Grand débat national, minable proposition locale.

Fallait s'y attendre. Ce genre de grand débat national ne pouvait que déboucher sur la mise en exergue des propositions aussi lamentables, démagogiques, insignifiantes comme ce "stage de pauvreté obligatoire pour les élus et les hauts fonctionnaires et travailleurs sociaux".

Liberté-Pauvreté-Solidarité. Telle doit être la devise de la France qui se dessine.

Alors que les inégalités se creusent, que les bénéfices du CAC 40 ne cessent d'exploser, qu'un milliardaire de la mode a pu légué une partie de son héritage à son chat (et donc aux financiers), que l'aéroport Orly risque de porter le nom d'un des emblème de l'évasion fiscale Johnny Halliday,  que l'homme le plus riche de France fait dans le luxe et non dans les vaccins contre la bêtise humaine, à l'heure où quelques têtes possèdent une richesse supérieur à la moitié de l'humanité....En France, au sortie d'un Grand Débat, certes à vocation national, on table sur un stage de pauvreté obligatoire pour les élu(e)s et les hautes fonctionnaires. Un des architectes de cette pauvre mesure justifie dans Libération que "les minima sociaux ne suffisent pas pour vivre dignement. Nous demandons que les élus effectuent des stages de pauvreté pour qu'ils prennent véritablement conscience de la vie sans argent."

La pauvreté n'est pas un poste ou un métier. Ce n'est pas un terrain d'amusement. Pourquoi ne pas, mesdames/messieurs les grands débatteurs nationaux,  pendant qu'on y est, initier également les stages de maladie, les stages de la mort, les stages du racisme, les stages de guerre civile, les stages de voile islamique, pour que les uns et les autres prennent conscience de la maladie, de la mort, du racisme, etc.

Et les pauvres, ces gens qu'on retrouve dans les gares et qui n'ont pas réussi du tout, les fera t-on faire des stages d'élu(es),  de hauts fonctionnaires, et pourquoi pas de milliardaire? Afin que, dans leur pauvreté naturelle ou méritée, ils prennent véritablement conscience que le riche n'y est pour rien dans leur sort, que le riche, contrairement à ce qu'on peut croire, c'est quelqu’un qui aide énormément, qui fait des dons, qui organisent de bons repas pour ses amis, ses faux amis, et parfois mêmes ses ennemis.

S'il suffisait d'avoir connu la pauvreté, en tant que stagiaire ou permanent,  pour après lutter efficacement contre elle,ça se saurait. Les footballeurs, surtout africains,  seraient d'excellents conseillers en matière de lutte contre la pauvreté.

De bonnes âmes voudraient demander à monsieur Richard Ferrand d'aller squatter dans un 20m2 à Aubervilliers dans une colocation en compagnie d'Aurore Bergé, Alexis Corbière, Christian Jacob et Virginie Calmels (oups! J'apprends que cette élue est déjà CEO chez Barnes International,  agence immobilière de luxe, tandis que son ex patron est prêt à siéger au Conseil Constitutionnel) avec un budget de 500 euros chacun par mois. C'est ça? Quelle farce! Quel mauvais cinéma!... Même pas de la télé-réalité. Et tant qu'à faire, à ce jeu, je préfère de loin Nabilla.Pour elle, je suis presque certain qu'un un stage obligatoire de pauvreté pourrait tourner en tentative de suicide. Que sa volonté soit faite!

Va t-on confisquer pour de bon les biens, les carnets d'adresse, les comptes en banque, les épouses ou époux de ces élu(es) et fonctionnaires en stage? Si oui, ce n'est donc plus un stage....

Un multi-propriétaire, disposant des comptes en banque bien garnis, élu(e) ou pas de la République ne saurait effectuer de stage de pauvreté. Ça n'a aucun sens..Obliger quelqu'un d'être pauvre pendant 6 mois, en le privant bonnement de ses cartes de crédit et de son réel statut social, n'est que rigolade des gens qui ont le privilège de se distraire en tant que REPRÉSENTANT...Autrement dit, il s'agit là,  d'accorder un énième "privilège" aux élu(e)s et autres. 

Car le pauvre pour de vrai, lui, c'est sa vie qui est en jeu. Pas son mandat. Pas la crédibilité de sa parole publique. Pas son rapport. Le pauvre a des "obligations" qui échappent parfois à tout bon sens, à toutes logiques. Le pauvre a l'obligation d'accepter un boulot de merde, socialement condamné, pour pouvoir subvenir à ses maigres besoins. Pour peu qu'il refuse, c'est sa vie ou une partie d'elle qui l'engage.  Si Victor Hugo, c'est en tant qu'auteur des Misérables....et pour pondre ce chef d’œuvre, il n'a pas eu besoin d'un stage en tant que Jean Valjean. Il faut sortir les gens de la misère, de la pauvreté, pas les singer. Les artistes font déjà le boulot de la représentation, du mime, et certains le font très bien. La tâche du politique n'est pas de seconder le travail de l'artiste.

S'il y a des élu(e)s et des hauts fonctionnaires qui considèrent qu'on peut vivre dignement avec les minimas sociaux, c'est simple, qu'on les rémunère au smic ou bien au RSA.

C'est avec ce genre de mesure qu'on se rend compte que les sympathiques associations de solidarité remplissent une vocation capitaliste. Atténuer la vie douloureuse du pauvre, la rendre socialement digérable.  Elles n'ont pas de vocation révolutionnaires, de luttes, de transformation. Elles font du maintien de la pauvreté, du maintien de l'ordre pauvre. D'où l'idée saugrenue d'un stage obligatoire.....comme si la pauvreté, la misère était une bénédiction du ciel qu'il fallait sanctifier dans la République.

Les associations pro-pauvres en France sont d'ailleurs très Macron-compatible.C'est logique! Le capitalisme est autant vert que social progressiste. Lorsque le président de la République avait présenté son Plan pauvreté, il faut se souvenir qu'une présidente d'association dont j'oublie le nom, avait déclaré que ce plan (8 milliards) relevait de l'inédit. Affirmant même que Macron allait éradiquer la "pauvreté". Why not....il suffit de redéfinir, de requalifier ce qu'elle est, et on ne la voit plus là où elle abonde.

 

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