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Billet de blog 12 mai 2020

Le Charlatan malgache et le Trumpeur américain.

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On répète, à n’en plus finir, que cette crise sanitaire liée au covid-19  a révélé les inégalités: c’est une grossière plaisanterie de bourgeois, laquelle agit sur les consciences, comme un comprimé d’ectasy. Et comme ces bourgeois ont le don de la provocation, ils applaudissent tous les 20 heures, depuis leurs balcons ou salons. Ils possèdent en outre le don de l’enfumage avec toutes leurs cagnottes.

La vérité sur cette pandémie est qu’elle a quelque chose d’égalitariste. Oubliez les morts ! Ne les comptez plus pour distinguer tel pays de tel autre pays : ça n’a aucun sens. Aucun intérêt. Aucun humanisme. L’égalitarisme dans la bêtise ou le charlatanisme.

Entre le Président de Madagascar (pays ultra pauvre), pharmacologue chic, Andry Rajoelina et le Président des États-Unis (pays ultra riche), épidémiologiste choc, Donald Trump, le signe qui convient le mieux est le signe égal ou sensiblement égal. Alors que Pr Trump nous annonçait en début de pandémie la fin du coronavirus en Avril à cause de la chaleur, Pr Rajoelina, lui, est venu en pleine pandémie, avec sa boisson artemisienne: un remède  préventif et curatif contre le covid-19. A se demander même pourquoi il arbore encore un masque.

Convaincu de sa science, avec sa population confinée dans les conditions digne d’un pays ultra pauvre, ce, en dépit du covid-organics miraculeux. Le Président de Madagascar a d’ailleurs fait savoir à ses agriculteurs dans un discours que:« Cette plante est plus rentable que cultiver du riz (...) le prix d’une tonne d’artemisia est de 3.000 dollars contre 350 dollars pour une tonne de riz. »

L’enjeu n’est donc pas sanitaire, mais pécuniaire. Il faut cultiver l’artemisia non pas parce que l’humanité en aurait besoin, mais parce qu’elle est rentable....Et le Président Malgache ose la comparaison: plus rentable que le riz. Rappelons un chiffre : plus de 820 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde. Et l’Afrique est évidemment le continent le plus touché. Et dans cette Afrique touchée, il y a Madagascar en très bonne position avec ses voisins de la Corne de l’Afrique.  En 2016, le Sud de Madagascar a été durement frappé par une sécheresse, plus d’un million d’affamés.

Le Président Malgache se fout donc  de la santé et de la famine dans le monde. Ce qui l’intéresse c’est la rentabilité. Telle une firme pharmaceutique occidentale.

Dans une interview sur France 24, le Parleur Malgache, alors interrogé sur sa boisson magique a fait savoir que : « Si c’était un pays européen qui avait découvert ce remède, est-ce qu’il y aurait autant de doutes ? Je ne pense pas […] Le problème c’est que cela vient d’Afrique. Et on ne peut pas accepter qu’un pays comme Madagascar, qui est le 163e pays le plus pauvre du monde, ait mis en place cette formule pour sauver le monde. »

Rappelons qu’en Madagascar, il vaut mieux avoir la peau du Président Malgache qu’une trop foncée, trop subsaharienne si je puis m’exprimer ainsi. Même en Madagascar, le problème est bien souvent que tel ou tel fait trop « africain ».  Alors, il est trop facile pour un président qui se complaît dans les inégalités locales de faire la grande victime mondiale. La population malgache ne souffre pas de covid-19. Elle souffre d’autres maux. N’y a-t-il pas plus important pour Madagascar et son Président de vaquer à d’autres préoccupations ? Surtout si certains « inconscients » s’échinent à refuser leur remède. On a crucifié le Christ avec sa bonne parole, il n’avait pas fait sa victime . Il a porté sa croix ....alors que Madagascar porte son artemisia et reste tranquille. Avant de prétendre sauver le monde, que le tout puissant Rajoelina sauve sa population malgache des misères   quotidiennes.

Le cas Rajoelina n’est pas une spécificité africaine. C’est mondial. La pandémie ne pourrait révéler ce qu’on savait déjà : les inégalités, la situation de certaines femmes ou travailleuses, la situation des prolétaires immigrés, majoritairement africains, la situation de la jeunesse dans les banlieues, la précarité en voie de développement dans les pays dits développés ....Ce que la pandémie a vraiment éclairé, de façon si particulière, est l’égalité d'accès à la bêtise. 

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