Côte d'Ivoire: fève électorale!

La Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial de cacao (près de 40% du marché en 2019). Cette manne représente 12% des recettes fiscales du pays. Elle est la principale source de devises et représente près de 40 %des exportations de marchandises du pays. Hélas, lorsqu'on parle politique là-bas, il n'est jamais question de paysans-cacaoculteurs!

Il y a quelques mois, le président de la République ivoirienne, voulant jouer les "démocrates", a distrait le beau monde en annonçant qu'il allait passer le flambeau à la "nouvelle génération". Et donc, qu'il n'allait pas se représenter aux prochaines élections présidentielles, prévues en octobre 2020.

L'insignifiante annonce enchanta ses compatriotes. Mais pas que,   Emmanuel Macron, président élu dans des tristes conditions, twetta, tel un arbitre des élégances ou un saint patron de la démocratie:" Je salue la décision historique du Président @AOuattara_PRCI, homme de parole et homme d’État, de ne pas se présenter à la prochaine élection présidentielle. Ce soir, la Côte d’Ivoire donne l’exemple."

Décision historique? Allons Macron! On sait tous que le drame de l'Afrique est que "l'Homme africain n'est pas assez dans l'histoire".  Peut -on dire d'un Sarkozy, qui a décidé de se retirer de la vie politique,  qu'il a pris une décision historique?  Non! Qu'il s'agisse d'un Ouattara ou d'un Sarkozy,  c'est leur Manioc...Rien d'historique! Ce sont des adultes, citoyens de surcroît, laissons-les jouir de la liberté d'aller et venir.

Sauf à se prendre pour Jupiter, ce n'est pas à monsieur D.A.Ouattara que revient la tâche de passer le flambeau. Dans une "démocratie" , c'est le "peuple" qui décide...Le "peuple" est libre de choisir "l'ancienne génération" à la "nouvelle", la "nouvelle" à "l'ancienne"...Pour peu que ces catégories aient un sens ou existent. 

Et si par "nouvelle génération",  en Côte d'Ivoire, on désigne des caciques de 60 ans, qui mérite une bonne retraite, il ne faut pas s'étonner que cette fameuse "nouvelle génération" finisse en crise cardiaque avant même d'accéder à la fonction suprême. Pauvre Gon Coulibaly! Rappelons que l'espérance de vie dans ce pays est de 57 ans. Que les moins de  15 ans représentent 41,8 %  de la population totale et les Jeunes (15-34 ans révolus) au nombre de 8 048 341 individus constituent 35,5 % de la population totale.

Alors, si l'on devait à tout prix parler de "nouvelle génération", contrairement au président Ivoirien, l'on éviterait  de penser à quelqu'un comme  feu Amadou Gon Coulibaly.  Décédé quelques mois après avoir été désigné par le RHDP (parti politique de monsieur Ouattara) comme futur candidat aux élections  présidentielles.

L'occasion fait le larron. Alassane Ouattara s'est senti obliger de se dédire, en invoquant un "cas de force majeur"...Allez-y donc saigneur Ouattara! La justice, c'est vous! Allah n'est pas obligé...

Où est donc cet Emmanuel Macron, pour nous rejouer les agents de presse du grand homme ivoirien? Il fait de l'humanitaire au Liban et il donne des leçons de réformisme. Sacré démocrate! La raison du plus fort (banquier, capitaliste) est toujours...

M'enfin, que Ouattara se représente ou pas, ce n'est pas très important. Il est important de ne point se laisser divertir par les gesticulations électorales, démocratiques de ces hommes politiques qui pullulent en Côte d'Ivoire, et sur le continent africain. Il faut arrêter d'accorder la moindre importance aux élections en Afrique (et pas que d'ailleurs). 

La politique, la vraie, est ailleurs.....Elle doit être au sein des populations. C'est à ce niveau, qu'il faut former et informer....engager les débats sur l'éducation, la santé, l'agriculture, accès à l'eau et à l'électricité, la ruralité, les jeunes, les terres arables, les matières premières, l'impérialisme (ce n'est pas une fiction),etc,.

On le sait, aucune élection en Afrique, n'a permis de discuter des questions fondamentales d'un pays. Confère la RDC, le Cameroun... Aucune élection en Afrique n'a permis aux populations de se saisir véritablement de leur destin.....Même en Afrique du Sud, l'apartheid, cette fois-ci économique, sévit avec une violence qui n'a pas encore dit ses derniers maux. 

Les élections en Afrique, pardon pour le cliché, sont une affaire d'élites "tribalisées" ou "racialisés" (Afrique du Sud) qui bataillent pour une gestion coloniale  du pouvoir, une sous-administration de l'économie, des terres, du sous-sol. Le peuple, ou disons les peuples, sont absents. Néantisés....

L'Afrique (les politiques africains) a, pour ainsi dire, un sérieux problème avec les africains.

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