Le capitalisme et la tectonique des révoltes.

L'ère des révoltes a sonné.....

Lorsque la révolte des « gilets jaunes » a éclaté, l’intellectuel Emmanuel Todd s’est extasié en proclamant : "Les Gilets jaunes m’ont rendu ma fierté d’être français" tout en rajoutant: "Il n’y a qu’en France qu’un tel mouvement pouvait avoir lieu." 

Mais, au nom de quelle loi physique, biologique, géographique, sociologique, historique, anthropologique  "un tel mouvement ne pouvait avoir lieu" qu’en France ? Aucune. 

La France n'a pas initié, avec le mouvement des "gilets jaunes", une nouvelle séquence des révoltes sociales dans le monde. Et les "gilets jaunes" n'indiquaient nullement que nous étions devant un mouvement inédit. Au fond, ils ne sont que l'expression de la contestation du pouvoir "démocratique" macronien. Donc contestation d'un gouvernement national.

Bien des pays ont précédé la France dans la contestation des régimes en place, et de manière bien plus "efficace". Oublions deux secondes l'Egypte, avec ses grandioses rassemblements Place Tahir lors du Printemps arabe qui ont fait tomber Moubarak. Et prenons le Burkina Faso où, en octobre 2014, le mouvement Balai citoyen, a secoué le pays et fait tomber le président M. Blaise Compaoré, le 31 octobre 2014, après vingt-sept ans de règne. Bien des mouvements ont également succédé à celui des "gilets jaunes": Algérie, Liban, Espagne, Irak, Argentine, Chili. On a vu chacun sortir ses drapeaux nationaux et demander plus de ''démocratie"...or, on sait depuis Marx que les prolétaires ne peuvent avoir de patrie; et depuis Rousseau que la démocratie représentative est une farce.

Si grotesque! Puisque les "spécialistes" annoncent déjà que la "démocratie française" doit se préparer en 2020 à un second tour Macron-Le Pen, donc une réélection de Macron.....Sauf fillonnerie de derniers instants, sauf coup d'Etat d'on ne sait pas trop qui. 

Il est évident que chacune de ces révoltes a un aspect particulier, une identité spécifique, une singularité. Dès lors, on pourrait appliquer la phrase de Todd à n'importe quel pays : "Un tel mouvement ne pouvait avoir lieu qu'au Burkina, à Hong-Kong, en Algérie....en France". Lapalissade! Faut-il avoir besoin du grand Todd pour une si niaise constatation? Chaque événement ne peut d'abord qu'être identique à lui-même....et donc différent des autres.

Cependant, en dépit des différences manifestes entre les révoltes au Burkina Faso, en Egypte, à Hong-Kong, en France, au Liban, en Algérie, au Chili...il existe bien un un lien, un fond partagé entre elles. Elles ont cours dans le même manteau terrestre qu'on pourrait appeler encore le capitalisme mondialisé. Certains parlent de mouvements qui secouent le monde et rêvent d'une convergence des différents "nationalismes".

A vrai dire, à regarder de près, c'est le monde qui est secoué par le capitalisme....Il convient de parler d'une  tectonique des révoltesNous sommes bel et bien en pleine "dérive des continents"...en plein basculement de l'ordre international, d'où les tensions nerveuses entre Etats, les fosses océaniques d'inégalités, les activités volcaniques des "gilets jaunes" par exemple,etc.

Les "gilets jaunes" refusent de prendre conscience de ce basculement et de poser un regard sur le monde, sur le prolétariat mondial auquel il refuse objectivement et subjectivement d'appartenir. Ils refusent d'avoir un regard politique mondial. Ils ne désirent que conserver leurs intérêts nationaux, tout au plus les améliorer,. Ils espèrent donc qu'en faisant flotter le drapeau tricolore, ils pousseront Macron et sa bande à renoncer à privatiser la vieille la France, à la rendre plus moderne, plus attractive, plus compétitive, et en même temps, plus écologiste. 

En raison de la "dérive des continents", du mouvement des capitaux, la France bascule et est en train de perdre ses avantages : l'exclusivité de ses possessions coloniales. Celles-ci lui assuraient un certain train de vie. Mais la France vit dans le déni... systématique. Aujourd'hui, elle n'a plus l'exclusivité de ses anciennes possessions coloniales. Celles-ci sont mêmes en train de changer de main, de Maître, avec une vitesse incroyable...et ce changement s'opère de manière violente pour tout le monde. Il n'y a qu'à voir cette pauvre Centrafrique où Russes et Français rivalisent en aide militaire. Il n'y a qu'à voir ce qui se passe au Mali avec la partition du territoire, malgré qu'Hollande, visitant ses troupes, fut accueilli en hérault-libérateur, il y a quelques années. Il n'y a qu'à voir ce qui se passe au Cameroun, le rôle des USA et le sous-rôle rôle de la France. Il n'y a qu'à voir le Soudan, même si là, on a moins affaire à la France qu'aux USA et à la Chine. Et la RDC....

Bref, il n'y a que dans un pays comme la France, où l'on s'amuse à réduire une crise ayant pour origine la taxe sur un hydrocarbure (que ne possède pas la France) à une crise franco-française...à une crise de la Nation française qui serait submergée par les immigrés, lesquels avec l'AME sont responsables des graves déficits de la France, du chômage de masse, de la pauvreté estudiantine, des guerres dans le monde.

La France, comme toutes les puissances, continue de vivre à crédit, tant bien que mal, sur le dos de l'Humanité. Ce n'est pas la misère du monde qui vit à crédit sur le dos de l'Humanité ou d'une quelconque puissance. L'opinion rocardienne est folle. Nul n'a jamais demandé à la France d'accueillir "toute la misère du monde".C'est la France qui exploite davantage cette misère  (en Afrique spécialement) mondiale.

Les abus de l'Aide Médicale d'Etat destinés aux étrangers en situation irrégulière sont ultra ridicules, ce ne sont que de particules élémentaires, comparativement à l'exploitation des matières premières et les abus de prix qui s'en suivent.  La France exploite l'uranium d'un pays depuis plus de cinquante ans, et le pays en question demeure l'un des plus pauvres de la planète. Voilà les relations internationales. La France a des bases militaires un peu partout en Afrique, et pourtant, les guerres n'arrêtent pas d'éclater.  La France en déficit contrôle, surveille et bat la monnaie d'un ensemble de pays....Et on ose traiter les ressortissants de cet ensemble de pays comme des envahisseurs, des étrangers qui n'ont strictement rien en commun avec nous....ainsi de suite.

Depuis Paris, dans un studio de web télé, on peut entendre les François Ruffin nous dire que "ce monde touche à sa fin...que le capitalisme ne fait plus envie."  Lubie d'écolo. Lubie de gauchiste.

Dans certaines parties du monde, le capitalisme est vivement attendu et souhaité....Ruffin n'a qu’à aller voir à Abidjan ce que représente l'ouverture d'un hyper-marché Carrefour ou d'un Burger King. Il n'a qu’à aller en Ethiopie, il tombera sur des travailleuses du textile, concurrentes directes des bangladais (qui commencent à coûter un peu trop cher  au patronat), payées une vingtaine d'euros le mois. Le capitalisme, qu'il fasse envie ou pas, domine l'espace mondiale cruellement. Les "gauches occidentales" devenues écolo-apocalyptiques ou écolo-enchanteur  peuvent nous épargner leurs états d'âmes.

Un certain monde touche peut-être à sa fin, l'Occident. Il est empêtré dans de sérieuses contradictions et difficultés. On assiste à la fin de la centralité occidentale dans l’échiquier mondial. Mais le capitalisme, phénomène mondial et mouvant, lui, ne touche nullement à sa fin.....il est plus fort que jamais. Les gouvernements nationaux, eux, sont en difficulté. Et dans certaines contrées, ce sont les territoires eux-mêmes qui tremblent et se disloquent ou veulent se disloquer. Citons l'Espagne, le Cameroun....et faisons remarquer le traitement, le regard proprement ségrégationniste, racial, capitaliste que la communauté internationale  a à l'égard de ces deux pays.

Bon anniversaire aux "gilets jaunes"!

 

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