ce n'est pas un cheval de Troie qu'on met en place en accueillant ces horribles gens. Le Président reprit la parole:

- Mais ceux qui viennent alors qu'ils peuvent vivre librement dans leur pays, il faut les raccompagner.  Voilà, voilà la réponse.

- J'aime bien votre réponse. Conclut le digne soldat de Pétain.

Et c'est ce même président qui se dit être frappé par la ressemblance de notre époque aux années 30. Hé bien, il parle en connaissance de cause. En tant qu'acteur, et pas n'importe lequel. 

 

Précis de vocabulaire

Dans son échange patriotique avec le vétéran, Macron  dit qu'il faut que la France soit plus efficace. Il est là le secret. Il n'a pas dit, il faut que la France soit plus en accord avec sa devise (Liberté, Egalité, Fraternité), il n'a pas dit qu'il faut qu'elle soit humaniste, il n'a pas parlé des droits de l'Homme.  Il a simplement et clairement dit : "il faut que la [machine France] soit efficace".  L’efficacité. tel est le principe directeur de toutes les institutions d'Etat qui ont en charge, à quelque niveau que ce soit, la question des étrangers ou des immigrés en France. Elles traitent une chaîne de paperasses, elles ont à l'esprit des quotas, elles ont affaire à des êtres de papiers (des non-êtres). Froissables à vie! Des étrangers. Des riens, des moins que rien, des trois fois riens. La preuve, leur sort peut être comme ça réglé un matin de novembre en un vieillard qui bientôt va périr, et un jeune dont on ignore quel est le sens qu'il donne à la vie.

Autre mot ou expression, Macron parle de "leur liberté". La liberté de ceux qui partent... Qu'il faudrait donc pouvoir opposer à notre liberté, celle qui fait partie de notre devise. Il s'agit donc, entre autre, d'une liberté de dire non, de persécuter l'étranger, pour mieux l'exploiter. Une exploitation sans persécution n'est pas efficace. Et là, on ne serait plus en République. Peut-on penser la problématique des millions de gens qui se déplacent, que ce soit pour des raisons de guerre ou économique, en terme de liberté? Ce mot n'est-il pas trop plastique? Trop vide? Trop creux? Est-vraiment lorsqu'on vit avec moins de un dollar par jour? Qu'on décide alors d'aller dans un des pays les plus riche au monde? Est-ce là la liberté?  Que veut dire dire Liberté pour la République? Est-ce une liberté purement franco-française?

Le vétéran dit à Macron qu'il faut accueillir ou héberger les gens quand il sont honnête. Ici, ce qu'il y a de frappant à saisir, c'est cette espèce de pureté morale que doit avoir l'étranger pour espérer dormir tranquille en France. On accueille les honnête! Et comment distinguer des honnêtes et des malhonnêtes? A l'administration d'être efficace! C'est à dire d'exiger une tonne de paperasse.

Macron, comme Olivier Faure, il y a quelque temps, ne cherche pas à mettre un point d'honneur sur les principes. Il est dans l’efficacité pure, il se laisse embarquer dans le même délire que ce fasciste. Il lui concède tout, ou presque, bref ça revient au même.

S'il fallait raccompagner quelqu'un dans ce pays, Sarkozy ne serait-il pas le premier à devoir prendre la direction d'Orly?

Les sans papiers

Là où notre vétéran pétainiste est quand même intéressant, c'est qu'il a délaissé le mot infectieux de migrant, utile à la gauche, pour mettre en avant des gens qui répondent à une catégorisation précise de l'administration d'Etat. Un sans papier, forcément c'est un hors la loi. Mais un hors la loi étrange. Puisqu'il sert d'esclave de la société, mais aussi il fait parti de ces êtres les plus respectueux de la République.

La République, ce n'est pas eux. Imaginez-vous non pas le Général De Gaulle, mais un sans papier qui, se faisant interpeller par un policier, refuse d'obtempérer et lâche: la République, c'est moi. Quel choc véritable pour la vraie république! On dira qu'il a osé le fils de .....de braver le regard de nos forces républicaines. Et donc, que c'est impardonnable! Ouste, dehors, sale sans papiers! Dira t-on tout consciencieusement.

Les sans papiers sont une nécessité dans la République inégalitaire, capitaliste, raciste, française. Il faut des gens sur lequel on revient sans cesse s'essuyer les pieds, le cul, etc. Il faut à tout prix ce parent pauvre de la société. Il faut toujours avoir sur son sol, des gens qu'on peut menacer menacer d'exclusion, sinon ça ne serait pas la France, ça ne serait pas un bon pays compétitif. 

 

Où est donc la gauche égalitaire?

La gauche s'occupe des "migrants". C'est son nouveau dada. Et même dans ses migrants, elle a eu le génie de savoir distinguer les migrants économiques (sans papiers), des migrants qui fuient leur pays....pour parler avec la même légèreté que Macron.

La France, du moins ses rédactions parisiennes, s'est beaucoup inquiétée de l'arrivé au Brésil d'un Jair Bolsonaro. Il serait peut être temps qu'elle commence à balayer devant sa propre porte. Ce pays catholique, à défaut de pouvoir laisser certains s'islamiser à la Seine-Saint-Denis, peut tout de même s'appliquer l'évangile, la parole de Dieu, qui dit, dans Matthieu 7:3 " Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l'oeil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil?"

 Ça commence véritablement à sentir mauvais. On est plus simplement dans la France rance, on est dans la Rance rance. Macron est dangereusement nuisible. Il faut le raccompagner hors de l'Elysée pour commencer. Il faut l'expulser. Hélas, ça semble assez difficile avec une gauche si bleu-blanc- rouge, c'est à dire chauvine,  une gauche plus que verte, c'est à dire climatique...une gauche divisée, réduite à la plus simple expression.

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