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Billet de blog 9 mai 2018

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C'est l'hôpital qui se fout du malade: Naomi Musenga, la vendue de la République!

Quel bas-monde!

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Que dire?

Le personnel de santé en France est globalement dévoué et admirable.

Il n'est pas parfait, et il ne peut se parfaire, dans les conditions actuelles, où l'Etat semble gérer les hôpitaux et les services annexes comme des entreprises ayant pour mission essentielle la rentabilité, le retour sur investissement. Il n'est pas normal que les malades pèsent si lourdement sur les finances publiques. 

L'hôpital est appelé à faire des efforts, c'est à dire à se soucier le moins possible du malade. Time is money! Fillon, Macron et autres, ça ne vous dit rien?

Les deux opératrices du SAMU ont merdé. Elles ont franchement merdé. Terriblement merdé. Leur erreur a été fatale. Leur "professionnalisme" a été criminel. Cependant, il faut pouvoir voir derrière ce mortel incident, la réalité, le devenir des hôpitaux en France.

Il faut donc , au-delà de l'indignation subite et chère à madame la ministre, rentrer dans le fond du problème, dans les causes premières ou fondamentales. Le personnel médical, ça se dit depuis des années, est à bout....Ce n'est pas une excuse, c'est un fait. Et lorsque des gens sont à bout, plus rien ne compte, l'autre en face n'est plus réellement important, on comprend donc difficilement ce qu'il veut dire, même quand les mots sont hyper clairs.

Faut s'imaginer la scène. Des Personnes dont le métier est de répondre au téléphone aux Urgences reçoivent un coup d'appel (forcément urgent donc) d'une jeune dame qui dit souffrir atrocement....C'est la seule chose qu'elle sait: elle souffre. Et cette souffrance lui indique qu'elle est entrain de mourir, rien de sorcier, les misérables voient juste. La jeune dame dit donc à la femme du SAMU, au bout du file, qu'elle va mourir, car, de la souffrance extrême à la mort, il n'y a pas un pas, mais un souffle....Tel fut le ressenti de Naomie.

Le message de Naomie était pourtant clair comme l'eau de roche, et pourtant, il n'est pas passé. Pourquoi? Il était, sans doute, "administrativement" intraitable. L'opératrice du SAMU se laissa ainsi aller : Mais Madame, calmez-vous, tout le monde va mourir...dites nous ce que vous avez, prenez votre temps, oui votre temps, et faites nous un bon diagnostic de ce que vous avez, un exact bilan, et là, suivant les consignes, on jugera si oui ou non il faut dépêcher une ambulance. Ou alors, merde, attendez je vous passe le numéro, appelez SOS Médecins, et ne nous cassez pas les couilles...

Les gens ne le savent peut-être pas, mais il y a trop d'abus, trop de dépenses, alors le temps de la rigueur est venue. Qu'est-que la rigueur, sinon ça?

Vous avez une dame travaillant aux Urgences qui n'arrive même plus à percevoir le cri de la détresse. Elle se marre avec sa collègue.... Vous avez des employés qui veulent à tout prix respecter des consignes ou disons fidèle à l'esprit que tente d'insuffler les gestionnaires publics. Mais quelles consignes? Bordel, la France est endettée, alors si on peut économiser le carburant d'une ambulance, faut pas du tout se gêner....Faut pas dépêcher les services du SAMU pour n'importe quoi...Faut être vraiment sûr que ça va vraiment mal, mal, avant de bouger son petit doigt, ok?

J'ai lu quelque part que cette mort tragique est une conséquence du racisme. N'allons pas sur ce terrain boueux. Faut pas tout mêler.

Mars 2018, à Lyon, une étudiante de 18 ans, certes d'origine nicaraguayenne, meurt d'une otite malgré deux visites aux urgences. La jeune étudiante se pointe aux Urgences, expliquant son profond malaise, une fois, deux fois....Les Urgences  ne pas jugent utile de la garder en observation. Les Urgences ne sont pas pressés du tout, on fait donc savoir à la jeune dame que ça lui passera, on lui prescrit juste quelques médicaments, question de faire tourner la machine, et on prie la jeune dame de retourner se reposer à la maison. 

Il faut voir qui meurt de cette façon. Ce sont les pauvres gens, dont le gros lot est constitué en France, d'étrangers ou de français d'origine étrangère. Ce ne sont pas les Hallyday ou les Tapie qui peuvent mourir ainsi. Pour eux, tout est événementiel, tout est médiatique à la minute près....tout est reportage, tout est suivi de très près. Lorsque Tapie découvre qu'il est cancéreux, c'est France 2, le Point et toute la bonne presse qui est au petit soin....Il faut que la France, le monde soit au courant. Un peu d'humanisme, nom d'un chien! On braque donc les projecteurs sur ces précieux malades. Tandis que d'autres, faut voir comme ils sont traités, non pas comme des malades...mais comme des malades sans argent, sans renom, malades sans légendes, malades sans vie fameuse. Qu'ils crèvent! Sans déranger les gens!

Qu'on me pardonne la généralisation, mais les médecins sont maintenant des avocats: ils ont les clients, fini les patients. Et cette logique est encouragée par l'Etat. Faut voir comme on chasse les dames dans les maternités après les accouchements. Faut voir cette Buzyn accompagnant Macron dans un EPHAD à Normandie? Faut voir la Buzyn, toute muette, lorsque des infirmières essayaient d'expliquer au Président qu'elles n'en peuvent plus, qu'il y a grand besoin de faire quelque chose, et Macron apprenait à ces courageuses dames qui font leur métier, que non seulement c'est lui qui a raison, mais qu'il fallait rétablir les comptes....fallait dépenser rationnellement.

Hier, la République pleurait son héros Beltrame. Je n'ai strictement rien contre l'individu, je ne le connais pas. Et il n'a rien demandé à personne avant sa mort. L'utilisation de sa mort ou de sa dépouille peut donc être valablement critiquée. Nul n'a mentionné que son assassin était un jeune homme de 25 ans. Seul comptait les mots terrorisme et islamiste, comme si la société se moquait purement et simplement de sa jeunesse. Je ne suis pas entrain de dire qu'il faut excuser le criminel du fait de son âge, je dis que son jeune âge raconte qu'elle chose d'une certaine jeunesse en France ou même dans le monde. Et qu'il faut pas fuir devant ses responsabilités. 

Aujourd'hui, c'est une jeune fille de 22 ans qui meurt, non du fait d'un terroriste, non du fait d'une pulsion de mort qui l'aurait habité, mais du fait de l'Etat, du moins de sa gestion du personnel hospitalier, et de ses projets avenirs, de sa négligence criminelle envers une certaine jeunesse.

Cette jeune dame n'étant ni héros ni terroriste n'existe simplement pas. Madame la Ministre de la santé se borne à prescrire une enquête administrative.....Elle se borne à s'indigner....à Reformer les Urgences. Très bien! A côté de tout ça, les Français, trop occupés avec ce beau temps, ne vont donc pas descendre dans la rue: #JesuisMusenga, #JesuisNaomie. Pas de Messe pour cette véritable fidèle d'Eglise à Madeleine avec présence des anciens présidents de la République! Pas d'union nationale! No!

On préfère poursuivre la malheureuse jusqu'à sa tombe avec d'inutiles polémiques, ressassements. 

Madame la Ministre de la Santé, les hôpitaux sont entrain de devenir sous vos yeux et sous votre commande, des entreprises de type capitalistes. 

La souffrance des gens, la façon dont ils la vivent et l'expriment, n'a souvent rien de rationnel. On ne comprend pas ce que veulent les souffreteux, leurs cris, leurs colères, leurs larmes, leurs déraisons .... C'est pourquoi Naomie avait fait rire nos deux opératrices du SAMU. Appelez, et dire comme ça, qu'on va mourir, sans nous dire exactement ce qui ne va pas, avait quelque chose qui relevait du fake news...du comportement mentalement déficient.

Cette mort de Naomie, comme bien d'autres du même style, est une honte pour la République française. 

Et quand on voit cette même République s'exciter autour de quelques précieuses dépouilles, pendant que s'écroulent dans le silence des millions de gens, fatigués de l'existence qu'ils mènent ici bas, faut bien se dire qu'il n'y a aucune raison de se plier en quatre devant les morts choisies et célébrés de la République.

La devise républicaine est donc une farce de tous les jours. Il faut que ça s'arrête.

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