Macron, celui par qui le scandale arrivera.

"Je veux aussi que nous mettions d'accord la nation avec elle-même, sur ce qu'est son identité profonde. Que nous abordions la question de l'immigration. Il nous faut l'affronter." C'est par ces mots que Macron a annoncé le grand débat sur l'identité nationale et l'immigration en France qui aura lieu au sein.

C'est naturellement la partie du discours de Macron qui fut la moins discutée sur les plateaux de télévision. Un peu comme s'il y avait sur la question un tacite accord, un évident consensus.

Le chargé de mission du Capital n'a pas annoncé un large et vaste débat sur la fiscalité. Il n'a pas proposé, même à titre symbolique, un symposium à Paris sur la redistribution des richesses. Il n'a pas proposé un grand colloque sur les évadés fiscaux. Il n'a non plus proposé des assises sur la financiarisation de l'économie. Le débat national portera sur l'identité nationale et l'immigration ou encore Identité nationale. Immigration. C'est sur cette question et pas une autre que Macron va et veut concentrer les avis de ses compatriotes. Démocrate.

Le grand débat aurait pu porter sur les inégalités, ne serait-ce qu'en France, avec 10% de la population qui détiennent à peu près la moitié du patrimoine nationale. Hélas non, il est un sujet plus fondamental en France, voire en occident que tout le reste:  l'identité profonde des nations et l'immigration. Sarkozy est de retour.

 

Bien sûr, n'allons pas demander aux "gilets jaunes" de tirer la sonnette d’alarme. Aucun d'eux n'a abordé cet aspect du discours de Macron. Aucune surprise! Les "gilets jaunes" avaient annoncé les couleurs: Dénonciation des migrants, insultes racistes, revendications ne prenant jamais en compte les intérêts des travailleurs étrangers, dénonciation du pacte de Marrakech qu'on n'a pas lu alors qu'il préserve hautement les intérêts des nations riche, mise en évidence des SDF et disqualification du prolétariat nomade...Sur tout ce volet réactionnaire, la gauche a fermé les yeux. Elle continue de les fermer. Elle doit, et elle veut rester aux côtés du PEUPLE SOUVERAIN. Et Macron, plutôt que de trahir le capital, a préféré rejoindre très sereinement le club des réactionnaires, défenseurs acharnés du Capital. 

Les "gilets jaunes" voudraient encore un peu plus du social. Ils savent qu'il y a du fric...Mais le social des "gilets jaunes" doit rester purement ou prioritairement national. Dans une tribune, dénonçais-je déjà l'arc du désastre Lepen-Mélenchon dans cette affaire de "gilets jaunes".

Grande première, tous les grands intellectuels réactionnaires de France ont acclamé le mouvement des "gilets jaunes". Après tout, pourquoi pas, ils ont fini par obtenir un peu ce qu'ils voulaient.  Cependant, Il fallait être un aveugle pour croire que l'enthousiasme de ces intellectuels était d'ordre égalitaire, révolutionnaire, anti-capitaliste.  Il fallait observer tous les efforts que ces intellectuels déployaient pour distinguer le vrai peuple de France en gilets jaunes et le faux peuple de France en liesse après la coupe du monde. Ces intellectuels distinguaient le "peuple de souche" qui porte en lui-même la vérité éternelle de la profonde France et le "peuple immigré" toujours absent lorsque le vrai peuple mène le vrai combat, et qui est une espèce de fausse France. Ces intellectuels distinguaient le peuple des campagnes  et le peuple des banlieues. La France d'en bas et celle d'en haut. Ils étaient heureux. Ils pouvaient l'être. Les "gilets jaunes" étaient le faux nom d'une autre vérité. Pendant que les réactionnaires essayaient de nationaliser, d'ethniciser,  le mouvement des colériques....les voix de gôche à l'instar de Ruffin parlait de convergences de luttes.

Dans son discours, Macron a laissé entendre que cette crise sociale était une chance pour le pays. Une chance pour quoi ou qui exactement? Certainement pas de la mise à mort du capitalisme. Cette crise est une chance pour le représentant du grand capital qu'il est, de faire davantage accroire que le problème est culturel et peut-être résolu. La crise, pour ce Sarkozy version nordique, permettra à la nation de se réconcilier avec elle-même. C'est à dire de pointer du doigt des gens qui n'ont pas la même couleur de peau, les mêmes vêtements, les mêmes habitudes alimentaires, les mêmes croyances, les mêmes prénoms, les mêmes façon de baiser, les mêmes Chance pour le capital. Chance pour les français qui, en racontant n'importe quoi sur l'immigration, les étrangers, pourront toujours avoir quelques orgasmes patriotiques. 

Identité nationale et immigration.....le thème n'est pas tabou, il est fasciste. 

Il n'y a pas d'identité nationale 

Les migrations, on l'a dit et redit, ont toujours existé. Aujourd'hui, elles doivent beaucoup à la situation hypercapitalistique du monde (guerre, famine, chômage, environnement économique non viable). sur les 7 milliards d'humains, moins de 300 millions sont des déplacés.  Nous savons aussi que dans ce monde de déplacement, 1% des plus riches ont un patrimoine supérieur à plus de 3 milliard d'individus. La question de la justice se pose donc de façon fondamentale à échelle planétaire.  

 Si l'identité nationale est un concept éminemment imbécile, dangereux, antique et obscurantiste; l'identité  quant à elle est la fonction qui mesure le degré d’adéquation d’un sujet à lui-même dans un monde donné.  L'identité concerne essentiellement le sujet, dans sa particularité et son unicité. 

On ne saurait parler d'identité nationale sans verser dans une espèce de délire collectif. L'identité nationale est une construction essentiellement imaginaire qu'on tend à imposer à des sujets, au nom d’une ou de quelques caractéristiques qui devraient prévaloir sur toutes les autres. L'identité collective ou nationale ne ne se construit que par séparation et négation d’autres groupes tout aussi imaginairement construits. 

Hervé le Bras a écrit un bref ouvrage très pédagogique sur cette histoire d'identité nationale et immigration. Il démontre de façon très utile que l'identité nationale, par quelque bout qu'on le prenne, ne résiste nullement à la confrontation avec le réel. Il montait qu'identité nationale et immigration est une souveraine bêtise. Il faudrait donc le relire ce bon démographe.

Que Macron  veuille nous parler d'identité nationale, c'est là une distraction classique puissante des Etats. Alors que se pose dans le monde un problème de justice et d'égalité, les Etats sont friands d’user de caractérisations et identifications imaginaires pour asseoir leur domination et diviser les peuples qu’ils dominent. Ils sont plutôt engager à désigner l'autre, l'immigré, comme celui qui serait une menace....Mais voyons, nulle part l'immigré n'est une menace.

L'Etat français s'apprête encore à mieux persécuter, discriminer, ségréguer.....Que fait la gauche? Elle se raconte des mièvreries sur le peuple, sur la révolution citoyenne, sur la convergence des luttes, sur le néolibéralisme, sur la planète.... C'est à dire qu'elle regarde partout sauf là où elle doit regarder. Elle a démissionné. Elle ne sert plus à rien. Elle a vendu sa conscience.

Toute politique qui se définit, qui entend se faire, qui se pense sur des critères identitaires, est de type fasciste. Un point un trait.Fasciste, en ce sens qu’elle prétend définir et revendiquer un rapport privilégié à un état pour un groupe préalablement défini identitairement. C'est tout le sens du fameux ein Volk, ein Fuhrer, ein Reich.

La dérive fasciste de Macron est actée. L'opinion semble, sur ce terrain, lui être en grande partie favorable. Pour espérer pouvoir finir son mandat, il faudra qu'il montre au peuple qu'il est capable de faire mieux que Marine Le Pen, pas simplement dans les paroles, mais dans les actes. 

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