L'insondable corruption de la République

Ce matin, chez Bourdin, nous avons écouté péniblement l'ex président de l'Assemblée Nationale. Quelle image, le valeureux homme d'Etat qui pleurniche pour si peu! Quel honneur, ce seigneur du parjure, peut-il encore prétendre défendre? Les trémolo, ça suffit!

Une constante fondamentale

La corruption qui caractérise la République française n'est pas de type réformable. La preuve? A chaque fois qu'on découvre une triste et banale affaire mettant en cause un responsable politique ou publique, l’intéressé se réfugie derrière la loi. Il s'agit là d'une spécificité de classe. 

- C'était parfaitement légal! nous assomme par exemple Nicole Klein, directrice de cabinet de François de Rugy au ministère de la transition écologique. La bonne dame dispose d'un logement HLM depuis 2001 à Paris. Faute de temps, la bonne blague, elle n'a pas cru devoir rendre l'appartement de 2006 à 2018, alors qu’elle n’habitait plus la capitale. Bien au contraire, elle a transformé le HLM en résidence secondaire...pour ses week-ends. 

Cette ligne de défense est vielle comme le monde. Elle est constante chez les républicains. La loi est toujours dans leur camp. Le couple Corbière-Garrido en sait quelque chose.

Tacite, historien et homme politique romain, écrivait dans ses Annales que: " Corruptissima republica plurimae leges" : plus l'État est corrompu, plus les lois se multiplient....

Bien vu Tacite. Souvenez-vous! Macron arrive au pouvoir. Il nomme le saint Bayrou à la justice. Leur idée du siècle : mettre en place une loi de moralisation de la vie publique. Oui, une loi de moralisation de la vie publique. Que de jaculations médiatiques! Personne pour dénoncer cette im-posture.

La loi, évidemment, ça sert à la vie publique ou ce n'est plus la loi. La loi, évidemment que ça "moralise"...ça normalise, ça cadre, ça encadre ou alors ce n'est plus la loi. Une loi de moralisation de la vie publique...c'est donc un truc ronflant et creux. On est ici dans une figure de style par défaut : une corruption du langage qui ne dit pas son nom. Car, qui dit loi, sous-entend obligatoirement deux choses:

-Vie publique. Elle s'applique donc erga omnes.

-Moralisation. L'ambition de la loi, c'est la paix civile, l'harmonie sociale, l'intérêt général et pour ça, il faut une morale publique.

La loi de moralisation de la vie publique, alias Loi Bayrou, est donc une affreuse tautologie. Le mot loi se suffit à lui-même.

Lorsque dans une République, on fait constamment face  à des pratiques qui n'ont rien de morales, mais qui, selon les auteurs, sont parfaitement légales, alors on peut soutenir que la République est foncièrement corrompue. La corruption c'est l'ADN de la République. C'est son état normal, et même un signe de vitalité.

Le cas Benalla

Benalla, c'est archi-normal. Toute l'agitation autour de ce jeune-homme-à-macron, en vérité, n'est que pure jalousie, ou pur parlementarisme, ou pur "racisme", ou pure naïveté. Ne croyez surtout pas que tout le ramdam qu'il y a eu autour de l'affaire Benalla ait été le signe d'un quelconque désir de justice, d'un quelconque désir de restaurer à la République ses lettres de noblesse. 

De Gaulle, le grand homme, lui aussi avait ses Benalla. Eux, ils ne faisaient pas dans les banales bousculades anti-droits-l'homme, c'est pas du "travail républicain" ça, c'est du zèle-imbécile. Prenons Jacques Foccart. Ce fut un Benalla en plus mature, plus sérieux, plus testostéronné, plus saignant, plus sanglant, plus secret....moins sentimental. 

Peut-on faire le procès de Benalla sans faire celui de ses prédécesseurs ? Mensonge de la République sur elle-même. Le procès de Benalla en lui-même n'est pas intéressant. Pas plus que celui de Sarkozy. De Fillon. De Balkany. De je-ne-sais-plus-qui. Le procès essentiel est celui de la République. On voit très bien que la justice qui s'échine à s'occuper de toute cette belle clique d'arrogants ou de républicains n'a rien à voir avec la justice qui s'occupe du français lambda, du banlieusard immigré, de l'ouvrier sans papier, etc...

Terrible justice  

Autrefois, Aristote parlait du principe d'isonomie, selon lequel la loi est la même pour tous, quelles que soient les différences entre les individus, riches ou pauvres, femmes ou hommes, blancs ou noirs, étrangers ou nationaux.

Notre réel nous oblige cependant à soutenir que la justice de la République n'est pas la même pour tous. Elle ne peut pas être la même pour tous, elle ne se donne pas les moyens de l'être...La République ne saurait broyer ses fétichistes d'élites comme elle broie ses athées, ses exclus et reclus. Le gangstérisme des élites est une chose. La chose la mieux protégée par la République. Le gangstérisme d'une certaine jeunesse, c'est encore autre chose. La chose la plus impardonnable de la République. Et dans cette République, on a presque fini par convaincre tout le monde que le mal, la gangrène, c'est le gangstérisme de la jeunesse immigrée, c'est à cause d'elle que la République perd "ses valeurs". C'est à cause d'elle que l'Etat est en déficit. C'est à cause d'elle qu'on vend des armes à l'Arabie Saoudite. C'est à cause d'elle que la France n'est plus vraiment la France : pays originellement blanc comme neige, immaculé, sans péché, sans voile, sans beu, sans drogue, sans connerie, sans prisons, sans tensions sociales : c'était mieux avant que ces "barbares" ne débarquent, l'immigration devient donc le grand problème de notre temps, de notre Europe, de notre France. C'est à cause des mœurs des immigrés, qu'au fond, la richesse de ce pays se concentre dans les mains d'une bonne petite clique. C'est à cause de leur surnombre qu'on ne trouve plus du travail. Ils occupent tous les postes. 

En 2005, Nicolas Sarkozy, en bon ministre de l’Intérieur, avait pompeusement déclaré: "Dès demain, on va nettoyer au Karcher la cité. On y mettra les effectifs nécessaires et le temps qu'il faudra, mais ça sera nettoyé" . Et, avait-il précisé par la suite: "Ceux qui ne respecteront pas la loi, on les tapera durs. Ceux qui veulent s’en sortir, on les aidera forts". Très bien, celui qui s’appellera plus tard Paul Bismuth élève le ton et muscle le bras avec les plus faibles. Classique!  Et en 2007, après une campagne grassement financée par son compère Kadhafi,  Paul Bismuth sera élu président de la République.

 

Qu'ont en commun les grandes figures écologistes de la République française?

Daniel Cohn Bendit, Nicolas Hulot, Jean Vincent Placé, François de Rugy, Pascal Canfin, Yannick Jadot le Renaissant....représentent chacun à leur niveau et à leur manière la corruption dans la République française. L'écologie n'est qu'un masque respiratoire pour ces gens. Au fond, quand on ne sait plus à quel saint se vouer, quand on n’a plus d'idées politiques, on devient écolo : on existe dans l'air, on erre dans la République, on sature les écrans...On cherche un meilleur poste, une meilleure place. Toujours! Drôle de serviteurs dont les prérogatives se résument à être aux petits soins, à jouir éternellement du service et du labeur des autres.

 

Il faut imaginer Rugy heureux! © Des photos de François de Rugy lors de ces dîners ont été publiées par Mediapart Il faut imaginer Rugy heureux! © Des photos de François de Rugy lors de ces dîners ont été publiées par Mediapart

Lui, il est bien content d'occuper la place qu'il occupe. Large sourire, dents en exposition. Pourquoi sourit-il ainsi? La France vient-elle d’inverser pour de bon la courbe du chômage? A t-on pu sauver in extremis la planète du réchauffement climatique grâce au champion de la terre qu'est Macron? Qu'est-ce sourire? C'est le sourire de l'homme parvenu à sa faim, à ses fins...c'est le sourire de l'enfant. Et comme nous autres, avons beaucoup d'affection pour les enfants, François de Rugy nous arrache ici quelqu’émotion, quelques larmes. Ça change un peu des enfants squelettiques  du Yemen incapables de montrer la moindre dent au photographe. Toutefois, le photographe aurait quand même pu conseiller à l'honorable une chaise haute et un bavoir bandana. On serait resté dans le thème de l'enfance joyeuse, de l'enfance au palais ou de l'enfant-roi.

Le couple Rugy nous raconte t-il des salades alors que Mediapart nous a rapporté des homards? Quoi qu’il en soit, cette photo, moi, me fait penser à Céline. Ce terrible écrivain, avec sa langue sur-travaillée, nous annonçait déjà les couleurs dans Nord: " Ce n'est pas demain que vous verrez Kroukrouzof se nourrir de "singe"! Nixon à la nouille à l'eau, Millamac à la carotte crue...les hautes tables sont "Raisons d'Etat"...

C'est ce que le couple Rugy se tue à vouloir expliquer au commun des mortels : Raison d'Etat. Monsieur dit qu’ "Une part importante de la fonction de président de l'Assemblée nationale consiste à un travail de représentation" qui le "conduit régulièrement à accueillir, rencontrer et échanger avec des responsables politiques, français ou étrangers, locaux ou nationaux". Très bien. Un certain politologue français, Jean François Bayart, décrivant les régimes africains, avait écrit un ouvrage au titre savoureux:L'Etat en Afrique. La politique du ventreParis, Fayard,1989.

Hé bien, La fameuse politique du ventre, visiblement, n'est pas une exclusivité africaine...Hélas! le regard colonial de François Bayard est ce qu'il est: inguérissable. Bayart oublie que l'Etat en Afrique (francophone du moins) est souvent une misérable et illisible photocopie de l'Etat français lui-même.

Céline, le chroniqueur fidèle depuis le Brenner hotel à Baden-Baden....Chroniqueur ultra lucide ce Céline...Ce n'est pas demain que vous verrez  le troisième personnage de la République française se nourrir de "singe", de sardine..., que vous verrez le très honorable de Rugy dîner  comme un quelconque RH de chez Carrefour. Ne faisons pas comme si le monde avait changé ...comme si l'écologie avait apporté quoi que ce soit de neuf, de renversant, de révolutionnaire, d'égalitaire, de pacifique. 

Vive la République! Vive la corruption!

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