Macron relève t-il du pétainisme transcendatal?

Dans "Sarkozy: pire que prévu. Les autres: prévoir le pire", le philosophe Alain Badiou avait annoncé les couleurs : "Au fond, Sarkozy a dessiné les traits d'un pouvoir français de l'époque d'une crise générale des vielles puissances occidentales. Le consensus parlementaire, même relancé par Hollande,ne pourra indéfiniment dissimuler que la crise est bien réelle..."

                                                       Qu'est-ce que pétainisme transcendantal?

Pour Alain Badiou, il s'agit d'une "forme historique de la conscience des gens, dans notre vieux pays fatigué, quand le sourd sentiment d'une crise, d'un péril, les fait s'abandonner aux propositions d'un aventurier qui leur promet sa protection et la restauration de l'ordre ancien".

Nous y sommes. Macron a dû, dès son élection, jouer au Jupiter, au chef des armées (engueulade avec le général Pierre de Villiers), jouer au souverain presque pontife. On lui avait bien fait savoir que les "français" étaient en demande, que ça n'allait pas, qu'il voulait un chef, un vrai. Non pas un président prétendument normal, qui, n'ayant pu faire de la finance son ennemi, a inspiré deux journalistes du Monde, pour qu'ils aillent enquêter sur l'islamisation en France, dont la Seine-Saint-Denis ne serait qu'une métonymie.

Nous y sommes. Le péril de la France, on le sait, c'est l'immigration. L'échange de monsieur Macron et du vieux soldat à Verdun était riche d'enseignement. Le vétéran n'a pas interpellé le président sur sa politique fiscale, sur les retraités, sur les conditions de travail dans les EPHAD et les hôpitaux....Il a interpellé le président sur cette question centrale et primordiale. Et, heureusement pour lui, il n'a pas été déçu par les réponses protectrices du président de la République.

Si, l'élection de Macron ne relève pas comme celle de Sarkozy, du pétainisme transcendantale, l'exercice de son pouvoir, par contre, compose avec. Raison pour laquelle d'ailleurs, même Sarkozy, n'a guère besoin d'un caricatural Wauquiez, Macron le suffit. Dans une interview récente au magazine le Point, il a donc demandé aux français de donner du temps à Macron. Du temps! pour en faire quoi? 

Macron est entrain de disputer du terrain avec le Rassemblement Nationale, dont tous les sondages annoncent un franc succès pour les européennes. Et cette dispute, où croyez vous qu'elle se déroule? Sur le terrain des figures historiques comme Pétain. Et ici, la polémique bien introduite par le président de la République sur Pétain vaut davantage que le rétropédalage de l'Elysée, qui a fait savoir, qu'au final, il n'y aura pas d'hommage au Maréchal Pétain. Mais l'hommage a déjà a eu lieu, sauf à prendre les gens pour des imbéciles. 

C'est donc un "mélange de peur, de goût de l'ordre, de désir éperdu de garder ce qu'on a  et de confiance aveugle en la coalition des aventuriers (En Marche, pour le coup) de passage et de vieux chevaux de retour de la droite extrême que le philosophe a nommé le "pétainisme transcendantal."

Et si Macron veut limiter les dégâts, il a intérêt à davantage se lepeniser que se mélenchoniser. Quoique même chez Melenchon, la mode est à la nation française, à l'assèchement des flux migratoires, je reprends là une formule du décomplexé Djordje Kuzmanovic, qui se plait à faire du "côte-à-côtisme" dans les plateaux télé avec une Elisabeth Lévy, grande metteuse en scène des questions identitaires, et véritable haut-parleur du malheureux  et speciste Alain Finkielkraut.

Macron est un masque. Un Salvini qui s'ignore, ou disons un Salvini qui ne peut et ne veut jouer le rôle de Salvini. Le rôle de Macron est de rétablir la vérité économique qu'il incarne, non pas d'abord de jouer au facho. Mais si jouer au facho s'impose, et la situation l'impose, pour le bien de sa vérité économique, alors il n'hésitera pas à rendre un hommage à Pétain. N'en déplaise à Zemmour,qui, pour sa part, aurait sans doute voulu, qu'on organise enfin à Pétain des funérailles à la Johnny Hallyday.

C'est qui le prochain sur la liste après le jeune et sémillant Macron? La touchante Marion Maréchal Pétain dont on nous a déjà vanté toutes les qualités intellectuelles, au grand mépris de sa tante? Bref, tout l'espoir de certains reposent là.

La gauche va aux européennes. En ordre dispersé. Hamon, Glusckman, Pierre Laurent, Mélenchon, Potou, Jadot, Faure....trop de différence utile pour pouvoir espérer un socle commun. Les sondages annoncent des scores maigres. Le Rassemblement National est en tête. Macron suit. Ça fait beaucoup!

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