L'OMS et son Afrique.

Ne soyons pas de ceux qui, à chaque fois qu'ils entendent le mot -devenu insignifiant-Afrique, rentrent dans une espèce de transe ou d'extase. Restons au plus près du réel.

L'Organisation Mondiale Santé est malade. Malade d'Afrique. Elle souffre, pour ainsi dire, d'africanite aiguë. Une maladie neurodégénérative qui attaque les cinq sens, puis le cœur et le cerveau. 

Il y a deux mois, alors que l'Afrique n'était encore qu'à 233 cas de covid-19, et que l'Italie comptait vertigineusement ses morts, le Directeur général de l'OMS, l'intranquille Tedros Adhanom Ghebreyesus avait tenu une conférence dans laquelle il affirmait: '' Ce coronavirus constitue une menace sans précédent. Mais c’est aussi une occasion sans précédent de nous rassembler contre un ennemi commun, un ennemi de l’humanité...Dans d’autres pays, nous avons vu comment le virus s’accélère après un certain seuil. Donc le meilleur conseil à donner à l’Afrique est de se préparer au pire et de se préparer dès aujourd’hui."

Le propos a quelque chose de démentiel. Comment cet éthiopien peut-il croire que demander à la République Centrafricaine, à la RDC, au Burkina Faso, au Tchad... de se préparer au pire est un (meilleur) conseil? Concrètement, qu'espère t-il de la République centrafricaine? Est-il au courant qu'il s'agit, depuis des lustres, d'un Etat déchiqueté, quasi fantomatique? Qu'il y a là-bas, une population qui n'a nullement eu besoin de se préparer au pire: elle est née dans le pire, en dépit de ses diamants, sous le regard amusé de Giscard d'Estaing. 

Dans d'autres pays, pastichons l'OMS, nous avons vu comment ce virus massacrait principalement les gens d'un certain âge. Or, en RCA par exemple, l'âge médian est de 19 ans et l'espérance de vie est de 52 ans. S'il y a donc une menace sans précédent pour la RCA, et donc pour la plupart des pays africains, ce n'est pas le Covid-19. Le directeur de l'OMS n'a que fait projeter dans son Afrique natale ses complexes occidentaux. 

La constitution de l'OMS stipule:

- L’inégalité des divers pays en ce qui concerne l’amélioration de la santé et la lutte contre les maladies, en particulier les maladies transmissibles, est un péril pour tous

- L’admission de tous les peuples au bénéfice des connaissances acquises par les sciences médicales, psychologiques et apparentées est essentielle pour atteindre le plus haut degré de santé.

Si monsieur l’éthiopien, Directeur de l'OMS de surcroît, veut se rendre utile, qu'il milite, qu'il travaille pour l'expropriation des multinationales pharmaceutiques. C'est quand même dans son Afrique où on a vu des millions de morts de SIDA alors qu'il existait un traitement, hélas inaccessible aux malades. Que le directeur de l'OMS et son équipe se battent pour rendre les médicaments et matériel médical biens publics mondiaux. Qu'il arrête de fanfaronner au sujet de l'Afrique comme un petit colon! 

 

83 000 à 190 000 personnes en Afrique pourraient mourir du COVID-19 ?

Ce qui est fou avec cette Afrique est que tout le monde peut prévoir son avenir. Le Quai d'Orsay, dans ses notes confidentielles, nous éclaire sur l'avenir politique de ce continent ami et l'OMS, dans son étude, nous apprend que 83 000 à 190 000 personnes en Afrique pourraient mourir du COVID-19 et 29 à 44 millions pourraient être infectées au cours de la première année de la pandémie si les mesures d’endiguement échouent

L'OMS nous a t-elle prédit combien de gens allaient mourir en Europe, aux Etats-Unis ou en Asie? S'il est un endroit où il est le plus difficile de produire des statistiques, c'est bel et bien en Afrique, mais d'où vient cette capacité des uns et des autres à anticiper l'avenir du continent africain?  Pourquoi l'OMS ne s'est-elle pas avancée à dire à l'Europe combien de retraités elle allait perdre? Et combien de contaminés elle aurait? On a l'impression que cette épidémie qui est presque passée en Asie....à peine presque passée en Europe...se transformera soudainement en Afrique en une véritable endémie qui ne distinguera ni les jeunes, ni les vieux. Sacrée mutation! Sacrément raciste le virus!

44 millions pourraient être infectées....44 millions de vieux? D’enfants? De jeunes? La précision ici ne vaut-elle pas la peine? Car, si en Europe la population n’avait  pas été  vieillissante, aurait-on imposer le confinement pour tous ? Parions que non!

Quant au 190.000 personnes en Afrique qui pourraient mourrir du Covid-19, c'est absolument insignifiant. Par ailleurs, combien de nouveaux nés continueront de grandir dans ces sociétés hostiles à leur épanouissement? Et si on posait un jour le problème des vies africaines, de la vie, et non des morts ou de la mort.

Malgré les promesses de l'OMS, chiffres à l'appui, le Covid-19 ne ferait même pas partie des dix premières causes de mortalité en Afrique. Et pourtant, on est en train de soumettre les dirigeants africains et leurs populations à une déraisonnable campagne et une peste urgence. L'effet global sur le continent, dans un tel climat, ne peut qu'être néfaste.  Très néfaste.

L’OMS promet tous ces chiffres à l’Afrique si les mesures d’endiguement échouent. À propos, voici ce que dit l’Institution Mondiale: « Les mesures d’endiguement, qui comprennent la recherche des contacts, l'isolement, l'amélioration des pratiques d'hygiène personnelle et la distanciation physique, visent à ralentir la transmission du virus afin que ses effets se produisent à un rythme gérable par le système de santé. »

Je ne travaille pas à l’OMS,  mais j’ai suffisamment vécu en Afrique. Quoique, ce n'est pas une science d'avoir vécu en Afrique ou d'être africain. Toutefois, quand je lis les mesures d’endiguement de l’OMS, ça me fait sourire de pitié. Voilà des experts  qui ont prévu la mutation du virus en Afrique, d’une manière plus ou ou moins précise, avec leurs épidémiologistes, ils savent par avance que ça frappera maintenant les jeunes,  mais ils n’arrivent pas à changer ou disons à adapter les mesures qui ont été prises en Europe ou en Asie. Autrement dit, dans des contextes ultra particuliers, avec des populations particulières et des régimes particuliers.

- La recherche des contacts: sauf à injecter à chaque africain une puce  électronique, je ne vois pas comment cela est possible...qui va t-on mettre à la trousse de madame-monsieur tout-le-monde dans les quartiers insalubres des villes, les villages ou que sais-je? Et comment?  que Va t-on faire ensuite avec ces cas-contacts ? On va les héberger (Bill Gates va payer la facture), nourrir (les footballeurs feront les dons) et isoler (l'ONU va créer de nouvelles tentes) ? Bonne chance !

- Amélioration des pratiques d’hygiène personnelle, nous le souhaitons tous et les pouvoirs publiques doivent éternellement faire des campagnes à ce sujet. M’enfin, les maladies diarrhéiques sont la troisième cause de mortalité en Afrique... Avec des difficultés d’accès à l’eau potable pour des millions de gens, il faut donc avoir en tête qu’une telle recommandation prend l'allure d'un vœu pieux.  Il faut sillonner certains quartiers dans les capitales, certaines contrées reculées pour se rendre à l'évidence.

- Distanciation physique, ici il faudrait éliminer une petite portion de la population africaine (surtout dans les villes), sinon ce n’est pas possible. Se pose ici, en préalable,les problématiques de logement, transport, école, travail, etc,.  L’OMS n’a pas vraiment réfléchi ou étudié le cas Afrique...sinon elle s’abstiendrait de prêcher ainsi en l’air.

De telles mesures, dont l’une est pourtant très souhaitable (pratiques d'hygiène), sont inapplicables. Leur application procéderait ou de l’alchimie ou d’un massacre ou d’un piétinement agressif des chers droits de l’homme. 

Distanciation physique, ça veut dire arrêt des écoles. De la maternelle à l’université. Distanciation physique, ça veut dire arrêt d’une partie de l’économie, en particulier le secteur névralgique qu’est l’informel. Ce secteur a pour moteur ou essence la promiscuité. Il tire ses maigres bénéfices de cette réalité.  

Ceci ne signifie pas que la soi-disant Afrique est condamnée dans ses malheurs. Ceci voudrait dire qu’il faut penser son avenir, son bonheur, sa santé, de manière RADICALE. Et agir en conséquence!  Sinon, on fait de la figuration, de l'agitation, de la péroraison, des oraisons. Sinon, on bâtit tout simplement un Nigéria grandeur nature ou une Afrique du Sud avec sa pure ségrégation.

Si on veut donc parler endiguement du banal Covid-19 par des mesures, la toute première est l'amélioration drastique des conditions de vie des populations. Celle-ci est primordiale. Quand je dis amélioration drastique, vous devinez que je suis loin de considérer les actions humanitaires de ces nouveaux riches africains exilés ou locaux, qui n’ont rien trouver de mieux que d’offrir quelques dons en denrées alimentaires (importées) aux populations réduites alors à leur stricte expression, leur strict domaine de définition. Les riches africains viennent ainsi prêter mains fortes aux innombrables ONG occidentales, aux organisations internationales...pour quel résultat ? Qui bénéficie vraiment de ces actes de charité ? Les donateurs eux-mêmes. Ils peuvent dormir ainsi tranquille.

Dr Matshidiso Moeti, directrice régionale de l'OMS pour l'Afrique renchérit en disant que : « Le COVID-19 pourrait faire partie de nos vies au cours des prochaines années si de nombreux gouvernements de la Région n'adoptent pas une approche proactive. Nous devons tester, retracer, isoler et traiter ».

Ce virus, visiblement, est apparu pour les africains. Pour élire domicile avec eux. 

L’Afrique, continent avec des vastes zones sous-médicalisées se voient demander d’adopter une approche qu’on n’a vu nulle part au monde :proaction. Pas même dans les pays riches que sont la France, Royaume-Uni...ça manque de sérieux tout ça!

Tester, tracer, isoler et traiter. Bien!  Je me suis déjà exprimer sur l’impossible traçage sans injecter aux africains une puce électronique ou sans mette derrière chaque individu un gendarme. Je n'ai rien contre tester et traiter les malades.

Sauf que l’OMS fait comme si dans la plupart de ces pays africains les populations se faisaient traiter  à l’hôpital quand elles tombent malades. Cette institution ne reçoit qu’une part insignifiante des malades ou de graves malades. Les populations souffrent de bien de maladies en silence ou éloignées de ce dispositif essentiel ...Les populations ne sont pas traitées. Elles meurent et l'on convoque la volonté divine. Dieu, ce grand légiste!  Pourquoi « imposer » aux systèmes sanitaires africains le cas Covid-19? Pourquoi faire comme si ....

Pendant qu’on isolera et tracera les contaminés du Covid-19? Quid des hépatites ? du SIDA, qui demeure la première cause de mortalité dans continent ? Quid de la tuberculose ? Etc,.

Et si on traitait déjà des maladies réellement et massivement  présentes sur le sol africain et pour lesquelles il existe un traitement, alors que  de millions d’africains  en sont exclus. Des malades non isolés et non tracés vivant au milieu de tout le monde. 

L’Afrique n’a pas que les malades de covid-19 a géré ou a tracé. Elle a une jeune population à organiser et former. L’aujourd’hui de ce continent ne peut pas se résumer à l’isolement (quel isolement!) et au traçage parce qu’il faut éviter quelques morts...Ce qui importe c’est l’organisation et l’éducation de la jeunesse africaine . Éduquer la jeunesse est le meilleur des traçages. 

Tracer des gens qui ont du mal à vivre dans ce monde, qui ont des problèmes alimentaires, c’est véritablement les réduire au rang d’animal.  Voilà comment on transforme un continent en zoo. Pourquoi ne trace pas t-on la misère, véritable source de tous les maux ? 

Finira t-on de tester, tracer, isoler, et traiter les gens, puis on les laissera tomber dans leur naturelle misère quotidienne pour choper d’autres misérables maladies ou pour crever tout simplement  ? L’OMS devrait avoir une discussion de haute envergure avec le FMI...elle devrait demander au FMI le sens et le bilan des mesures d’ajustements structurels.

L’OMS poursuit dans sa note en nous révélant que: « Le nombre prévu de cas nécessitant une hospitalisation dépasserait les capacités médicales disponibles dans une grande partie de l'Afrique. On estime qu'il y aurait 3,6 à 5,5 millions d'hospitalisations dues au COVID-19, dont 82 000 à 167 000 seraient des cas graves nécessitant l’administration d'oxygène, et 52 000 à 107 000 des cas critiques requérant une assistance respiratoire. Un nombre aussi important de patients hospitalisés mettrait à rude épreuve les capacités sanitaires des pays. »

Rigolons. On nous parle d’un nombre prévu qui dépasserait les capacités médicales disponibles. Qu’en est-il des africains, en ce moment où l’on parle, qui, au lieu d’être hospitalisés pour x ou y pathologies sont tout simplement chez eux, faute de moyens ou de plateaux techniques? L’OMS ici aborde le problème comme on l’aborderait dans les pays dits "développés", lesquels ont d’ailleurs contribué à diminuer les capacités d’accueil des hôpitaux de leurs pays au motif d’une gestion des institutions hospitalières devant être plus rentable. Le profit d'abord, le traitement des malades peut-être!

Revenons en Afrique. Pourquoi les malades de Covid-19 se rueraient davantage dans les hôpitaux que d’autres malades ? Les capacités sanitaires de la plupart des pays africains sont déjà dans une rude épreuve. Il ne sert à rien d’annoncer des chiffres fantaisistes sur des millions d’hospitalisations avenir. Sur des cas nécessitant l’administration d'hydrogène. Regardons simplement ce qui se passe dans certains africains avec des patients atteints d’insuffisance rénale. Bien qu’elles soient déjà insuffisantes, les hémodialyses ne sont pas à la portée de tous.

Pourquoi va t-on s’empresser de sauver les cas extrêmes du covid-19 quand il y a d’autres cas extrêmes qui passent totalement inaperçus ? 

Craindre donc, que les délétères systèmes sanitaires de certains pays africains ne s’effondrent sous le poids des malades de covid-19, c’est raisonner à Bangui comme on raisonnerait à Saint-Denis dans le 93. Une réflexion et des actions  s’imposent à propos des systèmes sanitaires africains. Covid-19 ou pas Covid-19. Le mal est trop profond pour se limiter à surfer avec la vague du coronavirus.

Pour terminer, on lit dans la note que l´étude de l’Oms recommande aux pays d'Afrique d'augmenter la capacité des hôpitaux primaires en particulier et de veiller à ce que les soins d'urgence de base soient inclus dans les systèmes de santé primaires. 

Les pays africains n’ont qu’a appuyer sur le bouton augmenter.....et ils verront le résultat. Pourquoi l’OMS feint d’ignorer les obstacles structurels auxquels font face ces pays africains ? Prenons encore la RCA, et demandons nous si ce genre de recommandation peut être utile à un tel pays: non.

L’OMS recommande à des États tenus en laisse par le FMI et d’autres bailleurs sympathiques de faire ceci ou cela et ne recommande rien aux firmes pharmaceutiques capitalistes : elle est donc une organisation à réinventer. Au regard des enjeux, et du monde violent dans lequel nous croupissons, ses déclarations volent très bas et ses études provoquent en nous stupéfaction et désolation.

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